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Et si la Bretagne avait été réunifiée le 30 juin 1941 ? Par Frédéric Morvan

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vichy-provincesEt si la Bretagne avait été réunifiée le 30 juin 1941 ? Des petits riens ont fait l’Histoire. Un moment, une attitude, une pensée et boom l’Histoire avec un grand H apparaît. L’anecdote devient essentielle pour le cours de l’histoire et l’histoire de la Bretagne comme ailleurs est remplie d’anecdotes déterminantes. Et pour le sujet qui nous préoccupe ici, on n’y échappe pas. Et donc si le maréchal Pétain avait décidé de suivre un autre chemin que celui qu’il prit, à savoir de ne pas intégrer la Loire-inférieure (aujourd’hui la Loire-Atlantique) dans la région Bretagne. S’il avait eu le courage de refuser d’être influencé par le contexte et de travailler pour l’avenir. En bon militaire qu’il croyait être, seuls les facteurs militaires l’intéressaient, surtout la libération des centaines de milliers de soldats français prisonniers en Allemagne, et pour cela il sacrifia tout, les exilés étrangers qui avaient trouvé refuge en France, les Juifs français, tout, même les Français et même son honneur.

Et un des facteurs militaires de l’époque étaient que la France était occupée par une centaine de milliers de soldats allemands, qu’elle était découpée en cinq districts administratifs militaires allemand et que la Loire-inférieure appartenait, à la différence des autres départements bretons, le Finistère, les Côtes-du-Nord (aujourd’hui les Côtes d’Armor), l’Ille-et-Vilaine et le Morbihan, au district allemand du Sud-ouest, dominant quelques 17 départements, et qui avait pour centre Angers.

Pétain ne suivit pas les recommandations de la commission du Conseil national chargée de réorganiser la France. Son message du 11 juillet 1940 avait été pourtant clair : il fallait, suivant les idées du très influent royaliste Charles Maurras, rétablir les Provinces et avec à leur tête des gouverneurs, qui se devaient d’être des « grands seigneurs ». Mais, alors que beaucoup, surtout en Bretagne, s’y trompèrent, il n’était pas question de rétablir les provinces de l’Ancien Régime. Il s’agissait plutôt de mettre l’accent sur le rôle régional des grandes métropoles urbaines et surtout de détruire les notabilités locales peuplant les conseils généraux, dirigeants donc les départements, qui étaient devenus souvent depuis les années 1880 les pivots de la IIIe République, République qui pour Pétain et pour alors bon nombre de Français était le grand responsable de cette si honteuse défaite.

Le but n’était pas alors ni de recréer les provinces de l’Ancien Régime, toute puissante surtout en Bretagne jusqu’en 1790, ni de créer des provinces autonomes. L’objectif était de maintenir l’autorité de l’Etat. Très vite, les membres de cette commission durent comprendre que leur rôle n’était pas de décentraliser mais de déconcentrer. Ils apprirent que le futur gouverneur de la province aurait pour rôle seulement d’informer, d’inspecter et de coordonner. On comprend ainsi pourquoi Hervé Budes, comte de Guébriant, le très influent président de l’Office Central de Landerneau, refusa le poste. Ils apprirent aussi que Vichy avait décidé de maintenir les départements et que chaque région, pas plus d’une vingtaine selon les souhaits de Charles Maurras, devrait comprendre de 5 à 6 départements, pas plus. Ils comprirent que ces régions n’auraient surtout qu’un rôle économique, surtout pour organiser le ratissage des forces économiques afin de subvenir aux besoins des occupants allemands.

Et Pétain vint vérifier personnellement, surtout au moment difficile. En août 1940, il était présent justement lorsque la commission se pencha sur le cas épineux de la Bretagne. On y pensa englober les cinq départements bretons dans une province à huit départements comprenant le Maine-et-Loire, où il faut le rappeler se trouvait le siège du commandant allemand du district militaire administratif du Sud-ouest. Pétain trancha pour la position des Bretons, une province ne comprenant que des départements bretons. Craint-il, d’où sa présence, le séparatisme breton et donc l’éclatement à brève échéance de la France ? Il est vrai qu’après la débâcle les autorités allemandes avaient soutenu les idées des séparatistes bretons les plus extrêmes. Il est vrai encore que même vaincue, la France restait forte : elle disposait encore de sa flotte, la seconde du monde et du second empire colonial français. Sur ordre personnel d’Hitler, le puissant ambassadeur d’Allemagne en France, Abetz, fit tout ce qu’il put pour l’affaiblir. Et Pétain comme son gouvernement ne pouvait que le savoir tellement cela était évident.

