Manifeste pour une France de la diversité

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manifeste pour une France de la diversitéLe nouvel ouvrage de Jean-Michel Le Boulanger vient de paraître. Fort de son expérience de breton, l’auteur rappelle avec brio la réalité multiculturelle de la France. En Bretagne, « les identités composites sont une pratique vécue, sans problème aucun ».   Il fustige ceux, nationalistes, jacobins, centralisateurs, qui nient cette « liberté plurielle » et « feignent de craindre pour la République et l’unité Nationale ». Tout au long du manifeste, il critique une certaine France, celle de « ses élites, dirigeants d’une technostructure si centralisée, repue de chiffre, de taux et de dogmes, qui, à grands coups de certitude et de morgue, persiste à penser la diversité comme un outrage à sa propre grandeur ».  C’est là en réalité que « se nichent un « repli » et un « communautarisme » dont on ne parle pas ». Au fil des pages apparaît un premier combat, celui contre les nationalismes « clos sur eux-mêmes », « qui engendrent une conception identitaire basée sur la racine unique ». Il exprime également le besoin d’un combat pour la transmission de l’histoire et de la matière de Bretagne, comme en exemple au reste de la France. Il met en garde contre « les prétendues puretés », « Notre Bretagne – comme notre France – n’a aucune originelle pureté à présenter. Elle est faite de rencontres et de dialogues, elle est faite de hasard et de relations ».  Dans ces relations, Il affirme « l’égale dignité des cultures, dès lors qu’elles respectent la Déclaration des Droits de l’Homme ». Sa conviction essentielle c’est le besoin  d’un « humanisme de la diversité adapté aux identités composites de notre temps, basé sur les droits culturels des personnes ».

La parution de ce manifeste est un geste fort  qui se situe dans la droite ligne de l’engagement politique de l’auteur.  Edwy Plenel le dit en préface, nous sommes « à l’orée de temps électoraux qui risquent de donner la part belle aux semeurs de peurs et aux prêcheurs de haine ». C’est le hold-up de l’idée républicaine française par une caste déconnectée des réalités humaines qu’il critique lorsqu’il écrit «notre république, hélas, centralisée, verticale et uniformisatrice, n’en est pas moins fondée sur une promesse d’égalité, sans distinction de naissance, de fortune ou d’éducation, d’origine, de croyance ou de sexe, que des républicains conservateurs n’ont cessé de contredire ». Il  fait prendre conscience que « notre République, telle qu’elle s’énonce dans les élections, se pratique dans les administrations, se transmet dans les éducations, ne nous reconnaît pas encore tels que nous sommes, nous, le peuple de France, divers et pluriel ». Sont particulièrement visés ceux pour qui « il n’y a pas d’identité française heureuse dans une France devenue multiculturelle ». Il s’agit en particulier de Nicolas Sarkozy et du Front National. L’histoire a fait que  la conscience des identités composites est particulièrement forte en Bretagne. Ce qu’expose Jean-Michel Le Boulanger, c’est que la France est, et a toujours été, multiculturelle.  On en conclut que ceux qui affirment le contraire n’ont pas de projet pour la France réelle.

La lecture de ce manifeste est éclairante et salutaire. L’auteur met en avant la réalité multiculturelle de la France. Il contredit une certaine tradition de discours réducteurs et de diabolisation de la diversité lors des élections nationales en France. L’esprit de son ouvrage tient parfaitement dans cette phrase lumineuse de la préface « Depuis l’expérience bretonne, il pose la question française ». Aujourd’hui, se demander comment « Etre Breton ? » revient à oser s’interroger  sur ce qu’est être français en s’affranchissant d’un point de vue imposé en central.

 

« Manifeste pour une France de la diversité »

Jean-Michel Le Boulanger.

Editions Dialogues

Parution 15/09/2016

92 pages

13 euros

14 Commentaires

  1. L’idéologie jacobine, dont l’un des fondements est l’éradication de ce qui n’est pas « français » (ce qui se traduit par le « génocide culturel » généralisé des populations dominées), a été élaborée au moment de la révolution française, et c’est une idéologie « de gauche » (robespierriste). C’est l’idéologie des socialistes comme des communistes français, c’est l’idéologie du gouvernement actuel, socialiste, qui a supprimer l’Alsace de la carte et s’émeut qu’on parle un peu trop corse en Corse.

    « Nous n’avons plus de provinces, & nous avons encore environ trente patois qui en rappellent les NOMS. »

    « …les vraies dénominations prévaudront même parmi les ci-devant Basques & Bretons, à qui le gouvernement aura prodigué ses moyens : & sans pouvoir assigner l’époque fixe à laquelle ces idiômes auront entièrement disparu, on peut augurer qu’elle est prochaine. »

    Abbé Grégoire – Rapport sur la nécessité et les moyens d’anéantir les patois et d’universaliser l’usage de la langue française (1794)

    https://postcolonialbrittany.wordpress.com/2016/04/26/tractatus-politico-philosophicus-2/

    Cette même idéologie s’est exportée en Afrique, en Asie, aux Amériques, en Polynésie, etc :

    « Les races conquérantes les plus habiles ont compris la nécessité de ne pas heurter les croyances de leurs sujets et de respecter leurs institutions. Les Français, au contraire, essayent de transformer les sociétés indigènes avant même d’avoir assis leur conquête. Ils professent que les institutions, les croyances, les langues même, entretiennent l’hostilité des indigènes contre le nouvel état de choses, et que pour obtenir leur sympathie ou leur résignation, il n’y a qu’une méthode efficace : l’assimilation. »

    « Pénétrée de cette idée consacrée par la Révolution, qu’il existe une formule absolue pour faire le bonheur des peuples, formule indépendante des temps et des lieux, la France s’attribue la mission d’en hâter l’avènement chez ses sujets. Elle est persuadée que sa gloire et ses intérêts sont également liés à la réalisation de cet idéal et l’’assimilation’ morale des races les plus hétérogènes sur lesquelles elle a étendu sa souveraineté lui apparaît non seulement comme le but, mais surtout comme le ‘moyen’ de sa domination. […] l’assimilation reste le but constant de nos efforts. »

    Léopold de Saussure – Psychologie de la colonisation française dans ses rapports avec les sociétés indigènes

    https://www.amazon.fr/domination-fran-aise-Portrait-guenon-pr-dateur-ebook/dp/B01EO38NTS/ref=tmm_kin_swatch_0?_encoding=UTF8&qid=&sr=

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