Pour une histoire de Bretagne débarrassée de ses mythes  ?

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portrait F. Labbé« […] on verra disparaître les fictions, peut-être avec regret, parce qu’elles flattaient notre amour-propre et que la vérité n’a rien à nous donner en équivalent. La philosophie nous découvre, sans nous flatter, notre origine : à l’aspect des monuments qu’elle nous présente, à la vue des restes grossiers de nos ancêtres, sortis de la terre bruts comme ses autres productions, elle nous avertit que nous ne sommes pas d’une autre nature, et que le sage doit renoncer à la folie d’une origine orgueilleuse. »  M. Laureau, Histoire de France avant Clovis, Paris, 1786.

J’étais dans les années 68-73 étudiant à la faculté des lettres de Rennes et plus assidu à la cafétéria de la section celtique qu’au ronronnement des cours dispensés. On y discutait sec de l’avenir de la Bretagne et on s’échangeait les livres de Markale, Brékilien, Lebesque, Dantec, Le Bris et d’autres ; on lisait les publications d’Ar Falz et de Skol Vreizh, Breiz, le magazine de la jeunesse bretonne, Evida ar Brezhoneg, on s’étripait (verbalement) sur la charte culturelle du CELIB, les articles de La Bretagne économique, de L’avenir de la Bretagne ou les propositions de Kendalc’h et on fredonnait les chansons et les airs de Stivell ou de Glenmor en se répétant les coups de gueule de Servat qu’on allait voir à l’auberge cabaret de Merlevenez… Il y avait de la poudre dans l’air et l’antenne relais de télévision du Roc’h Trédudon, symbole de l’impérialisme français, n’allait pas tarder à être volatilisée par un pain de plastic du FLB-ARB… On allait enfin laver les avanies dont la nation bretonne souffrait depuis des siècles : le mépris d’une langue et d’une culture, l’écrasement des Bonnets Rouges, les médisances et les moqueries de Marie de Rabutin Chantal marquise de Sévigné, de La Fontaine ironisant sur le charretier embourbé du côté de Quimper-Corentin ou de Voltaire et de son Huron, les crimes du camp de Conlie, la chair à canon bretonne de 14-18, en bref le complexe de Bécassine. Et on se retrouvait, quand la cafétéria fermait, au Brestois, un bistrot enfumé en haut de la place Saint-Michel pour imaginer la Bretagne de demain, indépendante et libre, ayant retrouvé sa force et son génie séculaires…

Travaillant récemment sur un historien, Jean Charles Laveaux (1749-1827), un de ses livres m’a rappelé mes années de jeunesse et les interminables discussions du Brestois ou du club celtique.
Laveaux est un auteur méconnu, demi breton. Né à Troyes, son père était originaire de Vitré, comme son grand-père paternel qui y exerçait le métier de barbier perruquier. Après une vie aventureuse et riche d’ouvrages de qualité, en 1798, ce proche – un temps –  de Robespierre (il a dirigé le Journal de la Montagne) offre au public les volumes d’une Histoire des premiers peuples libres qui ont habité la France .
Il est probable que ses traductions de l’Histoire des Suisses (commencée et abandonnée à Berlin) et surtout de l’Histoire des Allemands de Ignaz Schmidt lui ont donné le désir de réaliser le même projet à l’égard de la France, particulièrement lorsque la nation française sort transformée par les luttes révolutionnaires et qu’elle a besoin d’une histoire unificatrice montrant ses origines et son évolution. La République française ne peut plus se contenter de l’histoire de l’abbé de Mably, le frère de Condillac, par exemple, ni des légendes accordant une grande importance à l’origine troyenne ou à l’invasion franque pour expliquer les origines du peuple et de l’aristocratie, de la monarchie. Il va davantage mettre sur l’avant-scène le substrat « gaulois » et la redécouverte grâce à la Révolution de la vraie nature du Français.
Les manuscrits de Laveaux conservés à la Médiathèque du Grand Troyes  montrent les notes préparatoires à son ouvrage consacrées aux Celtes et aux Gaulois copiées dans Strabon, Pezron, Pelloutier, Laureau  Bullet, Schöpflin. Il reprend des pages entières de La Religion des Gaulois de Dom Martin, s’inspire d’auteurs allemands (sans le dire), fait flèche de tout bois pour, en bon jacobin, prouver que la Révolution doit être avant tout unitaire, ennemie de tout « girondisme », privilégiant le vieux fonds populaire et gaulois…
Lorsque Ignaz Schmidt, lecteur de Montesquieu, s’intéresse particulièrement au climat des pays germaniques dans son rapport au caractère des anciens Germains, à la formation des « mœurs » des Allemands, il affirme tout de même : « L’on peut assurer que par-tout les mœurs font plus que les lois », Laveaux suit son avis, certain qu’en remontant aux époques anciennes, on retrouvera les caractéristiques profondes du « génie national » .
Il fait entrer, à côté des grands événements, un aperçu sur les mentalités , sur les mœurs, les différences entre les peuplades gauloises habitant des territoires différents, leur rapport à la guerre et à la paix, les superstitions, le rôle (négatif) des femmes dans ce dernier domaine. Il écrit sur la langue, les habitations, les arts celtes. Certains passages  annoncent l’écriture romantique de l’histoire. Ainsi, quand il évoque l’art de la guerre des Gaulois, il préfigure, avec moins d’ampleurs sans doute, les célèbres pages d’Augustin Thierry sur le Bardit des Gaulois qui fera tant pour la légende nationale.
Il intervient aussi dans la narration des faits par des précisions qui actualisent ou extrapolent ce qu’en rapportent les principaux auteurs de l’Antiquité ou de l’histoire moderne consultés : il donne son point de vue sur une supposée dégénérescence des mœurs et coutumes des Gaulois goûtant les douceurs de la pax romana qui les amollit (avec en perspective les guerres révolutionnaires – puis la probabilité des guerres napoléoniennes – qui auraient alors permis au peuple français de retrouver son âme).
Il met bien évidemment en cause les fondements de la religion chrétienne ne faisant que prolonger les iniquités consubstantielles à toute religion : « La religion chrétienne étant si conforme à celle des Druides quant à la hiérarchie, il faut voir si elle n’a point été calquée sur cette dernière. Les Galates premiers chrétiens étaient des Celtes. »

