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Publié le: mar, Août 9th, 2016

Face au non-droit : des autorités bisounours, incompétentes ou machiavéliques ?

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TRIBUNE LIBRE
BILLET D’HUMEUR

 

Le récent témoignage de Bertrand Deleon dans la Tribune libre publiée sous le titre « Une zone de non-droit à Locminé ? » m’a remémoré le témoignage et l’interpellation que j’avais fait durant l’été 2014 au Directeur général de la Sécurité et Tranquillité publique de Nantes, sous l’objet « Marché de la Petite Hollande : nouvelle zone de non-droit ? ».

Témoignage écrit, interpellation et question restés sans réponse malgré un rappel deux mois après le premier envoi.

Ce monsieur, pourtant ancien Commissaire Divisionnaire, responsable municipal -à l’époque- de la sécurité des Nantais n’a jamais daigné se pencher sur cet incident que j’analysais déjà en ce temps comme les prémices de ce que nous vivons aujourd’hui.

 

Les faits se sont déroulés six mois avant l’attentat de Charlie Hebdo…

 

En réalité, ce jour-là, j’ai vécu DEUX incidents très préoccupants en rapport à notre sécurité.

L’un, le matin au marché de la Petite Hollande, l’autre, le soir, dans la cour du Château des Ducs pendant la Nuit Bretonne, la Fest Noz annuelle, et que je vais vous relater ci-dessous.

 

Mais avant, j’aimerais exprimer à M. Deleon comme à nos lecteurs, au vu de son témoignage qui surgit deux ans après le mien, mon énorme préoccupation quant au laxisme, à la surdité, à l’impassibilité des autorités municipales ou de police face à ce type d’incidents et de témoignages. Je n’ose encore utiliser le terme « d’incompétence »…

 

PREMIER INCIDENT (reporté à deux reprises au Directeur générale de la Sécurité et Tranquillité publique de Nantes)

le marché de la Petite-Hollande Chaque samedi matin, sur le terre-plein de l'Ile Gloriette,

le marché de la Petite-Hollande
Chaque samedi matin, sur le terre-plein de l’Ile Gloriette,

Samedi 25 juillet 2014, par une belle et douce matinée, j’emmène Pedro et Maria, un couple d’amis argentins de passage à Nantes, visiter le grand marché hebdomadaire nantais, place de la Petite Hollande.

Je me réjouis à l’idée de leur faire découvrir la diversité culturelle des vendeurs et des produits proposés sur ce marché. Épices orientales, fruits exotiques, tissus des mille et une nuits, stands asiatiques et même coréen, carré des produits bio, maraîchers de la région, poissonniers à l’étalage fraîchement débarqué des bateaux de pêche bretons, etc.

Nous commençons notre parcours par la partie maghrébine du marché.

Ils s’étonnent devant la variété des produits, bien plus importante que chez eux, à Buenos Aires, autre port estuaire et pourtant très cosmopolite.

Ci et là, Pedro nous prend, Maria et moi, en photo.

Je m’arrête pour acheter une botte de basilic à un stand qui propose de la coriandre et de la menthe fraîche. Pedro nous demande de prendre la pose lorsque qu’un homme maghrébin, surgi de nulle part, se plante devant lui et engage une vive conversation.

Intriguée je me rapproche aussitôt et me rend compte que cet homme est en train de lui exiger d’effacer toutes les photos sous prétexte que nous violons sa privacité !

En fait, aucune conversation n’était engagée, c’était une altercation à sens unique. Je tente d’établir un dialogue avec cet homme en lui faisant remarquer que nous sommes dans un lieu public, que nous ne violons aucune privacité ni aucune loi.

Maintenant il est physiquement collé à Pedro et insiste agressivement justifiant son –ordre- d’effacement par une métaphore totalement hors propos mais assez révélatrice de son état d’esprit : qu’est-ce que vous diriez si je rentrai chez vous et si je vous prenais en photo. Sic !

