Tribune Libre : Nouvelles de Suisse et bilinguisme

languesIl est assez connu que les Suisses francophones n’apprennent l’allemand qu’avec peu d’enthousiasme. On leur enseigne en effet généralement l’allemand standard, qu’en France, réflexe jacobin (mais aussi trop souvent en Allemagne), on appelle le « haut allemand » (Hochdeutsch). C’est très bien s’ils voyagent en Allemagne ou ont des contacts avec des Allemands. Ils peuvent à la rigueur se débrouiller dans les cantons alémaniques quand ils demandent quelque chose, mais pour comprendre, c’est une autre histoire ! Le schwitzerdütsch, ou plutôt les diverses variantes de l’alémanique, leur restent le plus souvent incompréhensibles… En effet, si dans la Confédération, quatre langues sont officielles, la tendance actuelle est de donner de plus en plus d’importance, d’officialité aux parlers.

Ainsi, le canton d’Argovie vient de décider que la langue officielle d’enseignement et de communication dans les jardins d’enfants et les écoles primaires ne serait plus l’allemand mais ce fameux schwitzerdütsch ! L’allemand standard et l’anglais s’apprendront au collège avec – éventuellement – le français et l’italien. Évidemment, les enfants restent continuellement confrontés (TV, livres, journaux…) à l’allemand standard hors de l’école et vivent quasiment une situation de bilinguisme (certains parlent de diglossie). Une série d’études a renforcé ce que l’on sait depuis longtemps : l’apprentissage du parler (Mundart), qui devient ainsi une langue à part entière (ce qu’elle était dans les faits, mais l’école officialise une situation), favorise le multilinguisme. Bien savoir sa langue maternelle et commencer à s’exprimer dans une autre, effectuer des allers-retours, des transferts, des « adaptations », développe des potentialités, une ouverture aux langues étrangères. L’auteur de cette note a eu le plaisir de s’occuper d’un établissement franco-allemand pendant plusieurs années et les élèves français et allemands, qui souvent au départ, ne parlaient que leur langue maternelle, acquerraient progressivement les compétences nécessaires pour passer sans difficulté les deux bacs nationaux, vivre une bilingualité d’excellent niveau, avoir une vraie connaissance et compréhension de l’autre ! Enfin, en prime pourrait-on dire, le niveau en anglais était pour tous excellents, tout élève quittant le lycée à la fin du cursus étant en fait trilingue, prêt à apprendre d’autres langues et ouvert à d’autres cultures. Parler deux langues, c’est souvent en maîtriser ensuite bien plus…

En Argovie donc (mais aussi ailleurs dans le pays), pour les 74 500 élèves, lundi dernier, jour de la rentrée, les 8320 instituteurs devront enseigner en schwitzerdütsch. C’est le résultat d’un référendum populaire de mai 2014 par lequel la majorité des votants à dit oui à ce type d’enseignement. Le contrat des instituteurs qui, d’ici la fin 2018, n’auront pas réussi à acquérir les compétences linguistiques nécessaires sera purement et simplement dénoncé, ce qui provoque quelques remous chez les Allemands ayant abandonné un poste dans leur pays pour enseigner en Suisse (salaires plus que doubles, mais contractuels, avec beaucoup moins de vacances mais des groupes souvent restreints).

En France, on le sait, le statut des langues dites régionales est malheureusement ce qu’il est et on peut seulement rêver d’enfants bretonnants qui commenceraient leur école primaire dans cette langue. Rêver ? À moins que… Rien n’est jamais définitivement perdu, mais il faut lutter contre la routine et les pesanteurs, les idées reçues et les clichés : le faible niveau en langue de nos bacheliers ne sera jamais effacé par une initiation à l’anglais ou à l’allemand en maternelle ou en primaire. Ce qu’il faut, c’est s’appuyer sur du solide : bien connaître sa langue maternelle. Si c’est le français, il faut bien le faire apprendre, comprendre, si c’est le breton ou l’alsacien, le catalan ou l’arabe, il faut profiter de cette chance pour accéder aisément aux autres langues… Évidemment, ce n’est pas demain la veille : nos politiques, par pusillanimité, par calcul, par routine, par manque de vision freinent des quatre fers, les parents font souvent chorus car ils ont peur que cette voie ne soit négative pour des études futures et les profs craignent trop souvent ce qu’ils ne connaissent pas, ce qui sort des habitudes…
Mais bon, pour parodier le divin marquis (qui n’était vraiment pas divin) : Bretons, encore un effort si vous voulez être vraiment républicains, c’est-à-dire prendre votre destin, la chose publique à pleine mains, vos mains. On ne va tout de même pas se contenter des noms de rue avec leur sous-titrage breton, du panneau Roazon pour Rennes (!) à l’entrée de la ville. On ne va pas toujours accepter ces aumônes consenties par un jacobinisme cachant sa sclérose sous une façade arrogante alors qu’en même temps, contre toute logique historique, culturelle Nantes est arrachée à la Bretagne !

5 COMMENTS

  1. Il s’agira déjà de ne plus être schizo : Breton ou français, il faut choisir !! Il est très clair que c’est totalement incompatible !!

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