Le phénomène Le Drian, l’enquête de deux journalistes

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phénomène le drianDeux journalistes rennais viennent de publier une enquête sur Jean-Yves Le Drian.  Le premier, Benjamin Keltz, enseigne le journalisme à Sciences-Po Rennes. Le livre est édité par la maison d’édition qu’il a fondé en 2012. Le second, Nicolas Legendre, est correspondant du journal Le Monde en Bretagne. Tous deux sont également des collaborateurs du magazine « Bretons », distribué par Ouest-France. Le résultat de leur association dresse le portrait du Président de Région au travers d’une biographie politique complète et intéressante. Il se révèle, par la même occasion, instructif sur la vie politique bretonne.

Le ministre est-il vraiment le « plus influent des bretons » ? Il faut reconnaître que la Bretagne n’avait pas eu de personnage de cette envergure politique depuis longtemps. Il ressort de leur ouvrage que les auteurs sont plutôt conquis.  Ils ont rencontré Jean-yves le Drian, son chef de cabinet, sa famille, ses collaborateurs, ses compagnons de route politique  et des adversaires plutôt admiratifs. L’enquête prend parfois des accents d’hommage, sans que cela soit injuste. Elle apporte des informations sur des moments politiques forts du parcours de celui qui se caractérise assez bien par le mot « transcourants ». Le jeune chrétien de gauche engagé, brillant et travailleur, devenu homme politique socialiste et franc-maçon, suit son cap franchement, sans prétention mais résolument, écartant ses adversaires, privilégiant les choix pragmatiques aux postures idéologiques, sans jamais renier son identité bretonne.  Défenseur de la Bretagne dans un procès de membres du FLB, chevalier breton adoubé par les attaques venimeuses de Mélenchon et Françoise Morvan, il est qualifié au fil des pages de « Baron » lorsqu’il conquiert le conseil régional puis de « Duc » une fois ministre.

Ce livre apporte, entre autres, des éléments intéressants sur ce qui s’est passé lors du découpage arbitraire de nouvelles provinces par le gouvernement. Jean-Yves Le Drian fut traité par certains de traitre pour ne pas avoir réussi à réintégrer Nantes. C’est lui prêter trop de pouvoir pour lui reprocher un échec, alors que la menace pesait sur la Bretagne administrative. On peut se demander qui aurait fait mieux à sa place, dans l’hypothèse où il aurait été capable d’y accéder. La réaction  inquiétante du député Carlos da Silva, bras droit parlementaire de Manuel Valls, met parfaitement en lumière la sombre logique jacobine qui était à l’œuvre dans cette réforme.

Ministre préféré des français, un ministre apprécié des armées

Difficulté de l’enquête pour les journalistes, il ne faut pas compter sur les militaires pour émettre un avis sur leur ministre. Ce passage traite plutôt des évènements politiques pendant son mandat. Il en ressort quand même l’image de quelqu’un d’apprécié des Armées, qui fait le boulot et qui, en cohérence avec le contexte international, défend plutôt bien son ministère. Jean-Yves Le Drian a voulu ce poste et l’a préparé avec sérieux. Ministre préféré des français, il a su durer et a contribué à redorer le blason des ministres de la Défense de Gauche.  Le ministre est dans les actions pour le Mali et la République Centrafricaine et contre DAESH. Dans l’armée, il est important que les gens en poste respectent leur engagement à faire leur devoir. On se rappelle d’un de ses prédécesseurs qui s’était posé en objecteur de conscience préférant démissionner en 1991 que « fermer sa gueule » lors de la première guerre d’Irak. Les militaires ne voyaient plus en lui qu’un déserteur piteux.  Entre le non-énarque régionaliste loyal et le fossoyeur de langues de  régionales, qui a préservé la cohésion nationale ?

Le livre de Benjamin Keltz et Nicolas Legendre donne une bonne vision du parcours de celui qui, l’air de rien, rentre dans le panthéon des grandes figures bretonnes. C’est un homme posé et discret qui se fait remarquer par sa sobriété d’expression et de comportement. La question de savoir qui est celui qui porte aujourd’hui l’image du « Breton du gouvernement national» se posait. Elle trouve ici  une réponse factuelle et détaillée.

En ce qui concerne son action à la Défense, il est sans doute trop tôt pour en parler vraiment. Pourtant, au-delà des opérations extérieures et des ventes de Rafale, il y a des choses  intéressantes pour l’avenir. L’apparition des notions d’opération « intérieure », comme Sentinelle, et d’associations professionnelles nationales de militaires (APNM) devrait contribuer à faire évoluer la position du militaire dans la société. Le général Soubelet, du Ministère de l’Intérieur, à récemment posé de belle façon la question de l’expression des militaires et de leur devoir réserve face au sacrifice de l’intérêt général par certains acteurs politiques. Dans un domaine différent, le choix allemand d’un remplaçant au fusil français est un pas dans la lente ascension vers l’Europe de la Défense. Un autre ouvrage sur Jean-Yves Le Drian, publié par le directeur de l’information du Télégramme, aux Éditions Plon, était déjà annoncé pour janvier prochain sur les sites de vente en ligne. Le regard s’annonce moins breton et plus focalisé sur la dimension martiale de l’action du ministre. Angles différents ou guerre des hommages au chef de guerre ? Dans tous les cas, l’encre qu’il fait couler est un signe de la stature politique atteinte par Jean-Yves Le Drian.

 

phénomène le drianLE PHÉNOMÈNE LE DRIAN – Enquête sur le plus influent des bretons

Benjamin Keltz et Nicolas Legendre

Les Éditions du coin de la rue.

304 pages

19,90 euros

 

10 Commentaires

  1. un livre fait par des journalistes très rennocentrés et pro b4 avec le soit disant sauveur de la Bretagne car pour eux b4 c’est la Bretagne merci pour nous en 44 – jusqu’à preuve du contraire la Bretagne en tant qu’institution n’existe plus depuis 1789

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