Vendée Globe : D’un cap à l’autre, dans le vif du sujet

Armel Le Cléach’ a réussi à prendre 100 milles d’avance sur Alex Thomson et va franchir ce matin la longitude du cap Leeuwin, en Australie… pendant que le peloton est à Bonne Espérance, en Afrique du Sud. Sébastien Josse, lui, est philosophe : le gros temps, c’est le vif du sujet.

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« On commence à entrer dans le vif du sujet avec les dépressions que l’on n’avait pas vu jusqu’à maintenant… mais voilà, c’est le tour du monde, c’est le Vendée Globe ! » C’est un Sébastien Josse philosophe qui parle à la vacation de la nuit. Toujours troisième, le skipper d’Edmond de Rothschild est le plus proche de la plus grosse dépression du moment. Mais son expérience lui permet d’être serein et de présenter comme une simple péripétie des conditions – 40 noeuds, 4 m de houle – qui seraient effrayantes pour la plupart des marins du dimanche. Il est dans le mauvais temps mais c’est le jeu et il gère, bateau à 100%.

A l’exception des deux derniers, la quasi totalité de la flotte est désormais dans le rythme des mers australes qui a fait la légende du Vendée Globe, cette alternance de dépressions et de dorsales entraînant vents forts et calmes… avant l’arrivée d’un nouveau front. Un peu plus de 600 milles devant Sébastien Josse par exemple, les deux leaders sont désormais dans une zone de transition qui les freine momentanément. Armel Le Cléac’h (Banque Populaire VIII) a empanné une heure plus tôt qu’Alex Thomson (Hugo Boss) en milieu de nuit. Le Finistérien va franchir dans les heures qui viennent la longitude du cap Leeuwin, au Sud-Ouest de l’Australie. Il a réussi à se forger une centaine de milles d’avance sur le Gallois. Côté symboles, on est gâtés d’ailleurs : depuis hier midi, cinq nouveaux skippers ont fait leur entrée dans l’Indien en doublant le cap de Bonne Espérance : Nandor Fa (Spirit of Hungary), Stéphane Le Diraison (Compagnie du Lit-Boulogne-Bilancourt), Arnaud Boissières (La Mie Câline), Fabrice Amedeo (Newrest-Matmut) et Conrad Colman (Foresight Natural Energy). En d’autres termes, le peloton est au Sud du continent africain quand les meneurs, eux, entament le Sud de l’Australie ! Un océan d’écart… et des skippers qui, selon leurs conditions du moment, peuvent aller très vite – comme Jean-Pierre Dick et Jean Le Cam, au-delà des 20 noeuds de vitesse en ce moment – ou qui doivent réduire la toile pour négocier le gros temps.

L’examen des cartes ce matin montre ainsi que les skippers du Vendée Globe savent agir en bons marins, c’est à dire alterner entre le mode performance et le mode sauvegarde du matériel. Jérémie Beyou (avec une grand voile de nouveau opérationnelle sur Maître CoQ) et Paul Meilhat (SMA) sont bien montés au Nord pour laisser dans leur sud le plus gros du mauvais temps. Yann Eliès (Quéguiner Leucémie Espoir), de son côté, a réussi l’opération qui consistait à ralentir pour laisser passer la grosse tempête. Bien joué. En entamant déjà la cinquième semaine de course, chacun joue avec les humeurs des Quarantièmes qui rugissent, puis se calment légèrement, puis rugissent de nouveau. Ils sont dans ce rythme infernal qui a bâti le mythe du Vendée Globe, et ce sera le cas jusqu’au lointain cap Horn. François Gabart, le tenant du titre, expliquait que c’était ainsi, le Grand Sud : « dans la dépression tu es à l’intérieur du bateau et tu notes ce qui commence à lâcher. Dans la zone de transition, quand ça se calme légèrement, tu répares les bricoles et tu te prépares à gérer le nouveau coup de tabac qui arrive ».

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EXTRAIT DE LA VACATION DE 5h

Sébastien Josse, Edmond de Rothschild (3e à 612 milles du leader) :
« J’ai 25 à 30 noeuds de vent avec 4 mètres de houle. Le programme de la journée c’est de gérer la dépression au mieux, de faire attention à la zone des glaces aussi qu’il faut bien négocier, il n’y a pas beaucoup d’échappatoire, on essaie de passer entre les deux. Aujourd’hui je m’attends à… faire du bateau (rire) ! Le vent va monter, je vais réduire la toile et certainement empanner. Je suis déjà dans la dépression : la nuit dernière j’ai déjà eu 40 noeuds, j’ai déjà navigué sous 3 ris (dans la grand voile) et J3 (la plus petite des voiles d’avant). Là je suis encore dans 30 noeuds moyen, je suis déjà dans le mauvais temps ! La différence c’est que la nuit dernière j’étais au reaching et là il y aura 40 noeuds au portant. Je suis déjà dans l’état d’esprit d’un mec qui est dans du vent fort, le plus gros est à venir mais dans une orientation différente : la nuit dernière j’étais à 80 degrés du vent avec 35 noeuds et la nuit prochaine je serai à 140 degrés du vent avec 40 noeuds et peut-être plus même dans la dépression. En ce moment je suis sous trinquette de portant et deux ris, on réduira ça plus tard.. Je prends les jours comme ils arrivent, je ne fais pas de plans sur la comète. On voit que ça écrème sur l’océan Indien, avec des avaries qui commencent à survenir. On commence à entrer dans le vif du sujet avec les dépressions qu’on n’avait pas vu jusqu’à maintenant… mais voilà, c’est le tour du monde, c’est le Vendée Globe ! A part mon problème de safran à Bonne Espérance, je n’ai pas eu de gros bobos ; des écoutes qui s’abiment à droite ou à gauche, mais rien de très important. »

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