Aux origines des mouvements bretons, par Alan Le Cloarec

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aux-origines-des-mouvements-bretons-a-paraitreVient de paraître chez Coop Breizh un livre sur les origines des mouvements bretons. L’auteur est doctorant en sciences politiques  à Rennes et prépare une thèse sur « Le phénomène nationalitaire breton au XXe siècle ». Dans son ouvrage, il traite de la période allant de 1911 à 1931.

L’introduction semble préfigurer, par sa densité, l’introduction de sa soutenance. Cette partie, nécessaire par les éléments et la démarche qu’elle annonce, n’est pas la plus accessible de l’ouvrage. Mais cela vaut le coup de prendre la peine de s’y plonger pour arriver très rapidement à un texte d’une clarté quasi pédagogique. L’auteur avance avec l’objectivité d’une démarche scientifique et remet les idées en place.

Il n’y a jamais eu « un mouvement breton » mais des mouvements aux idées politiques très diverses au sein d’un phénomène breton. En 1911, les  membres du premier Parti nationaliste breton (PNB) étaient en réalité simplement séparatistes. Ils se sont démarqués d’un régionalisme qui était un « moyen d’existence d’une pensée politique conservatrice », dans une Bretagne surtout ressentie comme un bastion non progressiste de la France. L’émergence de l’idée politique d’une Bretagne indépendante est, sous l’influence notable d’Emile Masson, un mouvement vers la gauche.  Aujourd’hui le sigle PNB renvoie le plus souvent au second, celui apparu en 1931 et qui allait se réduire progressivement dans un rapprochement de nationalistes de droite avec le fascisme. Le relatif succès de communication de ce parti tient, en partie, à la confusion entre un qualificatif inadapté adopté de façon générale par les médias parisiens et  le titre du journal récupéré par ces nationalistes : « Breiz Atao ».

Alan Le Cloarec fait œuvre de pédagogie et rappelle les parcours personnels et intellectuels, parfois fluctuants, d’individus appartenant à des  mouvements très divers.  Il rappelle la complexité d’un phénomène et contredit efficacement les clichés, notamment ceux cherchant, pour d’obscures raisons, à le réduire pour l’identifier au fascisme et à la collaboration. Le peu d’écho dans la population de ces divers courants politiques n’est pas éludé. Le  constat d’échec, jusqu’à présent, de ces mouvements s’impose.   Mais l’auteur pose à la fin la question « de savoir dans quelle mesure la société a été impactée par les idées politiques bretonnes ». L’exemple de l’évolution du Gwen ha Du suscite une réflexion  intéressante.  Créé par un fédéraliste breton, le drapeau est aujourd’hui dépolitisé. Il constitue l’emblème positif dont se sont appropriés les bretons et qui ne se réduit pas aux idées politiques.  Peut-être, en effet, que la défaite des mouvements politiques bretons est le signe qu’ils ont réussi à faire passer le phénomène à une nouvelle étape.

 

Aux origines des mouvements bretons

Alan Le Cloarec

Éditions Coop Breizh

300 pages

17,50 euros

 

 

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