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Cette histoire des origines de la France lui permet de faire le point sur les hiérarchies usurpées et de prolonger l’écho des événements qui, depuis1789 ont déchiré le pays par des rapprochements éclairants : « Il est certain que la noblesse de la Celtique trahit la patrie et la vendit à César, qui donna en échange la tyrannie aux plus puissants, écrit-il » .
Le premier livre traite des « Révolutions de la Celtique » jusqu’à Jules César, le second de la conquête romaine, le troisième du « gouvernement des anciens Celtes », le quatrième de la « Décadence de la république romaine ; (de) l’état des Gaules sous Auguste et ses successeurs, jusqu’à l’extinction de la liberté ; le cinquième des révolutions dans la Celtique après la conquête de César, mœurs, lois, agriculture, commerce, opinion, religion, christianisme, sciences et arts.
Près de mille pages pour cette histoire dont le parallélisme avec les événements révolutionnaires n’échappe à personne : les Celtes établis en France, les Gaulois, perdent leur « liberté » particulièrement sous les empereurs. Le pouvoir romain est vite assimilé au despotisme de l’aristocratie et du monarque dans la France moderne. Cependant, le peuple gaulois, comme le peuple français sous les rois, sait se garder (au plus profond de son être) de la décadence qui s’empare de ses maîtres. En lui, se trouvent les ressources préservées d’une régénération nécessaire :

Ces malheurs s’étendirent aussi sur la Gaule, par la conquête et l’administration des Romains. L’éclat trompeur dont brillait cette province venait en grande partie des vainqueurs, que les emplois, l’avidité, le besoin ou l’ambition y poussaient en foule. L’ancien habitant était pour ainsi dire caché sous le joug. […] Les terres étaient mieux cultivées et le commerce plus florissant ; mais, la plupart des terres étaient passées des mains des Gaulois, dans celles des Romains, dans celles des soldats qui avaient combattu pour les asservir […] Mais l’énormité des impôts, la multiplicité des péages, les privilèges exclusifs, l’avidité des traitants arrachaient sans cesse aux habitans les fruits de leur industrie et de leurs travaux ; […]. Un esprit de politique et plus souvent de vanité excitait à embellir les grandes villes. […] Loin donc que cette vaine magnificence des villes de la Gaule prouve la richesse des habitans de cette province, c’était alors, comme de nos jours, une marque de la misère certaine des peuples. La multitude de mendians qui habitent la Rome moderne, traînent encore aujourd’hui leur misère, dans des rues bordées de palais magnifiques et les heureux citoyens des cantons libres de la Suisse, n’ont que des habitations simples et modestes.
Enfin, l’on ne doutera plus de l’oppression et de la misère des peuples de la Gaule, sous le gouvernement des empereurs, malgré l’agriculture, l’industrie et le commerce de cette province […].
Plusieurs causes contribuèrent cependant à modérer les malheurs des peuples de la Gaule. Le Gaulois, peu contraint dans ses mœurs et ses usages, que la politique romaine était forcée de respecter, n’éprouva pas subitement tous les besoins du Romain efféminé. Son imagination n’en était pas encore à ce monstrueux dérèglement qui porte les désirs au-delà du possible ; et fait violence à la nature par des jouissances bizarres. La terre fertile des Gaules non encore frappée de stérilité par la maie des parcs et des vastes jardins, offrait aux modiques besoins du cultivateur, une subsistance aisée que la nature sait soustraire, pour ses amis, à l’œil avide des tyrans. Le Gaulois plus laborieux, plus robuste, moins avide, moins perfide, plus vertueux que les habitans de la plupart des autres provinces corrompues depuis long-temps, était préféré pour le simple service militaire, pour le commandement des troupes militaires, pour plusieurs places d’administration. La corruption s’avançait pas à pas d’orient en occident ; elle n’avait pas encore embrassé la Gaule, l’Espagne, ni la Bretagne ; et ces trois provinces formaient alors la force réelle de tout l’Empire. Quand elles furent corrompues, ce vaste corps prêt à se dissoudre de lui-même, devint la proie des peuples du nord.

Ce sont là les dernières phrases de ce livre : l’histoire de la conquête franque allait suivre, celle des origines d’une nouvelle aristocratie, le peuple gaulois devant pour sa part attendre plus de mille ans pour enfin se libérer de cette nouvelle tutelle.