Dans le dossier concernant la Bretagne, Pétain semble s’être bien moqué des Bretons. Deux épisodes semblent le montrer. Lors de cette fameuse commission d’août, lorsqu’il fut le moment de choisir une capitale à la Bretagne, il intervint personnellement et dit qu’il excluait Nantes car, je le cite « dans le cas d’un bombardement aérien », Nantes, « vivrait ce qui se produit actuellement à Londres » (Londres était alors bombardée par l’aviation allemande). A quoi l’ancien député nantais et ancien secrétaire d’Etat à la marine militaire du dernier gouvernement de la IIIe République, Jean Le Cour Grandmaison, répliqua « la place du gouverneur (de la future province Bretagne) ne doit-elle cependant pas être à l’endroit le plus exposé ? ». Cette réponse d’un important notable breton, pour le moins irrespectueuse envers non seulement le chef de l’Etat mais un maréchal de France, révèle une profonde exaspération. Et il y avait de quoi car Pétain avait déjà décidé du sort de la Bretagne et qu’elle devait être la capitale de la Bretagne.

regions-vichyLe 30 juin 1941, soit un mois auparavant, Pétain avait signé le fameux décret n°2727 formant les régions. Par l’article 1, le préfet d’Ille-et-Vilaine devient préfet régional. La région placée sous son autorité prit le nom de région de Rennes. Ces pouvoirs, par l’article 2, devait s’exercer sur les départements d’Ille-et-Vilaine, Côtes-du-Nord, Finistère et Morbihan. Quant à la Loire-inférieure, elle allait se trouver sous l’autorité du préfet de la Région d’Angers qui devait englober aussi les départements du Maine-et-Loire, de Mayenne, de la Sarthe, et de l’Indre-et-Loire (partie occupée).

Pétain et son gouvernement n’avaient donc pas attendu le rapport final de la commission du Conseil national et constituèrent des régions qui ne semblent pas correspondre aux travaux de la commission. Le nantais Jean Le Cour Grandmaison y pouvait montrer son exaspération. Et il y avait de quoi. L’édition nantaise d’Ouest éclair relata le 1er juillet que le Maréchal avait reçu une délégation conduite par le maire de Nantes, Gaëtan Rondeau, et leur avait donné l’assurance que Nantes serait la capitale de la future Bretagne à cinq départements. Pétain avait eu aussi un entretien avec le maire de Rennes, François Château qui lui avait demandé que « cette Bretagne que nous aimons tant, reste dans la France de demain, dans la France régénérée, telle qu’elle fut dans le passé avec ses limites territoriales et qu’elle conserve la ville de Rennes comme capitale ». Pétain lui avait répondu par un sourire. Bref, le chef de l’Etat français avait menti aux deux notables bretons. Si Rennes était devenue la capitale de la nouvelle région, la Loire-inférieure n’en faisait pas partie.

On peut se demander à quoi rimait la présence de Pétain à cette commission. Voulait-il deux structures, la Province et la Région ? Et permettait ainsi encore à la commission de discuter des capitales et des découpages de ces provinces, révélant une nouvelle fois son indécision, sa volonté de ne pas déplaire, surtout aux membres de la commission, personnalités influentes qu’il ne souhaitait pas se mettre à dos.

Néanmoins l’idée de donner à ces régions le nom de province avait été abandonnée, tout comme on renonçait à la création de gouverneurs au profit de préfets régionaux, titre bien plus acceptable pour l’influente administration de la République, en qui Pétain trouvait de plus en plus de soutiens.

Par ailleurs, Pétain ne voulait pas déplaire aux Allemands. Placer la Loire-inférieure dans la région Bretagne, alors qu’elle était alors sous l’administration du Commandant allemand d’Angers, aurait pu montrer aux autorités d’occupation des velléités d’indépendance. Il leur aurait signifié qu’il avait la force de s’opposer à eux, et de mener une grande réforme institutionnelle, qu’il se moquait des menaces de redécoupage administratif dessiné avant l’invasion de la France par le géographe nazi Walter Christaller. Cependant, sa politique était alors tout autre. Il était entré pleinement dans la collaboration. Le mois précédent, il avait donné aux Allemands l’accès aux ports de Bizerte (Tunisie française) et de Dakar et aux aérodromes syriens, leur donnant des avantages certains dans leurs opérations dans l’Atlantique et en Méditerranée contre les Britanniques et leurs alliés. Le 2 juin 1941, il avait publié le « statut des juifs », suivi dix jours plus tard par l’arrestation et l’internement dans des camps de 12 000 juifs sous prétexte d’un « complot juif  contre la coopération franco-allemande ». Et puis à la fin du mois de juin, Pétain n’avait que faire de plaire ou de ne pas plaire aux Bretons. Les Allemands venaient de déclarer la guerre à l’URSS et Pétain pouvait croire qu’en leur montrant qu’il donnait la priorité à l’administration allemande renonçant ainsi à une réforme administrative française majeure qui aurait pu les gêner, il pouvait participer à la Grande Europe allemande et ainsi restauré l’influence de la France.

Voir les cartes dans l’article de Pierre Barral, « Idéal et pratique du régionalisme dans le régime de Vichy », dans Revue française de sciences politiques, 1974, vol. 24, n°5, p. 911-939.

Illustration Carte des régions sous Vichy (carte imprimée en couleurs, 74 x 84 cm, Paris, IGN 1941, BnF, département des cartes et plans, Ge B 6190) et carte des provinces et départements (Château de Nantes, Musée de Nantes).

Frédéric Morvan, tous droits réservés.  

 

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