Nantes : le salafisme en centre ville ?

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L’enquête de Paris-Match parue en mars dernier évoquait la filière bretonne du djihad. Vannes, Lorient, Saint-Brieuc, mais aussi Brest, Rennes ou encore, plus inattendu, Redon, tout le territoire est touché par des conversions, l’implantation du salafisme et parfois la tentation du djihad. EN janvier 2017, une mosquée salafiste pourrait s’installer dans le centre ville. Une situation inédite dans une ville bretonne.

mosquee-omar-passage-berthault-nantesL’affaire ne fait pas grand bruit et l’Agglomération nantaise ne communique pas spontanément sur le sujet. Selon les responsables de l’Association Culturelle Musulmane du Breil* (ACMB) qui gère le futur lieu de culte, les travaux à la mosquée Omar devraient débuter en janvier 2017.
Passage Berthault, dans le quartier des Olivettes, entre le Lieu unique et le CHU, “Les habitants sont plutôt des jeunes, branchés et de gauche” assure une riveraine. Pourtant, ils ne voient pas d’un très bon oeil l’installation d’une mosquée salafiste dans leur quartier. Le bâtiment a besoin d’être mis aux normes pour recevoir l’agrément d’établissement recevant du public (ERP). “On ne dirait pas de l’extérieur, continue la riveraine, mais la salle est très grande”. mosquee-omar-passage-berthault-nantes-2Les craintes des habitants du quartier sont nombreuses. Tout d’abord, l’absence de parking pour accueillir les visiteurs. Ici, les rues sont étroites et le stationnement est déjà difficile. Un afflux de voitures serait rapidement préjudiciable aux résidents et pourrait tendre les bonnes relations de voisinage. Des voisins craignent aussi que le parc municipal situé en face du bâtiment où les enfants du quartier viennent jouer, devienne une annexe en plein air pour la salle de prière. Et là, pas question de fléchir sur la qualité de vie et la sérénité du quartier.

Abelhafid Choubourou, d’une mosquée salafiste à l’autre

Le président de l’Association Culturelle Musulmane du Breil (ACMB) n’est pas un inconnu. Au lendemain de l’attentat du Bataclan, Abdelhafid Choubourou explique dans Presse-Océan être un « Musulman ferme, mais ouvert ».
Mais les Nantais ont déjà entendu parler de lui lors d’une autre affaire.
Fin 2010, avec Brahim Mentache le trésorier de l’Association Culturelle Musulmane de Rezé (ACMR) gestionnaire de la mosquée salafiste Ni’ma , il reprend le projet de création d’une nouvelle mosquée laissé de côté de Lies Hebbadj rattrapé par les affaires judiciaires. La ligne téléphonique de la mosquée salafiste Ni’ma de Rezé est d’ailleurs toujours souscrite au nom d’un particulier : Abdelhafid Choubourou.
Les liens entre l’Association Culturelle Musulmane du Breil, qui souhaite s’installer en centre ville de Nantes et la mosquée salafiste de Rezé (ACMR) sont donc étroits. De quoi inquiéter les riverains des Olivettes.

Des salafistes bien installés dans l’agglomération nantaise

Mohamed Achamlane et Lies Hebbajd devant le tribunal de Nantes en 2010
Mohamed Achamlane et Lies Hebbajd devant le tribunal de Nantes en 2010

En 2010, l’affaire Lies Hebbadj, un Rezéen proche de la mouvance tabligh, agite les médias et les politiques. Président de l’Association Culturelle Musulmane de Rezé (ACMR), qui gère la mosquée salafiste de la ville, Lies Hebbadj est un polygame très militant. Avec l’une de ses femmes, il conteste un PV pour conduite en niqab. Sa détermination à défendre son engagement religieux et sa volonté de créer une nouvelle mosquée, plus grande, inquiètent donc les autorités. L’affaire occupe les médias pendant de nombreuses semaines.
Aujourd’hui, Lies Hebbadj et sa famille vivent toujours à Rezé, chacune des femmes ayant sa propre adresse, dans la même rue, où se trouve aussi une salle de prière privée. Une nouvelle association culturelle musulmane a même été créée : SOUNDOUCE avec Sandrine Mouleres pour présidente et Sonia Yaker trésorière, deux des femmes de Lies Hebbadj.