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La leçon de l’Histoire que Laveaux veut transmettre n’est pas dénuée de valeur. L’héritage national se trouve dans le peuple et les esprits démocratiques doivent être vigilants, car tout bouleversement ne fait que perpétuer l’ordre ancien, remplaçant seulement une aristocratie par une autre.
En cela, il n’est cependant pas absolument original et reprend des idées véhiculées au moins depuis François Hotman (1524-1590 – mort à Bâle) dans sa Franco-Gallia d’une identité nationale indépendante de la royauté et des pouvoirs en place , idées qui ont retrouvé des défenseurs dans les années précédant la Révolution et que la génération romantique développera.
Le point de départ de sa réflexion est le suivant : la situation post révolutionnaire montre que la France est plus forte et plus unie que sous le pouvoir royal, preuve que les traits du caractère français relèvent d’une autre continuité que de la monarchie : de celle du peuple, seul véritable souverain. Il est donc important que l’historien cherche à établir le tableau des premiers peuples de France. Peut-être que claveaux, qui a vécu près de vingt ans en pays germanique, a-t-il eu connaissance des écrits de Herder sur la nation unissant le génie national à l’âme populaire. Mais il ne le suit pas totalement : si les origines gauloises des Français sont mises en valeur et sont, à son avis, le trésor caché qui a permis le réveil de 1789, il s’éloigne de l’auteur allemand comme d’ailleurs des historiens et juristes français formés au droit romain à Orléans, Bourges ou Paris, et qui faisaient, jusqu’au XVIIIe siècle, du droit coutumier la vraie source d’un droit national, face au droit écrit d’origine étrangère. Il n’a en effet aucune compréhension pour la redécouverte des patois, des chansons, des us populaires qui exprimeraient ce patrimoine gaulois encore vivant dans les campagnes. Il insiste d’ailleurs sur la diversité des populations gauloises et en écho sur une union incontournable, une nécessaire unité sur tous les plans. S’il oppose la ville à la campagne, c’est moins parce que la ville est par excellence un lieu d’échanges par lequel s’implantent et se diffusent dans les temps anciens la romanisation et la christianisation, un lieu d’acculturation, que parce qu’elle est le domaine du vice et de la corruption des mœurs, dans une perspective roussellienne. Mais ceci ne veut pas dire que la culture gauloise, mieux préservée dans les campagnes, doive devenir un modèle pour la contemporanéité : certes, redécouvrir l’« âme » gauloise et ses vertus est souhaitable car c’est la base saine sur laquelle peut s’édifier une France moderne et démocratique, mais l’éducation du peuple français, sa langue unifiée, sont à son avis essentiels.

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 Laveaux, bien avant Jean-Pierre Faye (encore un de ces auteurs que je révérais jadis), a découvert ce que celui-ci appelait « l’opérativité des récits mythiques ou historiques, c’est-à-dire leur capacité propre à engendrer de l’action sociale ». Lorsque naguère les Bonnets Rouges envahirent les voies rapides et firent connaître leur colère, la plupart d’entre eux n’avaient jamais lu ni Laveaux ni Faye, mais ils savaient que la mise en scène et en perspective des grands événements historiques est essentielle dans les mouvements de masse !
La Bretagne est certainement une des provinces où ces récits mythico-historiques ont joué et jouent encore un rôle important. Au Brestois, nous nous nourrissions de mythes et de café serré. Cela n’a guère changé.
Tout commence évidemment avec un « mythe d’origine » qui n’est rien d’autre que l’interprétation, gauchisée ou droitisée, de faits historiques.
C’est d’abord ces peuplades celtes qui pénètrent en Armorique et se mélangent (vers le IVe ou Ve siècle av. J.C) aux descendants des peuples ayant édifié mégalithes, cairns et tumuli, formant ces Armoricains qui se romanisent petit à petit au moins dans les villes et dans les classes aisées!  Et puis, il y a ces autres Bretons venus plus tard des îles Britanniques à partir du milieu du Ve siècle ou avant, fuyant, peut-être, les envahisseurs saxons et/ou pictes, et qui s’installent, sans doute par petits groupes et très progressivement,  surtout à l’Ouest et au Nord du pays.
Que les langues celtes parlées jusqu’à la période de romanisation aient subsisté à côté d’un sabir probable et du latin ne fait aucun doute : c’est toujours le cas dans les phases d’acculturation. On peut même penser que les différences ont dû être grandes suivant les catégories sociales, les villes et les campagnes, voire les régions (ouvertes, plus cloisonnées, plus éloignées des grands centres…) et il n’est pas évident que les arrivants du Ve siècle aient beaucoup bousculé la carte linguistique des lieux où ils se sont implantés. Les différences (et les ressemblances) entre le vannetais et les autres parlers bretons de l’ouest en seraient l’indice.
Pour nous, les assoiffés du Brestois, l’historiographie de gauche, post soixante-huitarde, ne pouvait qu’avoir raison : c’est de ce double mouvement qu’est née la Bretagne : une population celte romanisée qui est revivifiée par l’apport des immigrants celtes d’outre-Manche, la résurgence d’un peuple qui refait son unité et qui regagne son identité, un peu comme l’écrivait le Jacobin Laveaux, près de deux siècles plus tôt, à propos des Gaulois! À l’arrière-fond de cette théorie, peut-être plus à droite (mais la terre est ronde !), on débouchait sur le rêve d’une Celtie qui unirait la Bretagne au Pays de Galle, à l’Irlande voire à l’Écosse et, si l’on cherchait davantage, apparaissait (carrément « à droite » alors) le spectre peu reluisant d’une race celte qui aurait eu des caractères particuliers. Pas de frontière bien claire entre les théories de gauche et de droite et on se retrouvait dans une même communion à assister à un concert de nos « frères » irlandais ou à un festival celtique.  Nous avancions sur une piste dangereuse, sans trop nous en rendre compte. Une chose était certaine, nous étions celtes…
Au XVIIIe siècle, l’historiographe du comte d’Artois, Laureau, écrivait après d’autres :

Sous le nom de Celtes on a anciennement compris les peuples de la Gaule, de la germaine, des Isles Britanniques, même les Espagnols et les Illyriens : ce titre fut ensuite restreint aux Gaulois et aux Germains, puis il resta aux Gaulois seuls. Il n’est pas hors de propos d’observer que les mœurs de ces peuples différents peu d’entr’elles (sic), qu’il y avait assez d’affinités dans le langage, et que celui des Gaulois et des habitants des isles Britanniques était le même.

