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Publié le: mar, Juil 26th, 2016

Facebook et la Bretagne : l’affectif ou l’action ?

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facebook-bretonIl existe une incroyable prolifération de pages Facebook consacrées directement à la Bretagne. Dans ce cadre, un paradoxe impressionnant existe entre le succès de sites que l’on peut qualifier « d’affectifs » et l’échec relatif des sites consacrés à l’action. Une première étude réalisée en 2015 avait souligné l’ampleur de ce paradoxe1 qui s’intensifie.

D’un côté, des sites « affectifs »

D’un côté, des sites « affectifs » connaissent un véritable succès et font le buzz. Des pages « Facebook » basées sur ces concepts comptent des centaines de milliers ou des dizaines de milliers de fans. Ainsi, en mois de juillet 2016, « fans de Bretagne » compte 133 606 « j’aime ». « La Bretagne vous aime Et vous ? » 99 233 j’aime. Les sites de photographies « ZoomOn Breizh » et « Breizh’scapes » respectivement 40 150 et 31 986, « humour breton » est à  39 081, « I Love Bretagne » à 27 056, « Breizh cœur » à 18 055… Des festivals connaissent aussi le succès : 341 181 « likes » pour Hellfest, 217 401 j’aime pour « les Vieilles Charrues »,  69 757 pour le Festival Interceltique de Lorient, 45 281 j’aime pour « le Festival du Bout du Monde », 41 190 pour les Transmusicales, 32 520 pour les Fêtes maritimes de Brest. Enfin, les dernières pages les plus « likées » concernent le sport, surtout le football et quelques marques décalées. « A l’aise Breizh » a 141 867 afficionados, « Breizh Cola » en compte 50 323, celle de Produit en Bretagne 24 348 j’aime, la page Facebook du pâté Hénaff regroupe 149 846 « likes ». Mais ce sont surtout les clubs de football bretons qui cartonnent : 407 746 j’aime pour le stade Rennais, 362 429 pour le FC Nantes, 239 841 pour le FC Lorient, 214 208 pour l’En Avant de Guingamp, 111 571 pour le FC Brest. Le Tour de Bretagne cyclisme est à 14 874 j’aime, le site de la Ligue de Bretagne de football à 13 788.

Bien qu’étudiée de façon inégale, la source Facebook est certes incomplète, critiquable, d’autant qu’il existe bien d’autres sites ou relais possibles (twitter par exemple, des réseaux comme Linkedin, etc.). Mais elle est aussi stratégique. La source offre un indicateur quasiment en temps réel (« 6 800 en parlent », « 20 en parlent », etc.) et permet surtout d’avoir un indicateur sur ce qui intéresse les gens et non sur ce qui est censé les intéresser. Aujourd’hui, ce concept d’une Bretagne sympa fait florès. On assiste à une progression rapide de sites similaires reprenant souvent des titres comparables ou presque identiques (« ici c’est la Bretagne !!! » 9393 j’aime, « Savourez la Bretagne » 3794 j’aime, « Amoureux de la Bretagne » 2348 j’aime, etc.). A noter que tous ces sites créés de façon plus ou moins spontanée fonctionnent sur 5 départements, souvent d’ailleurs sans l’afficher où se poser même la question ; d’autant que cela permet d’avoir une fréquentation élargie.

Une apparente faible adhésion aux sites qui informent

A l’inverse, le nombre d’aficionados et même les pratiques de fréquentation s’effondrent pour les sites d’information ou de sensibilisation aux enjeux bretons, quelle que soit leur nature. Commençons par le nôtre avec ses 1 126 j’aime. 85 % de la fréquentation vient des cinq départements bretons et le reste pour l’essentiel d’Ile-de-France.

Géographie des visiteurs du site Construire la Bretagne (juin2016)

Comme on n’a rien à cacher, on sait actuellement que nos articles les plus diffusés (mais les chiffres sont souvent très inférieurs) ont touché au maximum 6 000 visiteurs uniques, soit environ un Breton sur 1 000. La diffusion a des captures directes et progresse lorsqu’elle est relayée sur des sites partenaires. Chacun sait aujourd’hui le rôle des tweets et des partages, avec cette mutation d’une information bien sûr initialement descendante mais qui peut désormais sur tout site devenir latérale et parfois ascendante (des commentaires, réactions ou compléments d’infos, etc.).