Mais en 2010, une autre affaire de radicalisation fait la Une des médias en région nantaise. Mohamed Achamlane et le groupe salafiste Forsane Alizza attirent l’attention des services de police par des prêches extrémistes en public. Achamlane se montre aussi aux côté de Lies Hebbadj et lui apporte son soutien. Achamlane a une famille très pratiquante. Sa femme porte le niqab et les enfants sont élevés dans le respect des règles salafistes.
forsane-alizzaSur le site internet du mouvement extrémiste, les appels à la violence contre les infidèles sont quasi quotidiens.
Mohamed Achamlane constitue autour de lui une grosse cellule de menaces terroristes. De la propagande extrémiste virtuelle, le groupe passe à l’achat d’armes, puis d’une moto pour la réalisation de leurs plans : l’enlèvement d’un juge d’origine juive et du leader d’un mouvement connu pour ses positions anti-musulmanes. Le groupe est démantelé fin mars 2012, quelques jours après les attentats de Mohamed Merah. Achamlane est arrêté au domicile familial à Bouguenais. Deux de ses complices sont arrêtés le même jour : Moussa Guenana à Coueron et Mohamed Gharsalli à Nantes. D’autres membres du groupe sont aussi interpellés en région parisienne et en région lyonnaise. membres-de-forsane-alizzaMohamed Achamlane et ses acolytes ont été jugés en juillet 2015. Reconnu comme le cerveau et l’émir du groupuscule salafiste djihadiste Forsane Alizza, Achamlane a été condamné à 9 ans de prison ferme dont une période de sûreté de 6 ans et 5 ans de privation de ses droits civiques. Le tribunal correctionnel de Paris a considéré que le groupe de Mohamed Achamlane avait bien eu “la volonté de commettre un acte terroriste”. Il est toujours incarcéré à la prison de Rennes. Les 13 autres prévenus ont écopé de condamnations allant de 1 an avec sursis à 6 ans ferme.

A Rezé, la mosquée salafiste sous surveillance

Au 49 Rue Alsace Lorraine à Rezé, la mosquée salafiste Ni’ma affiche complet chaque jour de prière. L’Association Culturelle Musulmane de Rezé (ACMR), dont il était le président, gère la mosquée. Et même si Réda Abou Abdel’Aziz, l’imam de l’époque, a communiqué sa condamnation des actes de terrorisme quinze jours après les attentats du 13 novembre 2015, la mosquée de la banlieue sud de Nantes reste sous surveillance. Cette mosquée revendique la pratique d’un islam rigoriste.

projet-mosquee-nima-acmbIl y a quelques mois, le bail de la mosquée Ni’ma a été résilié par le propriétaire des locaux. Le 26 décembre prochain, les pratiquants devront changer de lieu de prière. Un projet de mosquée est ouvert depuis plusieurs années mais l’ACMR porteuse du dossier peine à collecter les 450.000 euros nécessaire.

Nantes, Rennes, Vannes, Saint-Brieuc

Des mosquées radicales sont implantées sur tout le territoire. Elles apparaissent régulièrement dans des quartiers à forte densité musulmane. Les riverains ne s’en plaignent généralement pas. Et dans la plupart des cas, elles font partie de la vie du quartier. Parfois, l’installation d’une mosquée au milieu d’un quartier de centre ville soulève des difficultés.

La loi salafiste en centre ville de Nantes ?

Quartier des Olivettes, la mosquée salafiste Omar de l’Association Culturelle Musulmane du Breil (ACMB) fait débat. Il faut dire que la création de ce nouveau lieu de culte s’accompagne d’une campagne de dons racoleuse sur le plus grand marché nantais, place de la petite Hollande.

Depuis des mois, les bénévoles de l’ACMB et leur très persuasif président Abdelhafid Choubourou haranguent en arabe les clients et les passants. Ils collectent les dons au milieu du marché.
Depuis plusieurs années, ce marché situé en plein cœur de la ville est petit à petit devenu un marché ethnique. Une allée aux saveurs du monde où des marchands de plats cuisinés asiatiques et africains régalent les clients. Deux où trois échoppes bretonnes vendent leurs galettes-saucisses. Les marchands de vêtements africains vous accueillent avec une jovialité habituelle. Deux petites allées sont réservées aux poissonniers. Deux charcuteries seulement subsistent et quelques marchands bio occupent un bout d’allée le long de la ligne de tramway.

La plus grande partie du marché est désormais aux mille et une couleurs du Maghreb. Là encore, rien d’exceptionnel si le lieu était le commerce de proximité des riverains. Hors, ce n’est pas le cas. En centre ville, les loyers sont assez élevés. La population est plutôt bien dans son temps et issue des catégories socio-professionnelles élevées. Pourtant sur le marché, on parle plus en arabe qu’en français où en gallo.