Pour l’historiographie du XIXe siècle, peut-être par volonté plus ou moins prégnante de se distinguer de la « perfide Albion » et de ses habitants, le terme de Gaulois, comme chez Laveaux, s’imposera seul, tandis que celui de « celte » continuera à être revendiqué par les celtologues à la suite de La Tour d’Auvergne et Le Gonidec qui ont d’abord une approche linguistique de leur province.
Le mythe d’origine breton était donc pour nous le renouveau du Ve/VIe siècle.  Ce mythe aurait pu être tout aussi bien un grand ancêtre et certains n’ont pas manqué de mettre l’accent sur ces souverains légendaires, Conan Mériadec, Arthur, voire la Duchesse Anne ou d’autres, avec des résultats mesurés car ces personnalités sont historiquement trop discutées et sans véritable aura. Le mouvement breton moderne a donc procédé différemment, un peu à la façon de Laveaux, au lieu de chercher une figure s’imposant à tous, un père de la nation, on est parti d’une série de constatations « ethniques », de caractéristiques bretonnes : pas d’individu providentiel, mais un « type » breton transcendant les classes sociales et qui se serait conservé à travers les vicissitudes de l’histoire. Là encore, les limites entre les visions de droite et de gauche sont floues.
Ce « type » aurait eu pour caractéristiques principales un goût inné pour l’indépendance ayant pour corollaires le sentiment consubstantiel de l‘unité bretonne et le rejet de tous les « envahisseurs », la résistance, enfin la certitude d’avoir toujours été à la pointe du progrès social comparé à la France et d’avoir été assez rapidement un véritable état.
Les grands hommes, il en reste bien sûr assez, et ils ne sont pas oubliés (Conan, Nominoé, Érispoé, Salomon, Gradlon,…) mais surtout en ce qu’ils se fondent dans ce caractère : se retrouvent ainsi mêlés, identitaires, les ducs et les pauvres, les druides et les recteurs, les saints et les chefs de guerre, les paysans et les bourgeois, les habitants des villes et ceux des campagnes, les hommes et les femmes, tous solidaires, tous opposés aux Romains, puis aux Francs, puis aux Français et aux Anglais, un jour aux nazis ,…  Tous ? Dans toute légende, il faut toujours un Ganelon, comme l’ombre est nécessaire à la lumière, alors on voue aux gémonies les « traîtres », ceux qui, par exemple, comme Du Guesclin, semblent avoir penché du mauvais côté lors de la guerre de succession (opposant tout de même la maison de Blois aux Montfort, le roi de France au roi d’Angleterre !).