Je lui réitère que nous ne sommes pas -chez lui- mais dans un lieu public et qu’il n’a aucun droit de nous obliger à effacer nos photos. D’autant plus que nous n’allons faire aucun usage commercial ou publique des photos prises sur le marché.

Rien n’y fait. L’homme devient de plus en plus agressif et fini par tenter d’arracher l’appareil photo des mains de Pedro.

Autour de nous, la foule continue de faire ses emplettes. Personne ne regarde, personne ne s’arrête, personne n’intervient.

Pedro et Maria sont terrifiés. Sous les propos menaçants de cet homme, Pedro a commencé à effacer ses photos de vacances…

Je me rends compte alors que nous n’avons qu’une seule issue : battre en retraite et sortir au plus vite de la partie maghrébine du marché.

Le marché nantais de la Petite Hollande est-il en train de devenir une zone de non-droit ?  Une zone sensible encore non répertoriée ?

C’est la question préoccupante que je me pose en repartant.

C’est la question cruciale que j’aimerai poser aux autorités municipales.

Pour Pedro et Maria, une chose est sure, leur « Voyage » au marché Nantes leur laissera un goût et des souvenirs amers ainsi que des photos de vacances disparues dans la corbeille de leur appareil à cause d’un homme verbalement et physiquement menaçant sous le regard indifférent des acheteurs et des commerçants de cette partie du marché.

J’ai vécu et travailler (comme journaliste-correspondante) de longues années dans pays en guerre et j’ai vu comment les luttes internes et intestines se sont polarisées. C’est à dire, la polarisation des affrontements entre des factions de la population.

Ce qui s’est passé au marché m’a remémoré certains épisodes lorsque la situation a commencé à se dégrader.

Cordialement,

 

DEUXIÈME INCIDENT

20140415-212038-g

Samedi 25 juillet 2014 au soir.

La cour du château est noire de monde. Le concert a commencé. Une partie du public danse sur le parquet. Je suis assise à l’un banc de l’une des tables de la cour lorsqu’une femme s’approche de moi, dépose son sac à dos à 1 mètre de mes pieds et disparaît dans la foule.

Ayant vécu des années, en hypervigilance, dans un pays où des attentats avaient lieu régulièrement et ayant échappé de justesse à l’un d’entre eux, le plus meurtrier, un frisson venu du passé parcoure ma colonne vertébrale. Je tente de me raisonner : « C’est fini ! Je suis en France ! ».

Mais les minutes passent et la femme ne revient pas.

J’ai de plus en plus de mal à maîtriser mon angoisse et je lutte contre le conflit suivant « cette femme est une irresponsable crasse ou j’ai une bombe à mes pieds ?».

N’y résistant plus, je préviens la sécurité qui comprend la situation et m’en remercie. Plusieurs membres restent au pied du sac sans le toucher, comme il se doit, et le responsable avise aussitôt les organisateurs de la Fest noz. Mais là, rien ne se passe comme il se doit. Les minutes passent et aucune mesure n’est prise dans l’urgence…

Ce n’est que 20 ou 30 minutes plus tard, après que le groupe irlandais ait fini un nouveau morceau qu’un appel est enfin lancé au micro, depuis la scène, appelant à la personne qui a laissé son sac à dos sans surveillance de venir le récupérer. La femme réapparaît après plusieurs minutes, offensée, offusquée ! C’était effectivement une « irresponsable crasse »…

Simplement une fausse alerte vous direz-vous !

Après coup, je suis d’accord : oui !

Mais…

 

Mais, ce que j’ai compris ce soir-là, c’est que la France n’était pas préparée à vivre et à détecter des attentats.

Que le public n’était pas préparé à vivre et à détecter des attentats.

Pire, que les organisateurs de festivités publiques n’étaient pas préparés à vivre et à détecter des attentats et encore moins à risquer d’interrompre les festivités sur une simple présomption d’attentat. Business is business. Le spectacle continue !*

Sans parler des autorités municipales sourdes aux incidents prémices d’incidents beaucoup plus graves considérés aujourd’hui comme des actes de guerre.

