Blackrock, et si on reparlait un peu d’économies, Par F. Labbé

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portrait F. LabbéOn se rappelle les foucades du Président lorsqu’au Bourget il promettait qu’on allait voir ce qu’on allait voir et que les banquiers en particulier avaient intérêt (normal pour des banquiers) à numéroter leurs abattis !
Le soufflé est retombé mais le Président englué dans ses mensonges, comme les lardons dans le fromage, n’en continue pas moins à pérorer dans le vide.
Qu’aurait-il pu faire d’ailleurs ? Comme ses collègues politicards de tous les pays (Clinton etc.), un peu partout dans le monde, il aura apporté sa pierre au discrédit du « politique » élargissant ainsi un peu plus encore la voie triomphante ouverte à « l’économique ».
Les médias eux aussi concourent à cette débâcle : ils parlent trop de tout sauf de l’essentiel. Ainsi, on a peu écrit sur ce qui s’est passé au cours des dernières années : les banques d’investissement américaines ne dominent plus la scène économique comme naguère : elles ont été remplacées subrepticement par les Méga fonds, possédant des ressources pouvant dépasser plusieurs milliers de milliards de dollars ! Le premier d’entre eux a pour nom BlackRock et s’est imposé en peu de temps comme un acteur incontournable pour les grandes entreprises et l’économie mondiale avec des retombées évidentes sur les marchés, les travailleurs et les gouvernements, la sphère du politique.
Laurence Fink l’a fondé en 1988 dans l’idée, au départ, d’administrer les fortunes colossales, mais ce n’est qu’après la crise de 2008 que BlackRock, comme Vanguard, State Street ou Fidelity sont devenus très puissants.
A la suite de la déconfiture Lehman, les politiques ont certes cherché à renforcer les contrôles et fixer des règles réduisant la flexibilité des banques sur les marchés financiers. Les mégas fonds ont alors pris le relais en se travestissant en « banques fantômes » (shadow booking), c’est-à-dire en institutions distinctes des banques et n’ayant ainsi pas à suivre les règles appliquées à celles-ci ! Chassez le banquier par la porte, il entre par la fenêtre. Une vieille histoire ! Ainsi, ces nouveaux fonds passent au travers des « contrôles » (il est vrai de toute façon pas trop efficaces), ce qui leur permet des investissements risqués avec promesse de rentabilité énormes. Rien n’a donc changé, le casino continue, sauf que la concentration des avoirs en quelques méga fonds fait que les sommes mises en jeu n’ont plus rien à voir avec les trafics de gagne-petit des Lehman’s Brothers par exemple ! BlackRock devrait administrer près de 5000 milliards de dollars (provenance : entreprises, milliardaires en mal de placements, fondations, fonds de pensions, drogue, voire États corrompus) et le 10 principaux fonds disposent de plus de moyens que le BIP de l’Union Européenne ! BlackRock est actuellement le premier investisseur sur le plan mondial. Pour ce qui concerne l’Allemagne, Wolfgang Kessler, un économiste allemand , explique que ce fonds est associé à toutes les 30 entreprises du DAX et qu’il est majoritaire dans 10 d’entre elles ! Pour la France, BlackRock est un actionnaire important de dix-huit grands groupes français du CAC40. Il est même numéro un chez Total, Unibail Rodamco, Vinci, Schneider, Air Liquide et Valeo et a augmenté considérablement sa « surface » depuis… 2012 ! Sur le plan mondial, il possède des actions dans 282 des 300 plus importantes entreprises du monde. À cela s’ajoute que ces méga fonds travaillent en connexion, ce qui les rend, en ces temps d’échange éclair de l’information, particulièrement redoutables. BlackRock s’appuie sur un réseau informatique de 5000 serveurs et d’une armée d’analystes dont la fonction est d’adapter au jour le jour, voire à l’heure près les investissements vers une rentabilité maximale renforcée par l’utilisation des paradis fiscaux.
Qui est BlackRock ? Personne, sinon une mouvance, une organisation. Inutile de chercher un « chef », des « illuminati » quelconque. Pas de « responsable » : BlackRock fonctionne anonymement, quasiment indépendamment et dans ces conditions n’accorde évidemment pas plus de places à des préoccupations éthiques qu’une bombe atomique larguée obéirait aux remords de celui qui l’a lancée ! Une seule loi, une seule morale, un seul impératif catégorique : les profits et cela justifie toutes les restructurations, les fusions, les délocalisations, la suppression de postes de travail, le mépris des fourmis à la base….
Dans ces conditions l’influence politique de géants comme BlackRock est immense. B. Obama a par exemple demandé à BlackRock de s’occuper des banques et assurances banqueroutières. Notons que Laurence Fink est un ami de Mario Draghi et que le fonds a pu mettre au point les analyses de risque lors du sauvetage de banques en Europe ! Ceci bien sûr n’a pas pu se faire sans que les « livres de comptes » de l’Europe n’aient été passés au peigne-fin !
C’est peut-être aussi ce qui explique pourquoi la politique est si discrète eu égard à ces fonds gigantesques. La seule lueur d’espoir est que sous la pression de rares députés européens, la commission des monopoles de Bruxelles a inscrit cette thématique sur son agenda…
Mais bon, un agenda est fait pour être rempli. Ce qui se fait ensuite…

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