Vertus bretonnes

Le goût de l’indépendance était décliné à plusieurs niveaux, encore une fois, à droite comme à gauche, par Ar Falz, par Brékilien, Markale, Stivell ou Servat : indépendance politique vis-à-vis des puissances voisines, indépendance culturelle, volonté de préserver ses particularités et l’héritage celte. Le Breton (!) se serait toujours battu pour être libre et la résistance des Vénètes contre César en serait un des paradigmes. Ce goût inné aurait rejoint le sentiment inexpugnable d’une union nécessaire de la nation bretonne. Ainsi, les arrivants de Cornouaille ou du pays de Galles, voire d’Angleterre à partir du Ve siècle  se seraient installés pacifiquement sans esprit de conquête, retrouvant des populations certes peu nombreuses mais parentes et cette immigration était considérée au pire comme une jouvence dans la droite ligne des spéculations de Joseph Loth, tout en intégrant (prudemment) les réserves apportées par F. Falc’hun.
La réalité historique semble en fait montrer que l’Armorique bretonne qui se constitue au nord et à l’ouest, sans union politique, ne pouvait guère faire autrement que de tomber,   dans l’orbite de l’empire franc déjà bien implanté en Bretagne « orientale ».
Quand on  fait de Nominoé, en héritiers de La Borderie, le père de la nation bretonne, qui va libérer son pays du joug franc, on insiste bien sûr sur cette volonté d’union et d’indépendance, mais il paraît plus vraisemblable que ce personnage historico-légendaire et ses successeurs n’aboutissent qu’à une principauté territoriale, à un duché inscrit dans la France carolingienne au même titre que la Flandre, la Bourgogne ou la Catalogne. Chaque grand feudataire essaye de ménager la chèvre et le bouc, sa puissance et richesse et son alliance avec plus fort que lui.
Nominoé appartient à cette aristocratie locale (pays vannetais ?) qui, après avoir pactisé pour conserver ses prérogatives avec Rome puis les Mérovingiens se met au service de l’appareil carolingien. Louis le Pieux le fait « missi imperatoris » pour la Bretagne en 831 ! Les luttes fratricides qui opposent, à la mort de Louis en 840, Lothaire à Charles le Chauve et à Pépin ont pu certes permettre à ce serviteur de profiter de la situation et de se ménager une relative souveraineté soulignée par sa victoire de Ballon en 845 contre son suzerain depuis le traité de Verdun de 843, Charles le Chauve. Il n’en reste pas moins que l’influence culturelle franque demeure (en matière de Droit, de Justice, de Constitution, de Religion et de Langue) et qu’elle n’est au mieux contrebalancée que par le probable désir de Nominoé de s’élever à la dignité royale et à ce qui en serait la conséquence : entretenir des liens directs avec la puissance des puissances, la papauté, le représentant de dieu sur terre !
Ce qui est intéressant, c’est de voir que ces efforts d’un aristocrate breton pour devenir roi ont été longtemps considérés par « le » mouvement breton comme les signes évidents de cette volonté d’indépendance caractéristique du caractère breton et on passe un peu vite sur le successeur de Nominoé, Érispoé (851-857) qui, s’il reçoit de Charles le Chauve les insignes de la dignité royale, n’en demeure pas moins son « fidelis » et  continue, comme ses successeurs à donner tribut au souverain carolingien ! On n’accorde non plus aucune importance au fait qu’en ces temps de péril Viking, les « rois » bretons n’en profitent pas pour gagner une véritable indépendance et qu’au contraire, ils défendent le royaume franc aux côtés des souverains carolingiens !
Lorsque le titre de Dux s’impose, Alain Barbetorte (937-952) rend hommage en 942 à Louis IV. De toute façon, entre 898 et 1108, il ne semble pas exister de document évoquant une royauté bretonne et on peut même au contraire noter que certains voisins puissants exercent sur la Bretagne à différentes époques un droit de suzeraineté (Normandie, Anjou, Blois…). Cette indépendance vers laquelle le Breton tendrait instinctivement est en outre mise en échec par une politique des mariages des deux aristocraties bretonnes et franques, qui renforce l’intégration de la Bretagne dans le monde féodal français en voie de constitution. Ajoutons que pour la période de domination des Plantagenêt et des Capétiens (XIIe-XIVe siècles, 1166-1186, Henri II est duc de Bretagne ; de 1206-à 1213, c’est Philippe-Auguste) est volontiers présentée comme une période d’unité à laquelle concourent des princes «  plus bretons que les Bretons eux-mêmes » ou pour le moins « Breton de cœur » ! L’art de tirer la couverture à soi ou de gagner à tous les coups ! Enfin, tous ces efforts des « grands » pour s’affranchir de la tutelle carolingienne ou franque doivent être mis en perspectives avec les tentatives comparables des grands feudataires du futur terroirs français !
Ajoutons encore : dans tous ces débats tournant autour des grands, quid du « peuple » breton ?
Second grand thème : le progressisme breton. À lire bien des historiens il existerait un fil rouge qui relierait Éon de l’Estoile proclamant au XIIe siècle à la face des puissants : « Tout est à tous », les Codes paysans et les Bonnets Rouges de Le Balp au XVIIe siècle, le bonnet phrygien du Club Breton qui deviendra le Club des Jacobins, ce Club Breton dont les chefs sont Le Chapelier, qui maçonne à La Parfaite Union de Rennes ou Champeaux-Palasne, de La Vertu Triomphante de Saint-Brieuc, ces hommes qui rejoindront dans ses revendications l’abbé Sieyès, non breton mais venant du diocèse de Tréguier…
Ce « progressisme » se jugerait à une capacité de révolte naturelle chez les Bretons, que les Bonnets-Rouges modernes ont cherché à exploiter. La révolte du Papier-Timbré (1675) auquel le professeur Nières avait consacré un cours, que je suivis avec une foule d’enthousiastes (vaguement marxisants ou se prétendant, se disant tels), était généralement présentée comme le signe d’une Bretagne à la pointe de la revendication populaire avec une nuance : la Bretagne bretonnante (sans doute plus « authentique ») était présentée comme plus avancée que la Bretagne francophone !
En réalité, des révoltes, il y en a eu partout et ce n’est en rien une caractéristique bretonne ou basse-bretonne. Pour ne prendre que quelques exemples français : la Grande Jacquerie de 1358, la Révolte des Tuchins de 1381-1384 en Languedoc contre la pression fiscale, la Jacquerie du Faucigny de 1492, celle des Pitauds (1520-1550) en Angoumois et en Saintonge, celle des Gautiers (1570-1590), les Croquants (1590-1600) dans le Sud-ouest ou des Nu-pieds de Normandie…
Au XVIIe siècle, les rebellions sont innombrables et réprimées avec une extrême dureté : les exactions du duc de Chaulnes en Bretagne n’ont hélas rien d’exceptionnel et, si on cherchait bien, il y a fort à parier, que Messieurs nos maîtres (bretons) ont eu souvent l’âme dure et la main lourde avec le vilain…
En 1675, l’année des Bonnets Rouges, les nouvelles taxes levées pour la guerre de Hollande provoquent ailleurs qu’en Bretagne des révoltes du papier timbré : ainsi, en Guyenne, plusieurs villes se soulèvent. La répression est terrible et Bordeaux doit loger deux cent neuf compagnies d’infanterie et de cavalerie à ses frais…
Toujours dans cette affirmation d’un « progressisme » breton inné et unique, on prétendait souvent que la Bretagne a été en avance en ce qui concerne l’abolition du servage.
