Brest, un téléphérique vers les sommets ?

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Voilà, c’est fait. Après plus d’un an de travaux, le téléphérique de Brest a été mis en fonction ce matin. Une coupure de courant, a priori intentionnelle et en liaison avec une manifestation de pompiers, a entraîné un retard d’environ 90 minutes. Après quelques essais à vide, Ségolène Royal a pu faire un aller-retour peu avant midi et l’ouverture au public.  La pluie et le vent froid, très dans l’ambiance brestoise, n’ont pas favorisé les candidatures matinales à la découverte. Cela va sans doute monter en puissance au cours du weekend d’ouverture gratuite. Mais force est de constater que cela ne se bousculait pas à l’ouverture, même pour la ministre de l’environnement.  Les files d’attente venaient surtout du léger retard à l’allumage d’un projet qui fait polémique.

 

L'attente de l'ouverture du téléphérique
L’attente de l’ouverture du téléphérique

 

Innovant, écologique, bruyant, inutile, dispendieux, pharaonique…tout a été dit, ou presque, sur une installation qui  sert de point focal aux critiques de l’opposition municipale. Des grincements de dents dans la population se font entendre, notamment par le biais des réseaux sociaux. Pourtant l’intégration de cet élément important dans le paysage brestois peut aider à ouvrir de nouvelles perspectives à une ville dans un contexte difficile.

Une ville qui a perdu des habitants

De 1975 à 2013, les recensements INSEE montrent que la commune a perdu plus de 27000 habitants, ce qui représente une baisse de 16%. De 2008 à 2013, la population municipale a diminué de 2711 individus.  Les brestois constatent le nombre très important de locaux commerciaux vides dans des zones autrefois animées comme Recouvrance ou le haut de la rue Jean Jaurès. En plein centre, l’étage de la galerie commerciale Coat Ar Gueven est  plus qu’à moitié vide. En bref, cela ne va visiblement pas très fort. Plusieurs facteurs peuvent être rappelés.

Brest est dans une phase de décroissance liée aux réorientations de la Défense Nationale. Les théâtres opérationnels se situent vers la Méditerranée et au-delà. La réduction de format de la Marine à Brest a entrainé des baisses du nombre d’emplois liés à la défense (moins 5000 de 2007 à 2013).  En 2011, l’Agence d’Urbanisme du pays de Brest (Adeupa) y voyait également une origine de la diminution de la taille des ménages, annonçant que les familles de militaires étaient « traditionnellement » plus grandes. Ce désengagement de la Marine se traduit par la cession à la ville du fond de la Penfeld et du Plateau des Capucins. La mise en service du téléphérique consacre, en quelque sorte, ce transfert.

Sur le plan économique, Brest fait aussi, comme toutes les villes, face à la crise et au changement des modes de consommation. A l’échelle de l’agglomération, les grands centres commerciaux en périphérie drainent la consommation des ménages et font se raréfier les petits et moyens commerces. Cette tendance est accrue par une particularité locale. Contrairement à Nantes ou Rennes, il n’y a plus, depuis la guerre, de cœur historique avec du cachet rendant plus attractif le lèche-vitrines. L’intérêt de résider non loin du centre ville, avec des contraintes comme le stationnement,  peut s’avérer moindre, notamment pour les familles, que celui de disposer d’une maison autour de Brest, avec un accès rapide aux principaux centres de consommation.

Ces éléments peuvent contribuer à expliquer pourquoi, dans le pays de Brest, la population revendiquée par la métropole se développe surtout hors de son aire administrative.  La ville tente cependant de réagir et de se redynamiser.

Une nouvelle dynamique pour Brest

C’est dans cette perspective que s’inscrit le téléphérique. Sa plus-value va au-delà de son activité de transport. C’est le premier téléphérique urbain de Bretagne et en France. Il y a, enfin, quelque chose de nouveau et d’audacieux dans un paysage brestois qui semblait figé par l’héritage sinistre de l’architecte Mathon.  C’est une installation qui positionne Brest à la pointe de l’innovation et non plus seulement au bout du monde. C’est un gain en image pour toute la ville. Il concrétise une démarche d’appropriation et de mise en valeur de secteurs délaissés par l’activité militaire. Brest peut raisonnablement espérer que ce moyen de transport urbain d’avant-garde devienne une attraction touristique. Il offre une vue imprenable sur l’Arsenal. Il relie la destination bien connue des touristes qu’est le Musée du château de la Marine au pôle d’attraction que sera le centre des Capucins, en passant par un bas de la rue de Siam transformé et la vue sur le nouveau pont de Recouvrance. Accessoirement, les touristes pourront améliorer la rentabilité du parking clos créé récemment en face du château.

Ce moyen de transport va renforcer encore l’attractivité de l’impressionnant Centre des Capucins. Il  profite également au très vaste projet immobilier en cours à proximité immédiate. Le Plan Local d’Urbanisme annonce un objectif idéal de 1300 logements par an sur Brest Métropole, dont 40% en renouvellement urbain. Par ce biais, la métropole tente d’attirer des habitants qui ne se satisfaisaient pas de l’offre de logements anciens. Cela semble fonctionner suffisamment pour attirer les promoteurs. En retour immédiat, les constructions de logements et les grands projets soutiennent avantageusement l’emploi dans le secteur du bâtiment.

Les prix dans la zone des Capucins vont de 2500 euros/m², pour les « primo-accédant »,  à 3500 euros/m². Le prix moyen des appartements anciens à proximité est à environ 1150 euros/m². Il atteint au mieux 1450 euros/m² en plein centre. Le téléphérique contribue à faire (re)venir des habitants qui ont les moyens d’exiger des logements neufs et des prestations de qualité. Cela permet également d’espérer atteindre les objectifs de fréquentation de tramway et d’améliorer une rentabilité pointée du doigt par la cour des comptes en 2015. Cette nouvelle installation participe à la cohérence d’un ensemble.

A lui seul, le téléphérique ne suffira pas à faire « redécoller » la ville. Mais avec, entre autres, la marina du château, le tramway, le renouvellement urbain,  la salle de l’Arena, le Centre des Capucins et les quais « Energies Marine Renouvelables » qui se profilent à l’horizon, il est une pièce notable du nouveau puzzle stratégique brestois.

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