Les femmes circulent voilées où en vêtements traditionnels. D’ailleurs, elles viennent choisir leurs tenues vestimentaires dans les nombreux étals qui proposent voiles et robes orientales. Elles trouvent aussi un grand nombre de commerçants plus halal que les autres. Voiles islamiques, niqabs et divers vêtements religieux pour hommes et femmes côtoient les Coran sur une demi-douzaine d’étals de commerçants bien particuliers.
Les “frères” qui tiennent ces stands sont à la fois commerçants, prêcheurs et police religieuse. A l’adresse d’une jeune femme en jean qui s’arrête pour regarder les Coran, clope à la main, un jeune “frère” s’emporte “C’est pas bien de fumer. Tu es jeune, tu veux avoir des enfants plus tard ? Tu ne devrais pas fumer, c’est pas religieux”. Quelques minutes plus tard, une autre femme non musulmane s’arrête pour acheter quelques produits, elle tend un billet pour régler ses achats. Le vendeur-prêcheur lui jette sa monnaie en prenant soin de ne pas lui toucher la main. En islam intransigeant, la femme, on ne la touche que lorsqu’elle est sienne. Et ici, la femme interdite, c’est l’Européenne non musulmane : on ne la touche pas. Signe d’une grande influence religieuse sur le marché, cette manière de rendre la monnaie aux femmes est pratiquée chez un grand nombre de commerçants. Pire… parfois, le vendeur augmente ses prix à la tête du culte.

Les riverains ont peu à peu déserté ce marché autrefois populaire. Il est désormais fréquenté par les populations de la périphérie nantaise qui s’y retrouvent une fois par semaine entre personnes de même confession. Comment les services de la mairie de Nantes, qui gèrent le placement des commerçants, ont-ils pu laisser s’installer une telle situation ? Difficile d’obtenir une réponse.
Côté maintien de l’ordre, on reconnaît volontiers que ce marché est potentiellement porteur de problèmes graves. Ici, il est difficile de dire ce qui est radical et ce qui ne l’est pas.

Vers une profonde transformation du centre ville ?

tract-mosquee-omar-nantesL’officialisation de la création de la mosquée Omar, à quelques centaines de mètres de ce marché, serait un pas de plus vers une profonde transformation du centre ville de Nantes. Il y a quelques semaines, l’ACMB s’est vu notifier un refus d’autorisation de création d’un établissement recevant du public dans le lieu qu’elle comptait utiliser passage Berthault. La présence d’amiante dans le bâtiment et l’absence de parking rendent théoriquement impossible l’accueil de personnes. Pourtant, les quêteurs sur le marché annoncent aux donateurs que les travaux débuteront bien en janvier.

A Rennes, Vannes ou Saint-Brieuc, la situation n’est pas meilleure. Mais le cas de Nantes avec son marché et sa mosquée hors des quartiers à fortes populations musulmanes reste unique.


COMPLEMENT D’INFORMATION du 23/11/2016 : Depuis la publication de notre article, nous avons reçu des compléments d’information :

  • la demande d’autorisation de construire, d’aménager ou de modifier un établissement recevant du public (ERP) a été refusée par les services de l’administration. Aucune autorisation n’a été délivrée pour débuter les travaux du local en janvier contrairement à ce que le président de l’ACMB annonce pendant les quêtes sur le marché. 
  • à la réception de la notification de refus d’autorisation de travaux, l’ACMB a annoncé son intention de porter l’affaire en justice. Elle entend obtenir une décision du tribunal qui lui permettra de procéder aux travaux et d’obtenir l’agrément d’accueil du public.
  • actuellement, nous n’avons pas eu confirmation que l’affaire était enrôlée au tribunal de Nantes.
  • le quartier fait partie du projet d’aménagement Nantes 2030 qui a de grandes ambitions pour le quartier. 

*Le quartier du Breil n’est pas situé en centre ville, mais au nord de la ville. C’est un quartier où fut érigée au début des années 1960 une des plus importantes cités HLM de la ville, qui a fait l’objet d’opérations de réaménagement en 2014.  


Vidéo de propagande de Mohamed Achamlane, émir du groupe salafiste djihadiste Forsane Alizza né en banlieue nantaise

16 Commentaires

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  2. Je partage l’avis de l’auteur de l’article, nous sommes en pleine invasion de cette population et les autorités ne semblent pas réagir à cette menace, qui est bien réel.
    Assez des bien pensant et autres politiquement correct, il faut interdire ces agissements et reprendre au plus vite les commandes du pays.

  3. le clientélisme de l’époque JMA a favorisé la construction de mosquées : se créer une clientèle électorale et favoriser par réaction le Fhaine au détriment de la droite classique qui a Nantes est elle même travaillée par les allumés du goupillon

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