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Publié le: sam, Juil 30th, 2016

Lait en poudre : trop tard pour la SILL ?

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Les réactions se multiplient depuis l’annonce d’un recours gracieux par deux associations de riverains contre l’implantation à Guipavas d’une usine de poudre de lait du groupe SILL. C’est un nouvel épisode du feuilleton des mésaventures de ce projet, dont se fait l’écho la presse locale.

De déconvenue en déconvenue

En mars 2012, à l’occasion de ses 50 ans d’existence, l’entreprise SILL annonçait l’augmentation de ses capacités de séchage de lait sur son site historique de Plouvien. Cela nécessite la construction d’une tour de plus de 45 mètres. Le projet anticipait la fin des quotas laitiers, survenue en mars 2015. Il s’orientait vers l’exportation, « notamment avec des produits infantiles ». Après le scandale du lait frelaté à la mélamine en 2008, et sans doute en préparation de la fin de « l’enfant unique », la Chine cherche à sécuriser ses approvisionnements. Elle fait alors figure d’eldorado pour éponger la surproduction de lait. Les prospections menées en Bretagne par la Chine depuis 2009 ont abouti en 2012 au contrat de construction d’une usine géante à Carhaix. Elles offraient des perspectives de débouchés sur le marché chinois à d’autres producteurs. D’autres projets de production de poudre de lait ont vu le jour au cours des années suivantes à Quimper(29),  Crehen(22) et dans le Pays de Vitré (35). Tous ces projets ont reçu le soutien du conseil régional. Des subventions leur ont été votées fin 2015, dont 628 k€ pour le projet du Groupe SILL à Guipavas.

A Plouvien,  le projet d’extension, pourtant soutenu par les élus locaux, s’est heurté à l’opposition des riverains. Il s’agit notamment d’un couple propriétaire d’un gite rural à proximité. Celui-ci avait déjà tenté d’empêcher la construction d’une chaufferie à bois par l’entreprise.  Les procédures engagées contre la tour par les opposants ont bénéficié du statut de commune littorale. Cela a abouti au « buzz » fait par celle-ci au premier semestre 2015, lors de son annonce de cession de 20 hectares à une commune voisine pour perdre ce statut et essayer de conserver le projet d’extension de la Sill. Hélas, cela ne suffit pas à faire disparaître les incertitudes pour l’entreprise. Elle  a jeté l’éponge pour ce site au deuxième trimestre 2015.

Une prospection sur Milizac au mois de mai 2015, là aussi soutenue par la mairie, a entraîné une forte opposition de riverains et d’associations de défense de l’environnement. Les mémoires conservaient le souvenir du combat contre un projet d’usine de traitement de lisier Val Ouest en 2002.

Le 20 juillet 2015, Gilles Falc’hun, PDG de l’entreprise, annonçait le choix d’un emplacement à Guipavas dans la zone industrielle de Lavallot Nord.  D’après Ouest France, les terrains sont « juridiquement sécurisés par Brest Métropole aménagement », « proches de la voie express et de l’aéroport, labellisés développement durable, et disposent de tous les réseaux (gaz, eau, électricité, retraitement des eaux) à proximité ».

Début juillet 2016, deux associations de riverains ont annoncé un recours gracieux contre le projet de la SILL. Cela consiste à demander au maire de supprimer le permis de construire. Depuis 1957, les habitants de trois lieu-dit à proximité (Creac’h-Burguy, Scraign, Kerdaniou) sont alimentés en eau par la source de Creac’h-Burguy. L’exploitation et la gestion sont assurées par les riverains groupés en association. La source est située à environ 350 mètres de l’endroit prévu pour l’usine.

SILL affichage guipavas

Affichage du permis de construire à Guipavas

 

Un cadre et un mode de vie menacés

Les opposants mettent en avant des griefs classiques dans ce genre de situation. La tour de séchage de 47 mètres, soit environ un immeuble de 15 étages, sera une source de pollution visuelle. Le bruit, notamment dû à la circulation incessante de camions, est également dénoncé. La dépréciation du prix de leurs biens est estimée à 30%. Une nuisance olfactive peut être redoutée, compte tenu de ce que l’on constate à Plouvien. Ils demandent que les terrains soient reclassés en zone non constructible. Le risque de pollution de la source, et donc de remise en question du fonctionnement local particulier, est un grief important. Dans la foulée de la séance du conseil municipal du 6 juillet 2016, les opposants lançaient un recours contre le permis de construire, mécontents de n’avoir pas été autorisés à s’exprimer malgré leur demande.