Les deux sites d’information « Agence Bretagne Presse » et « 7Seizh » comptent respectivement 6 771 et 3 644 j’aime. « Breizh-info » est un site d’extrême-droite qui compte 9 728  j’aime et vient de gagner plus de 1 000 « likes » en un mois. « Breizh atao » « journal de l’Etat national breton » compte 8 016 fans et a également gagné plus de 600 fans en un mois. « Breizhistance », page cette fois de la gauche indépendantiste, compte 1 599 fans. Fermement breton et opposé à Notre-Dame-des-Landes, « Bretagne demain » compte 5 061 j’aime. Bretagne Réunie est à 9 894 fans. La seule exception concerne la page Facebook des Bonnets Rouges, qui compte 19 000 fans mais est aujourd’hui peu active. Les partis politiques « bretons » récoltent tous les miettes, l’UDB étant en tête avec 4 300 j’aime. Il n’existe pas non plus de réelle plate-forme régionale. Le Conseil régional n’a pas pour l’instant de page Facebook officielle alors que cette dernière pourrait être l’occasion de lancer différents débats sur l’avenir régional (une page non officielle existe et dispose de … 451 j’aime !). La page « Bretagne Jeunes »  du Conseil régional des Jeunes est à 6 186 likes. Il ne s’agit pas, évidemment, de se permettre un jugement quelconque sur l’information véhiculée par les uns et les autres. De même, sur certains sites, un chiffre faible de « j’aime » (c’est un indicateur dans tous les cas imparfait) peut masquer une fréquentation très soutenue et active d’une communauté peut-être faible au plan quantitatif mais très soudée ou active. Pour caricaturer, on sait aussi qu’une information stratégique envoyée à une mailing liste groupant quelques décideurs a parfois plus d’influence que des plates-formes ou des clips vus par des millions d’internautes. Nous savons tous cela. Mais l’enjeu n’est évidemment pas ici de se permettre un quelconque jugement de « valeur » de l’information jugée légitime par les uns ou les autres. A noter que quelques sites comme l’ABP offre des classements intéressants des articles les plus lus, les plus commentés ou les plus partagés. Sans pouvoir tous les citer (des lecteurs nous signaleront sans doute des oublis remarquables), d’autres sites liés à la culture ou l’identité bretonne ont aussi quelques milliers de fans. Citons entre autres l’institut Culturel de Bretagne / Skol Uhel ar Vro (5097), Diwan Bretagne (3 965), Ar Redadeg (3 945), la récente page du Centre d’histoire de la Bretagne / Kreizenn Istor Breizh (1 295) ou de Breizh 5/5 (1 448), Bretagne Vivante (3 331), Bretagne durable (2 156), etc. La page de Bodadeg ar sonerion est à 3 146 j’aime, ce qui prouve aussi l’existence de communautés fortes, comme ici autour des bagadoù. L’initiative presque interne « Breizhbook » lancée par Corentin Biette en est à 7 428 j’aime. La récente page facebook du moteur de recherche breton Gwenood est à 2 272.

Dans le domaine informatif, les trois exceptions concernent donc logiquement les médias classiques. Ouest-France (360 099), France 3 Bretagne (157 717) et le Télégramme (150 957) sont largement en tête. Pour les pages des radios, France Bleu Breizh Izel est à 18 954, France Bleu Armorique à 12 005, Hit « West » à 37 244… Comme on l’a maintes fois rappelé dans nos dossiers, on observe qu’il n’existe pas de médias TV, radio ou presse majeurs traitant des cinq départements. La seule exception est « Bretons » mais c’est un mensuel et sa page compte 5 823 fans. Quelques journaux de pays arrivent à un niveau voisin (4 124 j’aime pour le Trégor). Les scores actuels des chaînes TV locales sont les suivants : TV Rennes (3 524), TébéSud (6 823). Télénantes (11 520 j’aime). Avec 19 443 « likes », Tébéo est pour l’instant un peu mieux placé.

