Coluche : “33 ans que ça dure…” par Jean-Yves Lafesse

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Mercredi 17 août 2016, Jean-Yves Lafesse revient 33 ans en arrière pour sa discussion avec Coluche lors de l’émission de Michel Polak en 1983.

“33 ans que ça dure “

Le 31 Juillet, TF1 a diffusé un reportage sur Coluche, à l’occasion des 30 ans de sa mort.
Dans le genre « montage » TF1, difficile de faire “mieux”.
Le 31 Juillet, dans la foulée de la diffusion de cette émission, j’ai reçu ici d’un seul coup un flot de messages personnels orduriers, insultants, etc.
Tout juste si on ne me reprochait pas la mort de Coluche.
Alors, comme je suis poursuivi par cette « malédiction » depuis 33 ans, que j’estime avoir assez morflé parce que j’ai voulu cacher quelque chose, qui vient d’être dévoilé publiquement, c’est l’occasion, enfin, pour moi de me libérer de ce fardeau, un peu trop lourd…
À l’époque de cette émission, je démarrais à la radio (Carbone 14).
J’avais 24 ans.
La production de l’émission la plus regardée de France me téléphone pour m’inviter à une émission sur la provoc et sur Coluche. Je leur demande pourquoi ils pensent que je dois venir.
Ils m’expliquent que j’y ai ma place.
Bon… ?
Ils insistent un peu, car passer à la télé, en direct de surcroît, je ne connaissais pas, ça ne m’inspirait pas.
À part comme veilleur de nuit à la SFP, pendant mes études, je n’avais jamais mis les pieds sur un plateau télé.
Quelle connerie j’ai fait ce jour-la d’accepter…
Donc, je me pointe sur le plateau et je découvre le décor de « Droit de réponse ».
En coulisses, c’est l’effervescence maximum. Ils préparent l’arrivée de Coluche et prédisent un record d’audience.
Tout seul dans mon coin, j’observe les géants du Paf qui m’entourent…Polac, Séguéla, etc.
La tension monte sur le plateau, tout concoure aussi à faire monter la mienne…
Qu’est ce que je fous là ?…avec le cœur qui bat la chamade, pendant que chacun s’observe du coin de l’œil en tentant de deviner la future partition de l’autre.
Moi j’ai 24 balais, je ne sais pas ce que je fabrique ici, mon cœur cogne trop fort, trop vite.
C’est le quatrième verre d’eau que je demande en moins d’un quart d’heure.
On va tous crever !
Les assistants font encore monter la pression, à quelques minutes de l’antenne.
Et Coluche arrive, il débarque.
Déguisé en Zorro, rose.
Accompagné de ses deux fils, flanqué de ses potes, Jean-Mi, Ludo, Aldo…
Jean-Mi vient directement vers moi, il se présente, mais je sais déjà qui il est : l’éminence grise de Coluche, son « conseiller politique », un esprit subtil, rapide, comme j’aime.
Il a l’air de me connaître, ça m’étonne. Amusé, il me confie qu’il m’écoute, ça me surprend.
Mais son sourire disparaît. Il me glisse que Coluche va mal, va très mal depuis la mort de Dewaere, qui s’est suicidé avec l’arme que Coluche lui avait offerte. Il prend des trucs…
Jean-Mi reparti en coulisses, j’observe Coluche le géant. Il a l’air inquiet, glisse de rares sourires, à gauche, à droite, mais je le sens mal, hésitant, soucieux…et puis je commence à distinguer des micro gestes qui trahissent quelque chose que j’avais trop vu autour de moi.
L’héro.
D’où je suis, le voyant si fragile, avec ses pistolets qui n’ont pas l’air d’être des pistolets à eau, je monte dans ma tête. Les souvenirs de mes copains qui n’arrivaient pas à sortir de l’héro et qui passaient sous les trains, se défénestraient ou se tiraient une balle dans la tête, tout ça remonte. Et je regarde Coluche…
Je suis un branleur de 24 balais, un puceau de la télé, assis sur une chaise qui tremble, j’ai le cœur qui explose dans la poitrine et l’assistante annonce « 3…2… »

Faut que je trouve une solution, putain, je dois faire quelque chose…
Il va pas faire ça en direct quand même…devant ses deux enfants…oui, mais les pistolets, oui, mais l’héro, oui, mais Dewaere…oh putain !…faut le sauver, faut l’empêcher ! Faut que je le presse, que je le provoque, il aura pas le temps de se poser de questions, il va réagir à chaud, ça va l’occuper, il pensera plus à…
« …1 !… »

 

23 heures trente, Coluche se tire une balle dans la poitrine. Boum !
Ce n’était qu’un gros pétard, mais il résonne encore dans ma tête…
Et voilà, voilà pourquoi et comment je suis rentré dans le lard de Coluche ce soir-la.
Voilà comment le lendemain tout le monde m’est tombé dessus, comment je me suis fait insulter, cracher dessus, y compris par des amis.
Et même si au cours de l’émission, Coluche a eu le temps de me dire « c’est toi qui a raison mon pote », ce que personne n’a vu, ben voyons…même si Jean-Mi avec qui j’ai travaillé quelques années plus tard en compagnie de Jean-Luc Delarue, m’a confié que Coluche ne m’en avait jamais voulu, au contraire, le mal était fait.
Alors on m’a demandé mille fois pourquoi j’avais fait ça…
Je n’ai jamais voulu révéler en public que Coluche était dans l’héro.
Même si beaucoup le savaient à Paris.
Donc j’étais coincé.
Je ne sais pas si ça va me faire du bien de lâcher ça, à cette heure-ci, j’ignore encore si ça va me libérer.
Mais putain s’en prendre autant dans la gueule que je m’en suis pris le 31 Juillet 2016…
Par messages persos sur Facebook ou dans certains articles, rédigés à la va vite et à la hache, comme celui d’un abruti de « 20 Minutes ». Ça suffit !
33 ans après ces quelques minutes de télé, qui restent à planer au-dessus de la tête de certains, alors qu’elles pèsent une tonne sur la mienne…Ça peut pas durer !

https://www.facebook.com/lafesse/posts/636888276485313

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