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Chronique de la semaine. Les Bretons n’aiment pas les extrémismes

bonnetsrouges-1140x685Cette affirmation est-elle vraie ? Est-elle vérifiable ? Evidemment, après y avoir été récemment confronté, je me pose la question : le site Breizh Atao a repris sans me le demander intégralement mon texte sur « la Bretagne est-elle une périphérie ? » en le détournant de son propos. J’ai donc pu voir la partie émergée de l’extrémisme breton. Je sais aussi maintenant, sans tomber, je peux vous l’assurer, dans la théorie du complot, qu’il y a une partie immergée, clandestine, occulte, bien active, gangrénant associations et institutions, commandée par quelques individus ou quelques familles. Vérifions donc en regardant dans l’histoire si les Bretons aiment ou non les extrémismes.

Définissons d’abord le sujet : qu’est-ce que l’extrémisme ? J’ai trouvé sur internet : c’est une tendance à adopter une attitude, une opinion extrême, radicale, exagérée, poussée jusqu’à ses limites ou ses conséquences extrêmes. Ces opinions extrêmes peuvent servir de fondements théoriques qui prônent le recours à des moyens extrêmes, contraires à l’intérêt général, voire agressifs ou violents. Ce qui signifierait que si les Bretons n’aiment pas l’extrémisme, ils n’aiment pas ce qui nuit à l’intérêt général, qu’ils n’aiment pas ceux qui veulent imposer leurs idées et leurs politiques, qu’elles soient économiques, politiques et culturelles, de manière agressives ou violentes.

Vous me direz : mais vous allez trouver dans l’histoire de la Bretagne et des Bretons des exemples qui vont nous dire : oui les Bretons n’aiment pas les extrémistes ! Mais bon… comme on aime bien les Bretons, comme tout le monde aiment bien être du côté des gentils… Vous allez me dire encore maintenant : mais c’est quand qu’il va nous donner ses exemples ? Bon allons-y !

Lorsqu’en 1203, le roi d’Angleterre, Jean sans Terre, tua probablement de ses mains son neveu, le duc Arthur de Bretagne, les hommes de guerre de Bretagne s’armèrent et s’allièrent au roi de France, Philippe Auguste. En très peu de temps, le roi Jean perdit sa Normandie envahie à l’Ouest par les Bretons et à l’Est par le roi capétien. Les Bretons, qui n’avaient pas apprécié un acte hautement condamnable par une société pourtant assez violente car injuste, mirent fin à l’Empire Plantagenêt, qui pourtant leur était bénéfique.

En 1231, Pierre de Dreux, régent du duché, voulut soumettre la noblesse bretonne révoltée contre son autoritarisme. Il employa des mercenaires qui se livrèrent à des tortures. Ce prince, de plus en plus seul, dut se réfugier en Angleterre. Il dut pour revenr se soumettre « haut et bas » au roi de France, appelé par les nobles bretons. Pour prix de son pardon, Pierre abandonna son pouvoir sur la Bretagne et partit en Terre sainte se faire pardonner ses fautes.

Lorsqu’en 1378, Charles V décida d’annexer purement et simplement le duché, la noblesse bretonne se ligua et alla chercher le duc de Bretagne, Jean IV, qui avait été obligé cinq ans auparavant de fuir en Angleterre. Du Guesclin, pourtant à l’origine de cet exil, pourtant connétable de France, amis de ces nobles, ne fit rien pour s’y opposer. Le duché ne pouvait pas être annexé alors qu’il y avait encore des princes de Bretagne. Cette mesure royale considérée comme injuste fut très mal perçue. Charles V mourut peu après et on signa avec son successeur le second traité de Guérande.

A propos de Du Guesclin, personnage comme vous le savez que je connais assez bien, il ne fit encore rien lorsqu’en Bourgogne, son cousin et compagnon d’armes, Sylvestre Budes, qui avait été à l’origine d’un des plus grands massacres d’une population civile, fut décapité. Il paraît que Du Guesclin fut très en colère… et c’est tout. Budes avait été beaucoup trop loin. On ne massacre pas les habitants de toute une ville, 3 000 personnes à Césène en Italie.

