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Publié le: mer, Oct 5th, 2016

Ouverture du Ti ar Vro à Vannes, un long chemin semé d’embûches… Entretien avec Bertrand Deléon

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bertrand2015Une maison de la culture bretonne vient de s’ouvrir à Vannes. 7Seizh a interrogé par téléphone Bertrand Deléon à l’origine de la fédération et impliqué dans bien d’autres projets vannetais depuis plusieurs années. Il a dû se mettre en retrait, officiellement pour raisons politiques. En écoutant son analyse de la situation vannetaise, on note des divergences stratégiques avec les actuels protagonistes quant à l’aboutissement de divers projets culturels vannetais. Ce développement relatif des marqueurs de l’identité bretonne ressemble étonnamment au scénario vécu dans plusieurs villes de Bretagne : les freins ne sont pas forcément du côté des élus.

 

Il existe plusieurs maisons de la culture bretonne en Bretagne et même en Île-de-France, Vannes est en retard. Comment l’expliquez-vous ?

L’agglomération vannetaise compte l’une des plus importantes proportions d’élèves en classes bilingues breton – français et par immersion linguistique. Pourtant, la ville accuse un retard marquant parmi les autres villes bretonnes en matière d’équipements culturels dédiés à la culture bretonne. Cet état de fait est la suite logique du statu quo des années de règne politique de Raymond Marcellin. Maire de Vannes et ministre de l’Intérieur surnommé « Raymond la matraque », ancien décoré de la francisque, la plus haute décoration de la main du Maréchal Pétain pour son active participation au régime sous l’occupation, bourreau de sa bonne cachée sous la cage d’escalier de son domicile… Bref, Raymond Marcellin faisait aussi localement la pluie et le beau temps, ordonnait sa conception de l’ordre et honnissait apparemment la Bretagne quand elle s’affichait fièrement. Son poulain, François Goulard, a fait plus de concessions et s’est engagé sur de nombreux dossiers profitables à la culture bretonne sur Vannes. Mais nous sommes loin du compte et les obstacles viennent parfois des acteurs culturels eux-mêmes.

En 1972, l’association Kelc’h Sevenadurel Gwened émettait le souhait de fédérer les associations dont les buts ont trait à la culture bretonne sous toutes ses formes. En 1989, le militant breton Tugdual Kalvez relance cette demande de Ti ar Vro auprès de la mairie… en vain. Seulement 25 ans après la première formulation, en 1997, l’entente culturelle Emglev Gwenedourion voyait le jour dans la douleur et disparaissait aussi vite, faute de véritable solidarité entre ses différentes composantes et de soutiens des élus UMP, PS et Verts du moment… L’année suivante, une entente des cours de breton palliait un déficit d’union en la matière, l’association KSG (Kelc’h Sevenadurel Gwened) déclarait en préfecture la fédération Gevred, permettant aux cours de breton de mettre des moyens et un salarié en commun. Le président de KSG hospitalisé, son secrétaire en reconversion professionnelle à Brest, la méfiance, voire la défiance, entre brittophones vannetais et apprenants ou exilés d’autres pays bretons, firent d’une part passer KSG de 126 membres à 25, et la fédération Gevred manqua à ses buts premiers de fédération, tout en continuant à faire valoir un certain moment les avantages imputés à ses objectifs fédératifs initiaux.

En septembre 2008, à l’initiative de membres de l’association culturelle et militante Bemdez habitués à travailler avec différentes associations, notamment dans l’organisation de journées de loisirs en breton pour les enfants, des représentants de tout type d’associations culturelles et sportives se mettent autour de la table : musique, gouren, breton, gallo, histoire, un espoir pour une grande médiathèque rassemblant des fonds bretons… Emglev Bro Gwened voit le jour et semble plus solide que les tentatives précédentes. Il faut dire que les rappels des échecs du passé furent martelés dans les réunions de lancement.

Dans le même temps, un projet d’annexe de l’école Diwan de Vannes à l’Ouest de la ville démarre sur les chapeaux de roue, ainsi que la première crèche en breton par immersion liée directement à ce projet. Parallèlement, la question du déménagement du collège Diwan à l’ancienne école de police est abordée. L’idée de regrouper le Ti ar Vro, le collège Diwan, l’annexe de l’école primaire, des studios de radio devient l’objectif rêvé. Le projet est viable et plein d’espoir.

En deux ans, tout s’emballe mais la frilosité, le manque de discernement inhérent à un mouvement breton aux consciences diffuses, ne connaissant pas forcément l’histoire locale pour œuvrer dans la continuité, et l’absence de motivation sincère des élus vont vite enrayer la machine.

 

Vous voulez dire qu’un pôle culture bretonne aurait pu voir le jour mais la motivation n’aurait pas été au rendez-vous ?

Tout à fait, c’est ce qu’on appelle tomber de Charybde en Scylla. C’est en contournant des obstacles que d’autres difficultés sont rencontrées.