Or, les « mottiers », comme on les appelle en Bretagne, ne disparaissent quasiment qu’au XVe siècle et ils subsistent parfois plus longtemps en Léon, en presqu’île de Crozon, ou en Argoat, sur les terres des Rohan. François II abolit certes officiellement le servage en 1486, mais on sait avec certitude qu’en Bourgogne, Lorraine, dans le Mâconnais, en Picardie et même en Normandie, cette abolition est attestée bien plus tôt !
Enfin, la tendance à croire que l’État (!) breton aurait été supérieur à l’État français (humainement, politiquement, administrativement…) ne tient guère : ce n’est qu’avec Henri II que le duc s’impose à ses vassaux et instaure une centralisation copiée sur ce qui se fait en France (de 1234 à 1341, les ducs se reconnaissent vassaux loyaux du roi de France et ils acceptent qu’en 1297 la Bretagne soit érigée en duché-pairie) ! Quant à la Très ancienne coutume (1312-1325) qui selon Planiol, Lebesque ou Brékilien fonde la supériorité bretonne en matière de politique et de droit, des études comparées ont montré qu’elle ne diffère en rien de textes semblables rédigés à la même époque en France ou ailleurs en Europe. Un mauvais esprit ajouterait demanderait d’ailleurs certainement au profit de qui s’était établie cette Très ancienne coutume ! Il est tout aussi impossible de croire que l’aristocratie bretonne ait pu être plus humaine, plus ouverte, plus sociale que l’aristocratie des autres pays, («  Oint le vilain, il te poindra ; point le vilain, il te oindra » ! était un dicton universel) mais les études à ce niveau sont encore rares. Il paraît enfin exagéré de parler d’un état breton car la puissance du duc est toujours relative et souvent remise en question par un « parti français » puissant et qui est moins idéologique que guidé par son intérêt et que rejoignent les nobles insatisfaits de la politique ducale pour mettre en question les droits régaliens du duc voir s’opposer directement à lui comme lors de la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier en 1488.
La guerre de Succession (1341-1381) et la guerre de Cent ans, sont souvent présentées comme des périodes où la Bretagne semble prendre ses distances avec le modèle français, ce qui aurait permis le siècle d’or breton du XVe siècle au cours duquel les vaisseaux bretons couvrent les mers et pendant laquelle un sentiment national breton paraîtrait évident, les Bretons de quelque origine sociale qu’il soit se tenant unis derrière leur duc, avec un Pierre Landais (1481-1485) représentant de l’union de la bourgeoisie bretonne avec le pouvoir et symbolisant le désir d’indépendance ! En réalité, la fin de cette période de conflits est partout favorable en Europe (un peu comme lorsque Hollande veut faire accroire que le léger mieux économique français est de son fait alors que le pétrole n’a jamais été aussi durablement bas, que l’euro est à l’étiage et les intérêts réduits à leur plus simple expression), d’autant plus que des progrès technologiques essentiels se répandent un peu partout particulièrement en matière de navigation, que la banque se développe en Europe et que le monde s’ouvre ! L’exemple de Du Guesclin (qui est loin d’être un cas unique !) montre en outre la solidité des liens qui unissent le royaume de France et le duché en n’oubliant pas une nouvelle fois que la guerre de succession souvent présentée comme la lutte du peuple breton contre les velléités françaises ou anglaises oppose principalement de grands feudataires liés à la monarchie française ! Si les populations bretonnes subissent les dommages de cette longue guerre meurtrière, les armées qui s’opposent sont commandées par des chefs dont la bretonnité est plus que discutable ! Quand au grand trésorier Pierre Landais, riche drapier de Vitré, souvent présenté comme ayant supplanté le chancelier Chauvin partisan avoué de la monarchie française, il voit en premier lieu une politique étrangère favorable aux négociants et armateurs et s’il se rapproche des ports de la Hanse, de l’Angleterre, du Portugal et du Danemark, c’est sans remettre en cause les liens fondamentaux du duché avec la France. Lorsqu’il cherche à ménager une certaine autonomie, c’est justement parce qu’il y voit des avantages pour la bourgeoisie d’affaires et l’époux qu’il souhaite donner à la future duchesse Anne n’est rien moins que le duc d’Orléans : marquer ainsi certes l’appartenance de la Bretagne à la France mais en gardant une marge qu’un mariage avec le roi de France aurait effacée ! L’historiographie de gauche tendra davantage à voir en lui le symbole de l’union de la bourgeoisie et du peuple derrière leur duc et contre une aristocratie particulièrement francophile. Les choses sont certainement moins simples et Pierre Landais est avant tout un de ces bourgeois enrichis dans le commerce, expérimentés et ambitieux, que l’on voyait alors partout en Europe s’élever dans la faveur des princes et qui seront, dans les générations à venir, en voie d’anoblissement : cette union des forces bretonnes populaires est stylisée et s’il succombe sur l’échafaud, c’est certes à la suite des menées d’une part de l’aristocratie mais moins pour des raisons politiques ou « bretonnes » que parce que ces derniers liés aux intérêts français voient dans sa politique une menace pour leurs richesses. Pierre Landais, martyr de la cause bretonne, de la cause du peuple breton, est une chimère et lorsque, dans un autre domaine, marins et négociants se recommandent volontiers de leur « nationalité » bretonne auprès des autorités anglaises, c’est parce qu’ils pensent que celles-ci pourraient leur accorder des avantages qu’elles refuseraient aux capitaines et gens de négoce du royaume de France ! La bourgeoisie bretonne n’a pas réagi autrement que celle des autres provinces : ce qui compte, c’est le profit et une fois beaucoup d’argent gagné, on fait marcher la savonnette à vilain suivant le modèle français. Les riches négociants de Nantes, de Morlaix, de Rennes ou de Vitré n’ont pas agi autrement, ne rêvant pas d’être à la base d’une dynastie de négociants mais bien de rejoindre l’aristocratie et de délaisser (au moins officiellement !) alors les activités qui « dérogent » ! Ajoutons que la politique des derniers ducs a pu être influencée par les encore récentes affaires de Bourgogne au cours de laquelle les ducs ont su profiter de la crise de la monarchie française qui sévit quasiment jusqu’au milieu du XVe siècle…
Dans un tout autre domaine, le Catholicon de Jehan Lagadeuc ne peut guère servir de preuve de cette supposée conscience nationale, comme on l’a trop souvent fait. Plus des deux tiers des Bretons ne parlent que le français ou un parler gallo. En outre, ce Catholicon (du grec Καθολικόν, universel), rédigé en breton, français et latin (premier dictionnaire de breton et premier dictionnaire de français !), rédigé en 1464 et imprimé en 1499 à Tréguier est l’œuvre d’un clerc qui réalise ce travail à la demande du chanoine du diocèse de Tréguier pour favoriser l’apprentissage du latin aux futurs clercs qui entrent au collège !  Dans sa préface, il explique l’importance accordée au breton : « les Bretons, en leur très grand nombre, sont largement déficients en français » ! On n’a donc pas à faire à un ouvrage qui marque une quelconque revendication bretonne mais un livre destiné à apprendre le latin même à ceux qui possèdent imparfaitement le français !