L’ensemble de ces informations interroge alors sur le sens que l’on donne aujourd’hui au mot Bretagne. Il y aurait beaucoup à dire sur ce rapide panorama. Ne pose-t-il pas sur le fond la question de l’existence ou de l’inexistence politique de la Bretagne ? En juillet 2016, la Bretagne semble un pays qu’on « aime » de plus en plus, comme l’atteste le succès des « pages Facebook » mentionnées au début de cet article. Celles ayant du succès ont une dimension affective, concernent les festivals s’y déroulant ou les équipes de football y jouant. Parallèlement, le mot Bretagne et même le mot Breizh est de plus en plus proposé, déposé à l’INPI et choisi par les entreprises régionales, l’évolution étant d’ailleurs rapide. (voir détail)

A l’inverse, quatre constats apparaissent :

  1. Le premier est que les médias d’information les plus fréquentés, lus ou regardés ne fonctionnent pas à l’échelle de la Bretagne. Il existe ici des pages spécifiquement consacrées à la Bretagne dans des médias établis sur des périmètres élargis (les pages « Bretagne » de Ouest-France pas exemple), là de nombreuses émissions ou des articles traitant de la Bretagne dans un cadre rétréci : le Télégramme par exemple dont le périmètre de diffusion est essentiellement bas-breton malgré la création d’une antenne à Saint-Malo ; toutes les radios qui émettent sur des périmètres partiels, l’ensemble des TV locales qui pourtant consacrent beaucoup d’émissions à la Bretagne… On évoquait l’incroyable succès de la TV Corse ViaStella (135 592 « j’aime » sur sa page Facebook pour 330 000 habitants) . Elle est peut-être en train d’écraser les médias classiques (Corse Matin a perdu 10,45 % de son électorat en un an et le chiffre est loin d’être compensé par la fréquentation numérique du site, en baisse elle aussi de 15,62 % sur la seule année 2015). En Bretagne, en dehors de quelques décrochages régionaux de France 3 Bretagne fonctionnant sur 4 départements, aucun média de poids ne parle pour l’instant de la Bretagne … à l’échelle de la Bretagne, que cette dernière soit d’ailleurs envisagée à quatre ou cinq départements.
  2. Cette ambiguïté fondamentale n’est aujourd’hui pas levée par l’essor des usages numériques. Malgré les efforts et projets des uns et des autres, les sites d’informations et politiques s’intéressant à la Bretagne restent confidentiels. Il ne suffit donc pas pour l’instant d’évoquer de façon plus ou moins pertinente le sujet pour que l’internaute apparaisse. Comme le montrent l’échec de TV Breizh voulu par le CSA ou d’autres freins portés à la simple diffusion des radios bretonnes, le contexte régional et réglementaire n’est pas facile. Soit il existe une volonté et pas de moyens. Soit il existe des moyens initiaux (TV Breizh se structurant sur le pôle de Lorient) et les initiatives sont plantées.
  3. Tout ceci conduit sur Internet à l’émergence d’une Bretagne dans l’ensemble sympathique et ludique. Dans l’ensemble seulement car on a constaté l’essor de sites ayant des propos plus radicaux, très minoritaires pour l’heure mais qui progressent. A moins qu’on ait oublié quelque chose, la Bretagne semble donc aujourd’hui essentiellement présentée sous un angle ludique ou essentiellement factuel, sans réel débat. En dehors des médias classiques qui sont dans leurs rôles, l’ouverture numérique a plus été saisie dans un cadre sympathique que stratégique.
  4. Certes, on voit apparaître de nouvelles initiatives permettant davantage de porter différents projets. Des relais apparaissent entre différents sites pour qu’ils s’entraident. On constate ici ou là l’essor de très nombreuses initiatives permettant aux habitants de s’associer (les plates-formes de crowdfunding, des fonds d’investissements et d’aides, les différents projets participatifs, énergétiques, d’économie sociale et solidaire, la création de nouveaux outils animant l’économie régionale ou de proximité, les multiples réseaux existants, etc.). A l’inverse, ces outils qui existent ou se renforcent restent atomisés. La transmission latérale voire ascendante reste faible et peu coordonnée. Du coup, l’affectif est manifeste, prend même une part apparente grandissante et peut masquer ces dynamiques de l’action qui sont pourtant présentes.