Au même titre que les journées de loisirs pour enfants inter-associatives en breton citées précédemment, le projet de Ti ar Vro fait face au refus d’engagement financier de la communauté d’agglomération de Vannes, Vannes Agglo. Son président, Pierre Le Bodo, faillit à ses promesses quant aux journées inter-associatives, redoutant peut-être une émulation dans l’action aboutissant au renforcement de la fédération EBG. L’association Bemdez put proposer toutefois des heures de loisirs aux enfants et des cours du soir pour adultes grâce à la participation d’entreprises et de dons individuels. Concernant le projet de Ti ar Vro, la ville de Vannes et Vannes Agglo se renvoient la balle. A chaque élection (les Municipales et les Départementales), François Goulard et David Robo ont paradoxalement réitéré leur volonté d’ouvrir cette maison de la culture bretonne.

Or, les associations, les acteurs culturels et les élus de l’opposition n’ont montré que peu de motivations, voire de l’opposition. Nous sommes responsables d’avancer doucement, autant que les élus.

 

Justement, vous disiez tout à l’heure que « nous sommes loin du compte » en matière de développement de la culture bretonne et vous avez cité divers projets, qu’en est-il actuellement ?

Oui, le bilan suivant est très parlant.

  • Ti ar Vro : l’équipe qui a pris les rênes se veut très progressiste. Dégagée « des membres potentiellement plus remuants » – ne suivez pas mon regard, pas besoin de chercher loin– elle a fait un travail administratif considérable auquel notre association a participé à ses débuts avant d’être progressivement écartée des décisions par le bureau : évaluations des besoins, nombreux rendez-vous avec les élus, prospections, participation à la semaine de la culture bretonne…
    L’intégration à l’ex-école de police – fondée par Raymond Marcellin, ce qui constitue tout un symbole – fut rapidement écartée par les élus vannetais. Les locaux abandonnés par l’Université de Bretagne Sud en centre-ville après son déménagement au très tardif campus vannetais sont depuis plus de deux ans proposés pour le Ti ar Vro. Une partie des bâtiments de la rue de la Loi ainsi libérés depuis plusieurs mois a dû être mis aux normes. Comme pour l’ex-école de police, à l’invitation des élus de Vannes, les locaux de la rue de la Loi furent plusieurs fois visités par les associations vannetaises, caressant ainsi l’espoir de les intégrer un jour. Ca a fait la une des journées il y a quelques temps : le président de Vannes Agglo chipote face à des pages et des pages de dossiers administratifs qui lui ont été soumis à sa demande, pour conclure par un refus de participation. Se pose aussi l’aide au financement d’un emploi auprès de la Région Bretagne. Bref, en 44 ans, nous avons stagné sur ce sujet ! Néanmoins, les promesses électorales ont manifestement fait mouche sur les bretonnants locaux, heureux : ce 1er octobre un Ti ar Vro ouvre en grande pompe et en présence de tout le gratin dans de superbes bâtiments avec un grand amphi., ça en jette plein les yeux ! Au risque de jouer les rabat-joies, le bâtiment sera bientôt démoli pour un programme immobilier et nul ne sait encore comment les associations se partageront les coûts internes, les charges, fluides, etc. Certes, il est important d’avoir déjà un pied dedans.
  • L’annexe de l’école Diwan et la crèche en breton Babigoù Breizh : le premier projet était né d’un regain d’activité et d’inscriptions d’enfants en classes bilingues et par immersion ces 8 dernières années. Et ce, en dépit de la baisse puis de la stagnation d’inscriptions dans les écoles monolingues dues à la hausse du prix de l’immobilier. Les projets d’annexe et de crèche étaient initialement indissociables. Le projet d’annexe seule fut défendu par la direction de Diwan, confié par cette dernière à une nouvelle équipe de futurs-parents sur la commune de Plescop, totalement détachée des initiateurs qui avaient pourtant mis en contact Diwan et la maire de Plescop. Le projet a rapidement capoté.

  • la crèche en breton : l’équipe initiale a fait le gros travail de défrichage. Il a fallu défendre âprement le projet auprès des élus puis de la CAF qui utilisa les arguties habituelles pour freiner l’enthousiasme des initiateurs. La promesse d’une importante subvention fut ainsi engagée. Puis, le départ du président, pour des raisons qui ne sont pas liées au sujet, amena progressivement une nouvelle équipe. Cette dernière, motivée notamment par des objectifs professionnels, modifia la trajectoire initiale. Tout à leur honneur, les trois filières furent partie prenante au nouveau projet, séparée désormais de l’annexe de l’école Diwan. Après de longues négociations s’ouvrit la première crèche. En 2011, une micro-crèche de 10 places voit le jour avec l’aide des collectivités. Or, l’achat de places par ces dernières s’avère encore compliqué. L’idée d’une seconde micro-crèche pour compenser le projet initial d’une crèche de taille plus classique ne verra pas le jour. L’ébauche d’une crèche par immersion au sens strict du terme a fait également long feu.