*

Ce ne sont là que quelques éléments de réflexion, des questions que se pose un béotien qui ne souhaite que ce que Laureau disait en citation liminaire : de la clarté et moins de mythes, plus de philosophie. Il y aurait encore bien des questions sur la « reine en sabots » (!), sur Pontcallec, sur ce qui a poussé La Chalotais et ses amis à fronder le pouvoir, sur les véritables motivations des inventeurs du Club breton, sur la chouannerie bretonne, sur la collaboration, sur la direction prise par la Bretagne moderne en matière de développement économique et d’infrastructures, d’éducation et de culture… en bref sur l’instrumentalisation des masses, sur l’opposition constante (et pérenne) entre riches et pauvres, entre possédants et démunis.
Bien sûr, on ne va tout de même pas oublier l’avertissement de Romain Gary :

L’homme sans mythologie de l’homme, c’est de la barbaque … On a volé à l’homme sa part imaginaire, mythique, et cela ne donne pas un homme vrai, cela donne un homme infirme et mutilé, parce qu’il n’y a pas d’homme sans part de poésie, il n’y a pas d’Europe sans part d’imaginaire; sans la « part Rimbaud » ce n’est pas le règne du réalisme, c’est le règne du zéro.

Oui, l’histoire de la Bretagne a besoin qu’on la connaisse mieux, qu’on la mette en perspective avec l’histoire d’autres régions, que ses structures sociales soient mieux éclairées, que le rôle de l’Église soit parfaitement défini, que la « lutte des classes » (même si c’est un anachronisme) fasse l’objet d’études, que l’on continue à croire aux mythes, mais avec mesure, en sachant qu’ils sont des mythes et que l’avenir est aussi devant nous, car c’est à une Bretagne de demain qu’il faut penser, à une Bretagne qui doit prendre ses distances par rapport au carcan jacobin français et s’intégrer à une Europe des régions. Cette Bretagne en devenir devra faire la synthèse de son passé, de ses légendes, de ses caractéristiques propres et de ce que ses populations voudront pour demain. Peut-être, une société moins réifiée, moins consommatrice d’illusions industrielles, plus respectueuse de son environnement et des hommes, ouverte sur les océans et sur le monde…
Une telle marche vers plus d’objectivité n’enlèverait certes rien à notre « pays » (à nos « pays ») et je remercie par exemple Frédéric Morvan d’avoir lancé le Centre d’Histoire de la Bretagne sans être comptable ni de son temps ni de ses efforts dans cette recherche…

18 Commentaires

  1. C’est quand même bizarre quand certains dont vous M L’Abbé parlez de la Bretagne vous parlez de son peuple comme d’un peuple différent de tous les autres sur terre. En effet sans trop m’avancer tous les peuples ont une conscience d’eux-m^mes et une envie de pérennité sauf les bretons!!!
    Quand vous parlez des ducs de Bretagne ce sont toujours des gens qui ne pensent qu’à leur intérêt personnel, par contre pour la France c’est différent; les rois ont toujours eu une vision nationale!!
    Bizarre, bizarre!! Ah oui j’avais oublié les bretons sont un peuple infèrieure qui n’ a pas de conscience nationale; ce ne sont qu’un collection d’individus et d’intêrets divergents menés par la lutte des classes.
    Par contre les grands peuples sont des peuples supèrieurs qui ont une conscience nationale de toute éternité. C’est exactement ce que vous dîtes M L’Abbé!!
    Toute votre démonstration pour arriver à la conclusion que pour la Bretagne comme pour les autres il vaut mieux attendre l’Europe des régions (sous entendu, ne faites pas comme l’Ecosse, les Corses, la Catalogne et les autres peuples qui se prennent en main eux)

  2. S’il vous plait arrêtez de nous faire prendre des vessies pour des lanternes en parlant d’europe des régions!!! Qui commande à l’Europe si ce n’est les états eux-mêmes. Sont-ils favorables à une europe des régions? Non ils y sont tres hostiles. Il suffit de voir les réactions de l’allemagne, la france, l’espagne dès qu’on parle d’émancipation de l’écosse, de la catalogne!
    Non ces états veulent garder le pouvoir en en délégant un minimum à l’europe (ce qui fait fait qu’elle apparait peu démocratique aux yeux des citoyens européens) Si l’europe est dans un cul de sac c’est la responsabilité des états nations. Alors qu’on ne vienne pas nous parler d’europe des régions!! Utopie puissance 5. Mais c’est vrai que c’est un discours que j’entends depuis quelques temps de la part de communistes!! Ne seriez-vous pas un peu de ce bord là? Ne dîtes-vous pas vous-même que vous êtes un peu marxiste!!

  3. Pour notre auteur, la Bretagne a toujours été dans le giron français (giron des francs) alors de quoi se plaint-on? C’est quelque chose de naturel pour lui que la Bretagne soit française. Il oublie les guerres ne serait-ce que la dernière (1487 1491) qui a aboutit aux mariages que l’on sait et à la perte d’indépendance de la Bretagne. C’est facile de dire après coup que “c’était inéluctable” c’est comme les gens qui disent souvent “tu vois bien c’était leur destin” par le constat de la situation actuelle. Ce discours est une tautologie!! Y’en a marre des philosophes/historiens/bien pensants!! Qu’est ce qu’ils font pour la Bretagne à part en vivre en exploitant sa matière!!