On trouve très peu d’hérésies en Bretagne. On peut même penser que celle d’Eon de l’Etoile n’en fut pas une. Je ne vois guère de fous de Dieu dans l’histoire de la Bretagne. On sait maintenant que les saints britonniques, par leurs actions spirituelles et politiques, et même peut-être économiques, organisèrent la Bretagne. Peut-on qualifier Robert d’Arbrissel, le fondateur de l’abbaye de Fontevraud, de fou de Dieu ? Quant à Abélard, c’est un original, un petit génie de la philosophie, mais un fou de Dieu, certainement pas. Les saints britonniques ont tellement bien organisé la société bretonne que les extrémismes, surtout religieux, qui ravagèrent pendant des siècles l’Europe, ne purent s’implanter en Bretagne. La Bretagne ne connut que très peu de procès en sorcellerie et le protestantisme- au XVIe siècle, il était considéré comme extrémiste – ne fut en Bretagne que le fait de membres de la noblesse ou de la bourgeoisie aisée. L’évangélisation menée par l’Eglise romaine au XIIIe siècle, portée entre autres par saint Yves, canonisé seulement 50 ans après sa mort, n’a pas réussi à transformer les comportements religieux – à l’époque, qui déterminaient tout, vie politique, morale, économique – hérités des saints, mais aussi de la période antique, et très certainement encore des profondeurs du Néolithique. Cela a donné naissance à une foi hétéroclite qui convenait aux fidèles. Cette forme de catholicisme « à la mode de Bretagne » mais ostentatoire, fut durablement un facteur de cohésion sociale et un bouclier contre les extrémismes internes mais surtout externes, provenant même des autorités ducales et royales.

Je me suis demandé si les Bonnets rouges de 1675 avaient été des extrémistes. Il y a eu des violences antifiscales à Rennes et à Nantes. Mais qui furent les plus extrémistes, les Bretons qui manifestaient derrière les bannières religieuses déployées, qui livrèrent aux autorités les fauteurs de troubles les plus violents, ou le roi de France, Louis XIV, qui réclamait de toujours plus argent pour financer son train de vie fastueux, ses maîtresses et ses bâtards, ses guerres ruineuses, meurtrières et injustes, qui envoya pour réprimer son peuple des contingents de brutes, pillant, violant, tuant ?

Quant à la Révolution, peut-on dire que les Bretons qui sont à l’origine de l’abolition des Privilèges et de la féodalité étaient des extrémistes ? Ils ont amené après tout que la monarchie constitutionnelle. Qui étaient les plus extrémistes après 1792 ? Les dirigeants de la Terreur ou les Chouans qui s’opposaient à ceux qui avaient osé tuer un roi qui avait été sacré, qui avaient renversé un ordre établi depuis des centaines d’années ?

Les Bretons n’aiment pas les extrémismes et c’est clair comme de l’eau de roche si l’on regarde les siècles suivants ? Louis-Philippe et Napoléon III furent considérés comme des usurpateurs en Bretagne et pas seulement par les prêtres et les nobles. Il faut savoir que ce sont des troupes bretonnes conduites par le capitaine finistérien qui prirent l’Hôtel de Ville de Paris alors occupés par les Communards. Karl Marx aura des mots très durs pour qualifier ces Bretons.

L’extrémisme du général Boulanger, pourtant un Rennais, ne prit pas. L’affaire Dreyfus, pourtant jugé à Rennes, ne suscita pas de grandes violences en Bretagne, ce qui ne fut pas le cas ailleurs. Par contre, pour la question scolaire et surtout la séparation de l’Eglise et de l’Etat, ce fut une autre affaire. Pour les Bretons qui aimaient bien leurs prêtres souvent très intégrés à la société locale, les décisions gouvernementales furent perçues comme extrémistes. Il fallut tout le sens de la diplomatie des Bretons Aristide Briant et Waldeck-Rousseau pour apaiser les esprits et encore.