Et surtout, j’ai compris et commenté à mes amis argentins (ceux-là même de l’incident du matin au marché de la Petite Hollande) que l’inconséquence, la légèreté et l’esprit bisounours français, du public comme des autorités civiles ou policières, ouvraient une voie royale, une autoroute aux actes violents, à l’intolérance extrême et à l’autoritarisme d’une petite fraction de nos concitoyens.

Je ne m’étais malheureusement pas trompée.

Car dans une guerre asymétrique comme celle que nous vivons, une fraction n’a pas besoin d’être numériquement importante pour causer d’énormes dégâts. Il lui suffit de posséder une détermination supérieure à la détermination de vigilance et d’instinct de survie de ceux qui sont leur cible.

 

Ce que j’écris là, n’est pas un appel aux représailles, c’est un appel à toutes et à tous, à oublier notre confort de vie dans un monde de bisounours et à le substituer -en partie- par des mécanismes propres à un pays en guerre, des mécanismes normalement inacceptables mais répondant à notre nouvelle réalité : l’hypervigilance ou un l’état d’alerte permanent à ce qui se passe autour de soi.

 

Et tout comme en 2014, je reste effarée par l’attitude de nos autorités, attitude presque schizophrénique, puisque du sommet de l’État on nous déclare que nous sommes en guerre et à la base dans laquelle nous vivons rien n’est fait pour nous prédisposer, nous informer, nous préparer pour savoir nous adapter à cette guerre dont nous payons, nous, la base, le tribut !

Pourquoi comme je l’ai vu dans ce pays en guerre où j’ai longtemps vécu, la communication institutionnelle –via des campagnes sur les radios, les télévisions, les médias écrits et l’affichage public- ne nous apprend-elle pas à détecter une situation à risque et à savoir réagir ?

Depuis Charlie et surtout le Bataclan, les seules mesures publiquement et largement diffusées que l’on nous a données sont de nous cacher derrière un mur en cas de fusillade (sic) et d’envoyer un SMS à des numéros que la plupart d’entre nous n’ont pas eu l’occasion de mémoriser. Pire, dans les premiers temps, c’était un numéro d’appel comme si l’on pouvait parler et appeler au secours avec un terroriste à deux ou trois mètres de nous !

Quant aux recommandations de la page « Se mobiliser ensemble » et “Agir en situation de menace” du site officiel #StopDjhiadisme, ce ne sont que des généralités vides de sens pratique, de pertinence et aucun conseils préventifs ou d’apprentissage à la détection n’y sont donnés.

Et ma question, encore aujourd’hui, est : de quoi nos autorités veulent-elles nous protéger en faisant la sourde oreille à nos témoignages ? En nous sous-informant ? En nous sous-préparant ?

Ou simplement en nous laissant démunis face à cette « guerre asymétrique» que nos services ont bien du mal à maîtriser ?

De l’hystérie collective ? De débordements ? D’un regain de communautarisme ? D’une glissée réactionnelle vers l’extrême droite à l’aube des Présidentielles ?

Nos vies seraient-elles l’enjeu, la rançon à payer aux profits de « raisons d’État » bassement politiciennes et prospectivement électorales ?

Sommes-nous des « mineurs sous tutelle de l’État », inaptes à comprendre, à réagir, à s’adapter à une nouvelle réalité qui est douloureuse à accepter mais qui est désormais la nôtre ? Ou sommes-nous des citoyens en droit de savoir et en droit d’apprendre à détecter et à se protéger ?

Des citoyens enfin considérés comme partenaires par l’État puisque depuis le début de cette « guerre », c’est nous qui sommes en première ligne !

 

  *Il a fallu l’attentat de Nice pour comprendre que les grands rassemblements représentaient une cible de choix. Soit la mort de 84 personnes en quelques minutes.

A propos de l'auteur

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Journaliste free lance, a passé plus du tiers de sa vie dans un pays en conflit armé où elle a été correspondante de terrain pour de nombreux médias français et francophones. Spécialiste de géopolitique et des criminalités, elle assume aussi son côté “touche-à-tout selon ses humeurs”.