Sous l’impulsion de Christian Guyonvarc’h (UDB, membre de la majorité), le conseil municipal de Guipavas a inscrit au compte rendu de la séance : « Conscient de l’attachement des résidents des trois villages à leur approvisionnement communautaire en eau potable, à partir d’une source dont ils assurent eux même la gestion, un approvisionnement communautaire constitutif de l’identité de ce quartier, le Conseil Municipal de Guipavas demande à Brest Métropole, Brest Métropole Aménagement et à la SILL, de s’engager également une fois les travaux d’aménagement et de construction achevés, à garantir aux riverains et adhérents de l’association des trois villages, un approvisionnement en eau potable à partir de la source, comme avant les travaux ».

Face au recours, le maire de la commune a fait part de son incompréhension : « On a réuni à plusieurs reprises les habitants, avec la Métropole et le porteur de projet, afin d’expliquer que tout serait fait pour préserver l’environnement et les conditions de circulation ». Les opposants ont un ressenti différent : « Plusieurs réunions ont eu lieu avec Brest Métropole, mais nous ressentons qu’il n’y a pas d’écoute ». Lors de l’enquête publique de création de la ZAC de Lavallot Nord, fin 2013,  une association de riverains avait demandé « la préservation de leur cadre de vie (préservation des terres agricoles, protection des haies, bois, chemins creux, zones vertes et bleues…) ». Des signes annonciateurs d’une opposition existaient avant le projet de la Sill.

L’enquête publique sur la construction de l’usine a eu lieu du 13 juin au 13 juillet. Les conclusions du commissaire-enquêteur sont attendues. L’autorité environnementale a rendu son avis le 9 juin. Elle recommande d’apporter des précisions, de compléter les données ou de mieux justifier les choix.  Elle écrit également que « De nombreuses mesures destinées à éviter, réduire ou compenser les impacts de l’usine sont prévues, notamment pour ce qui concerne les impacts sur l’eau, sur l’environnement sonore ainsi que les impacts durant la phase chantier ». « Les impacts des rejets d’eau et l’insertion paysagère font l’objet d’une analyse approfondie, qui montre que ces enjeux sont correctement pris en compte. Des précisions sont à apporter en ce qui concerne l’impact sur la ressource locale de la consommation d’eau potable …».

La Sill  prend en compte les contraintes environnementales.  Un seul incident, visiblement sans conséquences, est survenu à Plouvien en mars 2015. En 2015, l’entreprise a été récompensée pour sa performance énergétique par l’attribution du prix Energ’IAA. Le collectif « Construire la Bretagne » considère la Sill comme faisant partie des entreprises irréprochables au plan environnemental. D’après le PDG, « Les études de Brest métropole et celles qu’a menées une entreprise indépendante (Calligée, de Nantes) pour nous montrent que le cours d’eau sera préservé ».

Pour les riverains, rien ne permet de prévoir une pollution de l’eau. Mais le risque zéro n’existe pas. La préservation de l’environnement formalise une opposition entre les acteurs économiques et les résidents. Ils risquent de poursuivre par un recours contentieux, et cela en dépit des nombreuses réactions suscitées.

Le monde de l’entreprise réagit

La Chambre d’agriculture du Finistère s’est dite « Choquée » : « Face à la détresse des familles confrontées au chômage, l’agriculture et l’agroalimentaire sont les atouts essentiels dont nous disposons pour l’économie de notre région. Ne les gâchons pas par des querelles sans fondement ».

La Chambre de Commerce et d’Industrie de Brest a également apporté son soutien : « Ce projet sur la Zac de Lavallot, à proximité du port de commerce, est essentiel pour le développement économique de la Métropole. Il permettra, dans un premier temps, d’investir 60 millions d’euros et de créer plus de 60 d’emplois ». La CCI « soutient pleinement la demande de l’entreprise Sill pour son implantation sur la zac de Lavallot à Guipavas ».

Le président de la section finistérienne du Medef a déclaré « c’est aberrant ! On ne peut plus investir. Attendre la révision d’un PLU, l’issue d’un recours, les autorisations, les enquêtes… toujours attendre. Trop de projets sont freinés voire bloqués pendant des années. Cela profite à nos concurrents ailleurs et crée de l’emploi ailleurs. »

La fédération du BTP du Finistère a également réagi : « soutenir ce projet et condamne vivement ce recours abusif supplémentaire, visant à ruiner tout espoir de développement pour notre Finistère, son économie et l’emploi de ses habitants », « ce sont des centaines de millions d’euros d’investissements structurants qui se retrouvent bloqués du fait de minorités, au détriment des emplois sur notre territoire ».

Enfin, le ton monte chez les salariés de la SILL. Sur le site de Guipavas, un délégué syndical a exprimé son agacement : « Nous appelons donc à un retrait sans condition du recours ». L’agriculteur président de l’association d’eau de Creach-Burguy est particulièrement. D’après le délégué syndical, il a vendu ses terrains pour l’usine « à un prix six fois supérieur à celui du terrain agricole ! »,  « Il a vendu pour que l’on construise une usine et maintenant il ne veut plus ?! On ne comprend pas ». Des actions sont envisagées : « Si le recours n’est pas retiré pour le milieu de la semaine prochaine, nous organiserons des marches dans le quartier », « ils veulent nous empêcher de travailler, nous allons les empêcher de travailler ».