  • un pôle culture bretonne à l’ancienne école de police à Kercado : cette idée aurait pu être réalisée si le collège Diwan avait soutenu dès le départ son déménagement dans ces locaux déjà adaptés à l’enseignement. Or, à Diwan, ce sont les parents qui décident et ces derniers, s’ils font un travail important, ne sont pas toujours expérimentés ; ils n’ont pas toujours connaissance non plus des enjeux locaux. Et si la direction du réseau supervise ces négociations à distance, les intérêts sont semble t’il détachés des réalités et du terrain. Il a fallu la prise de position publique d’associations, des relais politiques locaux, pour faire valoir tardivement ce déménagement. Pour François Goulard, il faut tout de même avouer qu’il défendit cet emplacement pour le collège Diwan depuis le départ. Son successeur, David Robo, a aussi largement contribué à la décision.

Ce transfert tardif, l’installation de la crèche sur un autre site peu éloigné, le Ti ar Vro visant d’autres locaux en centre-ville, et la non-ouverture de l’annexe de Diwan ont eu raison de ce pôle culturel breton. Outre la réalisation sur place d’une coopération inter-associative, un tel espace aurait pu offrir aux parents un centre-aéré en breton. Par ailleurs, des formations devenues des vitrines de la ville, comme le bagad Melinerion, sont suffisamment bien loties pour ne pas trouver de raisons à se joindre à l’entente.

 

De ces constats, il convient une bonne fois pour toutes d’en tirer des leçons. Un boulevard s’ouvrait à nous moyennant notre relative unité, nous avons transformé les enjeux en de petits pas en avant. Une crèche et un Ti ar Vro ont bien vu le jour et le collège déménagera finalement dans les décents et fonctionnels bâtiments de l’ex-école de police. Nous pouvons donc parler d’un succès global en demi-teinte. Il convient de remettre en cause notre manque d’union et de discernement quant aux enjeux. Les égos ont eu raison de la méthode et du faisceau d’intérêts collectifs.

 

Quelles ont été les véritables facteurs d’avancées dans le pays de Vannes ?

Comme pour toute cause, qu’elle soit économique, sociale ou culturelle, nous avons d’un côté la pression d’associations avec des pionniers ouvrant la voie ; de l’autre une réponse constituée de belles annonces d’élus, sans véritables issues, renforcées par la confiance sans faille de l’électeur (les autres ne votent plus !). Le partenariat de représentants associatifs opposés à tout remous conforte ce système. Toutefois, ce n’est pas à Vannes que les associations culturelles dont les buts sont liés à la culture bretonne sont les plus malheureuses, il faut bien l’avouer. Il y a pire !

Or, les véritables avancées sont souvent le fait d’acteurs indépendants. Ceux qui font le sale boulot, qui ne seront jamais reconnus !

 

Quid de la signalétique bilingue à titre d’exemple ?

C’est un très bon exemple. Le département du Morbihan accusait un retard considérable en ce domaine, une fois que tous les moyens démocratiques furent épuisés, notamment les centaines de panneaux factices apposés par l’association Bemdez et nos rencontres avec les élus, l’association Stourm ar Brezhoneg prit le relais en enclenchant les plus amples opérations nocturnes de son histoire : plusieurs centaines de panneaux furent noircis ou sciés dans l’ensemble du département sur quelques jours. Si les services de l’Etat et le Conseil Général répondirent par des demandes de filatures, des arrestations et des procès, en 6 mois le département rattrapa son retard en la matière… tout en commençant par la région gallèse la plus hostile au breton (association AOSB soutenue par des élus autour de Françoise Morvan et de la Libre Pensée), histoire de bouder un peu.

Nous pouvons déplorer le même mécanisme sur le plan politique, lorsque le drapeau breton est porté clairement par une formation, que la question bretonne s’invite dans les débats, c’est la course au plus autonomiste parmi les partis français les plus centralistes. Alors, on nous serine de belles paroles, même en breton à l’Assemblée… Ainsi la pression tombe, les années passent… Pendant ce temps, la Bretagne se meurt, la France parisienne pille les collectivités locales, les actifs fuient le pays… qui se vend en même temps au plus offrant.

L’avenir sera incontestablement dans la clairvoyance de nos engagements et de nos partenaires.

A propos de l'auteur

Visualiser 14 Comments
Ce que vous en pensez
  1. Bagad dit :

    Questions courtes….mais un roman de réponses mais un débat orienté. ..exclusivement dans le mauvais sens.

  2. Kadkaou dit :

    Pennad da lenn ha da adlenn !! Ur gwir Ti ar Vro a dlefe bezañ e pep kêr, douget gant ur pal nemetken: Bodañ an holl nerzhioù war hent an dieubidigezh evit mad an holl vretoned.

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