    • Monsieur,
      Soit vous m’avez lu un peu vite soit je me suis mal exprimé et il est vrai que j’ai joué sur le double sens du mot « mythe » (1.Récit légendaire traditionnel qui s’ancre dans l’imagination collective et peut aider à « cimenter » cette collectivité 2. Représentation fausse, voire mensongère à visées souvent idéologiques).
      D’abord, je tiens à vous rassurer, je ne suis ni un « communiste » (?), ni un privilégié en quoi que ce soit. Ce que je réclame, c’est un peu de lucidité. Je ne suis pas non plus un « intello », preuve en est la faiblesse de mes explications.
      Débarrasser l’Histoire bretonne de ses mythes, serait par exemple de refuser de croire que la bataille de St Aubin touche les Bretons dans leur ensemble alors qu’elle concerne d’abord l’aristocratie et les structures féodales en place ; ce serait de refuser de faire du « duc » le père de la nation alors qu’il n’est qu’un grand feudataire préoccupé de ses intérêts ; ce serait considérer comme une vue de l’esprit une conscience nationale bretonne au XII ou XIIIe siècle… Je crois que mes ancêtres du XVIe siècle – qui devaient être des malheureux traînant d’une ferme à l’autre – n’ont guère eu conscience de « l’âge d’or breton », dont on se félicite – tous !- aujourd’hui tant !
      Débarrasser l’Histoire bretonne de ses mythes, ce serait encore refuser de prêter aux Bretons si tant est qu’on puisse parler d’une « Nation » (« Je ne veux voir qu’une tête » !) des qualités, des spécificités quasiment raciales alors que ces gens ne sont en rien différents dans leurs réactions, dans leurs peurs, dans leurs révoltes d’autres populations européennes !
      Se débarrasser de tout cela ou bien savoir que ce ne sont que des approximations, des généralisations souvent abusives, n’enlèverait rien à une histoire qui, objectivement, expliquerait, montrerait ce qu’a été la Bretagne au cours des siècles, les phases par lesquelles ses populations sont passées, les injustices qui ont opposé (qui opposent) les groupes sociaux et qui les opposent toujours (qu’ai-je de commun avec M. Bolloré, si ce n’est que le hasard m’a fait naître à peu près au même endroit) …
      En revanche – et c’est là que je rejoins Romain Gary, si cette œuvre de salubrité historique me semble s’imposer, les Bretons, comme tout groupe humain, ont besoin de se rattacher à une tradition, à des légendes contant les exploits fabuleux de tel ou tel personnage, expliquant tel ou tel phénomène, à des formes d’arts (architecture, musique, littérature, gastronomie…) qui ont leurs caractéristiques propres. Ils ont encore besoin de défendre leurs langues originales avant que celles-ci ne disparaissent totalement, car c’est dans ces langues, dans les variantes régionales, dans les patois mêmes que se trouvent au plus profond leurs racines. Enfin, sans croire absolument à une théorie des climats, les Bretons sont forcément marqués par l’environnement (fort divers !) dans lequel ils sont nés et cela souligne aussi leurs différences avec d’autres groupes humains. Mais je n’oublie pas non plus que c’est des rencontres avec d’autres, des échanges, qui sont toujours à bénéfices réciproques, que la tradition s’enrichit et se développe vers l’avenir. Je ne sais plus quel journal des années 70 avait pour devise (parlant de la Bretagne personnifiée par une jeune fille) : « J’ai 20 ans et 2000 ans ». C’était une assez belle formule.
      Quant aux « régions », c’est une opinion personnelle et sans doute naïve. Je pense qu’une Europe qui ferait l’économie des « États » au moins dans la plupart des domaines, l’économie de tous les jacobinismes, et s’ouvrirait aux régions qui forment ces « États » serait souhaitable. Mais c’est un autre débat et, encore une fois, je ne suis ni historien, ni chercheur, ni profond politique. Je tiens seulement à dire (parfois) ce que je pense sans jamais avoir la prétention de détenir quelque vérité que ce soit.
      Bien cordialement,
      F. Labbé

      • Après un premier commentaire censuré, je tiens à réaffirmer que votre texte reprend une bibliographie complètement dépassée. Nous avions déjà une bibliographie sur l’histoire bretonne (Le Beau, d’Argentré, dom Morice, Lobineau, Poisson, etc). Aujourd’hui, les sources internationales se croisent, des chercheurs, érudits bénévoles, enrichissent, petit à petit, la véritable Histoire de la Bretagne et de l’Armorique. De gros efforts, avec des moyens faibles mais modernes, sont en cours pour rendre aux bretons leur Histoire, pas celle fabriquée par l’ancien empire colonial français… Cette histoire n’est pas parfaite (c’est le cas partout dans le monde). Chaque breton a le droit de l’apprendre, ainsi que sa langue, à l’école. C’est un droit fondamental. Votre article ne m’aurait pas choqué dans les colonnes de la presse subventionnée. Je suis surpris qu’il soit publié dans un média breton. Votre article attaque tous les travaux modernes, toutes les initiatives dans la recherche de LA VERITE sur l’Armorique puis la Bretagne. La négation de l’Histoire, de la langue et du territoire bretons est déjà tellement forte, ce n’était pas la peine d’en rajouter… Avez-vous comparé l’Histoire de Bretagne armoricaine à l’Histoire plus générale des Gaules ? Vous comprendrez alors que l’Histoire de la France, sur son territoire actuelle, est bien jeune pour effacer l’Histoire millénaire des peuples qui la compose (breton, occitan, basque, catalan, alsacien, corse, sans parler des dom-tom….)

  4. Sacré article à lire (et à comprendre ou à avoir cru comprendre) ! Peut être que les successions de pouvoirs en Bretagne ont consisté à faire toujours au mieux sous les jougs des différents oppresseurs, et sûrement comme partout il y a eu autant d’arrivistes-égoïstes pour toucher pouvoirs et profits, mais malgré cela derrière le mythe il y a sûrement toujours eu une expression marquée de ce caractère insoumis.
    Plutôt la mort que la souillure, la devise, résume bien le fait de beaucoup dans cette histoire qui ont choisi de lutter au-delà de leur propre existence en toute conscience du caractère inégal de la lutte (la guerre folle, la chouannerie…) C’est peut être ça l’origine du mythe, cette façon de dépasser la raison mesurée des faiseurs de compromis ?
    Derrière ça et partout il y a toujours le même fonctionnement de l’humain : conscience du bien et lutte pour les libertés d’une part face au grand gagnant privilégiant son intérêt, en dépit de tous et de tout, globalement toujours gagnant car ne disposant d’aucun sentiment de regret, ou de pitié (si tout détruire consiste à asseoir son pouvoir, alors il est dans son intérêt…) Deux fonctionnements différents : pyramide du pouvoir d’un côté, regroupements humains de l’autre…dont il émergera toujours un pour ambitionner de contrôler les autres et de créer sa propre pyramide.. quelle serait belle une humanité qui arriverait à placer des gardes-fous qui la préserverait de l’ambition des siens ! Celui qui n’a plus de mythe, peut il conserver de l’espoir?

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