L’élevage laitier est en crise. Les producteurs mènent régulièrement des actions pour protester contre les prix trop bas. Après la fin des quotas laitiers, l’augmentation de production a été contenue en France mais elle est générale chez les concurrents européens. Le ministre de l’agriculture cherche à mettre en place une régulation des volumes produits. Les nouveaux  débouchés à l’export sont un réel espoir. Pour le pays de Brest ce sont entre 60 et 80 emplois nouveaux qui sont espérés. Ils seraient bienvenus dans le contexte de chômage actuel. Des retombées positives sont attendues, comme l’augmentation du trafic du port de Brest. Le projet fait figure de compromis acceptable en termes de développement durable. Les différents élus l’ont toujours soutenu.

En cas de contentieux, les riverains ont des chances de perdre. Les terrains de la ZAC ont été achetés et préparés pour accueillir des entreprises. Le dossier de la SILL, préparé par IDEC Ingénierie, semble  bien prendre en compte les conséquences sur l’environnement.  Sur le plan environnemental, cela signifie la transformation de terrains cultivés en aire construite. Rien ne dit que l’impact de la nouvelle usine soit beaucoup plus négatif que l’exploitation agricole juste à côté. En ce qui concerne la question de l’approvisionnement en eau, il reste à savoir si ce fonctionnement doit perdurer. Les riverains peuvent peut être se faire approvisionner par Eau du Ponant, la société publique locale. Le problème reste la conséquence sur les délais de construction.

Trop tard pour la SILL ?

Le projet d’usine a déjà presque 4 ans de retard.  Si les opposants font un recours contentieux ce retard pourrait atteindre 6 ans. D’après le Tribunal de Rennes « Devant un tribunal administratif, le délai moyen qui sépare le dépôt d’une requête de son jugement est compris entre sept mois et deux ans et demi selon la nature et la difficulté des dossiers ». Et il est possible de faire appel.

A force de retard, le Groupe SILL pourrait bien rater le train du nouveau marché à l’export. Les extensions des autres projets en Bretagne seront opérationnelles à court terme. L’immense usine Synutra de Carhaix doit être pleinement en fonction dès septembre. Les extensions des sites de Quimper et de Crehen ne semblent pas avoir rencontré de difficultés et devraient produire dès 2017. En juillet 2015,  Gilles Falc’hun déclarait déjà « il est plus que temps pour nous de démarrer. Les places se prennent et les marchés ne nous attendront pas ». Quelle place et quel intérêt pour son entreprise si elle arrive dernière sur un secteur où les concurrents en Bretagne, en France et en Europe se précipitent ? Le marché mondial de la poudre de lait semble déjà montrer des signes d’essoufflement.

Le projet de Guipavas semble la dernière tentative pour la SILL. Le PDG a annoncé : « Je ne cherche plus ailleurs. Si ça bloque toujours la semaine prochaine, on avisera… », «   Il faut que ce soit réglé pour la semaine prochaine. Cette situation nous met en danger, on aurait déjà dû produire aujourd’hui ». Ce nouveau recours cristallise les tensions. Les salariés s’inquiètent : « “Ils prennent nos emplois en otage, ils doivent en prendre conscience”.

Cependant, les riverains sont totalement dans leur droit. C’est comme pour l’aéroport de Notre Dame des Landes, ceux qui ont voté pour ne vivront pas autour. Les opposants de Guipavas ne sont pas responsables des années perdues et de la situation actuelle de la SILL. Leurs intérêts ne sont pas moins légitimes qu’à Plouvien ou Milizac. Ils ne sont pas plus égoïstes. Avoir vendu son terrain n’implique pas que l’on accepte n’importe quoi à côté de chez soi. Les actions injustement focalisées sur les riverains, annoncées par les salariés, traduisent une forme de désespoir et ouvrent la porte à d’éventuels excès. Ce projet risque fort ne de pas aboutir, sans que cela soit la faute de quelques guipavasiens. Les conséquences sur le groupe SILL resteraient à déterminer. Perdre des parts de marché et ne pas renouveler l’outil industriel ne semblent pas des facteurs favorables. Au-delà de la non-création d’emplois, cette affaire interroge sur la place de l’économie productive compte tenu de l’évolution démographique dans le Pays de Brest.

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- Actualité, Politique, Défense, Bretagne

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Ce que vous en pensez
  1. Peut on encore entreprendre et créer des emplois dans le pays de Brest. La réponse est non. La paupérisation puis la mort semblent inexorable ….

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