Ce rapide synopsis est fort incomplet puisqu’il faudrait par exemple prendre aussi en compte l’ancienneté des différents sites, la présence d’autres relais qui concurrencent aujourd’hui Facebook, etc. Mais ce simple éclairage apporte peut-être quelques éléments de réflexion. Il existe en Bretagne des médias d’information parlant de la Bretagne. On constate aussi la présence d’une infinité de sites plus ou moins institutionnels aidant au portage des projets. A l’inverse, malgré diverses initiatives, on trouve pour lors difficilement un site mariant l’information et l’action, pour tout dire l’existence d’un véritable média de territoires permettant de construire de façon collective. En se calant sur une attache présente dans l’esprit des gens et qui semble même exister de plus en plus (le village préféré des Français, les différents commentaires laissés sur la page Fans de Bretagne, etc.), celui qui l’inventera prendra sans doute le pouvoir. En attendant,  le désir de Bretagne reste parfois plus affiché qu’effectif. Avec l’essor significatif pris récemment par ses sites ou différentes marques, on peut même dire que ce sentiment breton apparaît de plus en plus tout en peinant, pour lors, à trouver le chemin de l’action.

A propos de l'auteur

- Le Comité de rédaction de Construire la Bretagne

Visualiser 21 Comments
Ce que vous en pensez
  1. JPN dit :

    Intéressant. Mais finalement, j’apprends qu’en Bretagne on ne parle qu’une seule langue, puisque rien d’autre n’est pris en compte ici. Invisibilité de tous ces folkloristes, n’est-ce pas, qu’on appelle encore les “breizhoù” ici et là, pour des francophones monolingues, qu’ils se disent bretons ou pas. Continuez à vous agiter sur vos nombreuses pages en d’autres langues (donc…), Construire la Bretagne ne parle que français, la seule langue qui compte (presque comme 7seizh, à quelques exceptions près).
    Dites-moi, n’y aurait-il pas corrélation, finalement ? Ceux qui s’expriment sur ces pages des réseaux sociaux ne parlent que français, pourquoi diable (an diaoul…) iraient-ils y mêler une action pour un pays tiré de l’obscurantisme grâce à cette merveilleuse langue ?

    • Rédaction 7seizh.info dit :

      A 7seizh, média participatif, il ne tient qu’au brittophone de prendre la plume et de s’exprimer en breton, en gallo où en français. Il est toujours navrant de voir que les remarques fusent sur l’absence de texte en breton, alors qu’aucun brittophone ne souhaite écrire. C’est le serpent qui se mord la queue. La critique est facile, nous vous prenons donc au mot et attendons vos articles en breton dans la ligne éditoriale de 7seizh, qui je vous le rappelle, se limite à “Bretagne de Clisson à Ouessant” ( et la diaspora), dans le respect des personnes et en pleine responsabilité de ce qu’on écrit.

      Bonne soirée et à bientôt.

  2. Très intéressant ! …et je vais répercuter sur facebook !

  3. Dwrdan dit :

    Tant que le breton n’aura pas pris conscience de sa spécificité socio-culturelle, intégrée dans le concert identique des peuples voisins et plus éloignés, il est illusoire de reconnaître cet état de fait, surtout depuis l’extérieur; * Par conséquent sa conscience identitaire au plan économico-politique, figée dans un panurgisme mou – constitutionnellement et sagement “correct”- identité héritée de longue date des ses nombreuses tribulations tant internes qu’avec son voisin oriental immédiat, n’en fera qu”un supplétif “original et ou folklorique, voir désuet ” dans ses attitudes et revendications comportementales répétitives et plus ou moins bien perçues, hélas, comme des crises adolescentes par le sus-dit voisin jacobin…insidieusement pyromane à son encontre…!
    Breizh dihunit pe kendalc’hit a war e gemend-all…da morgousket pa rac’h fiñval a ra !

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