Visualiser 35 Comments
Ce que vous en pensez
  1. Tad Gwiñver dit :

    Il faut laisser les préjugés de côté et juste réfléchir. Cet article cite un fait et pose un constat: il y a un recul de civilité manifeste, un laxisme d’état (mais je pense plutôt à un gros débordement + calculs électoraux…), et une irresponsabilité collective (aucune préparation à un événement, insouciance…) c’est tout. Est ce que cet article a fait une généralité sur un type de population? Non. Maintenant peut on critiquer des comportements durs de maghrébins “type salafiste” sans être raciste? OUI !!! car celui qui ne sait plus critiquer le comportement d’une personne parce qu’elle fait partie d’une autre communauté se comporte…en raciste !! Quelle que soit la personne critiquée, dès qu’un comportement est inacceptable, c’est inacceptable et cela qu’il soit Rom, léonard, maghrébin ou martien. Ne pas le faire c’est porter tort à tous . Il y a des abrutis partout, et ne pas être en capacité de discuter de tels actes sous prétexte qu’il s’agit de telle ou telle communauté c’est laisser s’installer des courants de pensée violents et ou radicaux. Fermer les yeux n’est pas signe d’ouverture d’esprit…Concernant le sac à dos abandonné, l’article n’a parlé que d’une personne irresponsable mais ça aurait bien pu être n’importe quel ahuri isolé et enrôlé par internet, quelle que soit son origine! Faire partie d’un peuple, c’est garder la capacité de ne pas détourner le regard de l’autre, et ce, quoi qu’il soit. Bravo pour l’article.

    • Sylviane dit :

      Monsieur l’écureuil, merci pour vos commentaires tout à fait pertinents et qui expriment avec justesse ce que j’ai tenté d’exposer dans mon article. Face à notre nouvelle réalité, nous sommes trop souvent prisonniers de nos préjugés, nos interdits moraux et du politiquement correct. Effectivement et personnellement, je n’ai rien contre la religion musulmane tant que le principe de « ta liberté s’arrête là où commence la mienne » et vice versa, est respecté, ce qui n’est malheureusement pas le cas avec le « salafisme ». Comme citoyenne et encore plus comme femme, je refuse d’accepter et de tolérer que l’on tente d’imposer dans ma vie, dans mon quotidien et dans ma privacité des principes religieux qui restreignent et bafouent mes libertés. Et comme vous le dites, que ces principes soient salafistes ou martiens ! Aujourd’hui, ils sont salafistes. Donc, aujourd’hui, je les dénonce et continuerai à les dénoncer tant qu’ils porteront atteinte à mes libertés, de citoyenne et de femme. Comme je me bats déjà au quotidien contre l’incivilité grandissante et la bêtise.
      Et aujourd’hui, bien plus qu’hier, dès que l’on exprime une critique qui sort des sentiers du « politiquement correct », on est accusé de « raciste ». Qualificatif galvaudé et fourre-tout qui lui aussi restreint nos libertés ! Exprimer une critique, émettre un point de vue différent, sans violence, sans attaque, sans diffamation mais en l’explicitant, doit rester un droit. Sinon, fermons les vannes de notre pensée, neutralisons nos capacités de pensée –critique-, arrêtons de lire, de nous informer, de tenter de comprendre le monde dans lequel nous vivons et transformons-nous en « moutons » qui suit le troupeau sans savoir où nous allons.
      Et conservons aussi le droit de remettre en question le chemin que nous indiquent, ou ne nous indiquent pas, les « guides » qui ont été élus au suffrage universel ! Les intérêts de ces « guides » divergent parfois de nos intérêts communs et de nos intérêts collectifs. D’où ma référence à l’hypothèse du manque d’une réelle politique d’informations préventives à destination de l’ensemble des citoyens et de la part de nos autorités… dans une période pré-électorale.
      Merci encore pour vos commentaires !

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