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Redéfinir le travail, l’exemple suisse : la votation du 5 juin

 

TRIBUNE LIBRE


Redéfinir le travail, l’exemple suisse : la votation du 5 juin

revenu-de-base-inconditionnel-votations-du-5-juin-2016Un peu partout dans le monde (surtout évidemment dans les pays dits riches), on parle d’un salaire de base auquel aurait droit chaque citoyen. Les Suisses, très bientôt, vont pouvoir s’exprimer sur ce sujet par une « votation » puisque les animateurs du mouvement (constitué en 2004) destiné à développer ce projet ont largement obtenu les 100000 signatures nécessaires à l’organisation de cette consultation.

En France, il y a bientôt quarante ans, un livre avait déchaîné les passions car il était plein d’idées nouvelles, révolutionnaires : Travailler 1 heure par jour (collectif Adret, 1977) et puis de réformisme timide en réformisme obtu, on l’a oublié. On a voulu l’oublier.

Mettre fin à la malédiction divine du travail conçu comme réponse à une prétendue faute originelle a toujours été un thème de prédilection chez les penseurs. Les utopistes voient pour leur part dans le travail, justement réparti, une nécessité sociale, mais l’homme ne doit pas en être esclave. Il n’est que de rappeler l’Utopia de Thomas More : « L’intention du gouvernement n’est point de faire perdre ce temps dans des ouvrages absolument superflus; [le gouvernement] dédire que chaque citoyen, après avoir rempli la tâche qu’on est en droit d’exiger raisonnablement de lui, ait, de son côté, le droit de jouir paisiblement et en librement du reste de ses journées. En diminuant, autant que cela ne nuit point à l’intérêt public, les heures du travail manuel, son but est d’en réserver davantage pour l’étude, pour la culture de l’esprit et la perfection du cœur, avantages inestimables, dans lesquels les citoyens font consister leur souveraine félicité. » La part est faite entre ce qui est nécessaire et ce qui est outré.

Le 5 juin, nos voisins helvétiques décideront donc d’accorder ou de refuser à chacun l’argent nécessaire à une vie sans travail, une somme qui devrait être attribuée sans exigence de contreparties. Il ne s’agit bien entendu pas de sommes mirobolantes mais d’un socle, inscrit dans la constitution, devant permettre une existence modeste mais correcte et libre. Concrètement, l’initiative prévoit que chaque Suisse adulte percevrait 2500 francs par mois. Celui qui déciderait tout de même de travailler (et les initiateurs pensent qu’ils seront la grande majorité, mais avec cet avantage que ce sera un choix libre), s’il perçoit par exemple 6000 francs, recevra les 2500 francs auquel chaque citoyen adulte aura droit plus 3500 francs versés par son patron. Le solde de 2500 sera versé à un fonds destiné à financer le revenu de base et il en irait de même avec les retraites et les prestations sociales. Les enfants bénéficieraient, pour leur part, de 625 francs.

Selon le ministère des finances, une telle « réforme » coûterait 208 milliards. Le fonds de financement mis en place percevrait 128 milliards versés par les entreprises et 55 milliards par les organismes sociaux. Les 25 milliards manquant font un peu problème, et sont l’argument principal des opposants, mais cette somme représente en définitive assez peu pour un pays qui l’an dernier a eu un excédent budgétaire de 2 milliards et a vu sa dette diminuer de 25 milliards en 10 ans ! Une solution fiscale peu douloureuse est facilement envisageable. D’ailleurs, tous les économistes sont assez d’accord pour considérer que ce manque est un maximum et qu’il sera en réalité plus réduit par le simple fait que ceux qui profiteront en premier de ce nouveau règlement seront ceux qui actuellement disposent de moins de 2500 francs pour vivre et qui pourront ainsi davantage dépenser. En outre, avoir plus de temps pour soi, c’est aussi se donner davantage à ses proches, aux générations vieillissantes, accepter des activités bénévoles, s’engager de façon citoyenne…, autant de conséquences qui diminueront les budgets des assurances sociales et les coûts afférents… Une réflexion devra être menée et le peuple décidera.

Bien entendu, les initiateurs savent qu’ils n’aboutiront pas, mais s’ils parvenaient à 15 ou 20%, ce serait déjà une victoire. Il conviendrait alors de poursuivre le mouvement, d’informer, de donner des réponses à toutes les questions pour une future (et décisive) votation. Une nouvelle société verrait ainsi le jour, société vers laquelle peut mener ce revenu de base car il n’est pas un but en soi mais un moyen de réforme radicale. Le but est de rendre chaque individu libre et capable de décider se son avenir, de la seule vraie richesse : de son temps. Qu’ils travaillent s’ils le veulent et non parce qu’ils y sont obligés, qu’ils travaillent de manière créative et enrichissante, non plus de façon mécanique pour consommer voire s’occuper. Tout cela réclame une évolution des mentalités et une école différente qui ne serait plus au service du capital, du consumérisme ou/et des idéologies, une école qui développerait d’abord la personnalité de chacun. Le but, c’est que chacun ait du temps pour lui-même, ses enfants, ses amis, qu’il ait du temps pour s’adonner à des occupations, peut-être artistiques, créatives, en tout cas enrichissantes, ou simplement pour ne rien faire. Que les hommes n’aient plus peur de la robotisation destructrice d’emplois, mais qu’ils y voient des avancées qui réduisent la part de travail et offrent du temps. Peut-être aussi, ce nouvel ordre débouchera-t-il sur un autre rapport à la consommation et sur une société moins gourmande, moins avide, plus écologique et respectueuse de la vie. Ce sera aussi le moment de considérer avec un autre regard les pays actuellement honteusement exploités. L’industrie, avec toujours moins de travailleurs, produit de plus en plus. L’économie mondiale souffre du fait qu’elle met sur le marché plus qu’on ne peut consommer au prix d’une destruction sans précédent des ressources de pays mis en coupe réglée…

A ceux qui ricanent en disant « Qui fera alors les boulots pénibles ? » si chacun touche 2500 francs ? On pourra répondre que ce sera enfin le moment de faire évoluer la grille des salaires : qu’est-ce qui justifie qu’un médecin gagne pus qu’un chauffeur de bus, un homme politique (un métier à faire disparaître) plus qu’un enseignant, un ingénieur plus qu’un ouvrier ? Celui qui a le travail le plus pénible devra tout simplement gagner davantage !

Breton vivant tout près de la Suisse, je me mets à rêver d’une France moins jacobine qui laisserait à une Bretagne quasiment libre le choix de servir de laboratoire en laissant les Bretons y instituer cette réforme, adaptée aux conditions locales économiques et culturelles…

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