Perçus comme de dangereux révolutionnaires par leurs supérieurs et par les autorités en place, les abbés démocrates (fin XIXe –début XXe siècle) connurent un succès prodigieux, réalisant la transition vers la modernisation. On leur doit nos mutuelles, notre système bancaire, nos coopératives, notre puissante agriculture, nos écoles, notre presse (Ouest France bien sûr). Peut-on dire qu’ils ont une importance politique ? Bien sûr et pas qu’un peu. La Démocratie chrétienne, dont la plupart des dirigeants politiques actuels bretons se réclament, leur doit beaucoup. Avec eux, la JAC et la JOC sont devenus plus que considérable en Bretagne.

Avec eux et leurs héritiers, les extrémistes n’ont pu passer… les élus royalistes – extrêmement puissants au XIXe siècle – considérés maintenant comme extrémistes, furent priés très poliment de s’écarter. Le communisme ne réussit guère à percer, seulement dans des villes très ouvrières et… aussi dans des régions rurales qui avaient connu la répression louisquartorzienne. Aux élections de 1936, on ne peut pas non plus dire que le Front populaire fut porté au pouvoir par la Bretagne, c’est le moins que l’on puisse dire. Quant au fascisme, il y a bien le Dorgérisme mais il fut vraiment minoritaire et très peu durable. Et pour parler du régionalisme et du nationalisme breton, dois-je dire qu’il fut extrêmement minoritaire, que les Bretons n’apprécièrent pas du tout durant la Seconde guerre mondiale le Bezenn Perrot ? J’ai même lu qu’à Pontivy il y eut, alors que la ville était occupée par les Allemands, une manifestation des habitants de la ville contre un rassemblement de nationalistes bretons. Il parait même que les Allemands leur retirèrent leurs soutiens car ils virent que la population les rejetait.

Qu’en conclure ? De ces quelques exemples pris dans l’histoire de la Bretagne, mais aussi de l’analyse des crises récentes des Bonnets rouges et des légumiers, sans bien sûr vouloir généraliser, on peut mentionner sans trop se tromper que les Bretons acceptaient et acceptent encore que l’on manifeste, que l’on crie sa colère, que l’on fasse éclater l’injustice – et les Bretons aiment la justice, le patron des avocats est saint Yves et le ministre de la justice est actuellement un breton – mais lorsque l’on en arrive aux violences, cela devient si inacceptable que cela s’arrête très très vite, au grand dam de médias friands de filmer des gens en sang. Je me demande si le Breton, sans vouloir bien sûr encore une fois généraliser, n’est pas bonne pâte… mais il ne faut pas exagérer car s’il s’aperçoit que l’on est injuste envers lui, il se révolte… sans tomber dans l’extrémisme qu’il ne semble en fait guère apprécier, du fait de son éducation, de sa morale, de sa mentalité.

Tous droits réservés. Frédéric Morvan

7 COMMENTS

  1. Qu’ est-ce que l’ « extrèmisme » justement M. F. Morvan ? N’ y-a-t-il pas aussi un extrème centre en Bretagne qui bloque tout : médias, expressions populaires, justes revendications, réformes fiscales, de la place pour la langue bretonne…etc ? Et si certains mouvements sont noyautés, c ‘est sûrement beaucoup plus souvent par les partis parisiens, dont l’ extrème droite française qui essaie de se créer actuellement une image « respectable ». L’ extrèmisme à rejeter, pour moi, c ‘est le racisme, la xénophobie, l’ intolérance religieuse, de genre ou de sexe, de langue, de philosophie, celle des urbains (surtout de Paris) envers les ruraux…etc.

  2. c’est pas faux .. y a pas mal de colabos et de mouton en Bretagne.. énormément de gauchistes..
    le problème c’est que beaucoup vivent dans le monde des bisounours ..
    on fait pas d’omelette sans casser des oeufs..
    heureusement qu’il reste des vrai bretons..
    qui sont pour l’indépendance
    n’oubliez pas notre devise
    « mieux vaut la mort que la souillure »
    kenavo.

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