Bertrand Deléon : entretien après sa suspension du PB

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Depuis deux semaines, les rapports entre Bertrand Deléon et le Parti Breton (PB) semblent ne plus être au beau fixe. Le 25 janvier dernier, l’ancien candidat à diverses élections pour le PB lancait un appel. Puis au cours d’un entretien, il s’exprimait sur la situation. Entre temps, entre Bertrand Deléon et le PB, la situation se dégrade et le parti a réagit en adressant une suspension temporaire à son ex-cadre. Bertrand Deléon a souhaité s’exprimer sur le fond. Nous lui avons accordé un entretien au cours duquel il s’est exprimé librement, en toute responsabilité de ses propos. Nous publierons toutes les communications du PB sur le sujet comme nous relayons habituellement leurs publications.

 

Bertrand Deléon, nous avons bien compris que vous tenez à tout prix à défendre vos idées et vos valeurs, pour lesquelles d’ailleurs vous vous battez depuis plusieurs années et à chaque échéance électorale, ou à travers sos engagements dans la société civile et dans le monde associatif. Or, vous estimez qu’elles ne sont plus représentées par votre parti (voir interview).

Depuis la parution de vos interventions, une question revient de manière régulière chez nos lecteurs : qu’attendiez-vous exactement des alliances que vous aviez mises en place ?

 

Tout d’abord, je vous remercie de me laisser la parole une nouvelle fois sur ce sujet. Les conditions de mon éviction des affaires du Parti Breton sont désormais connues et il s’agit des agissements d’un petit nombre. Le plus important n’a pas encore été abordé : ce que le PB a failli d’obtenir.

Il y a un an tout juste, le président de l’Alliance Ecologiste Indépendante me contactait pour envisager un partenariat financier similaire à celui que le Parti Breton avait noué dans le passé. Lors des précédents accords avec l’AEI, Christian Troadec était de la partie. Les négociateurs du PB s’étaient bien débrouillés puisqu’ils avaient obtenu la liberté totale d’expression dans cette entente de principe. Le Parti Breton avait donc entièrement rédigé le programme pour sa tête de liste, Christian Troadec. On peut dire que l’entente était purement financière.

Cette fois, Jean-Marc Governatori, président de l’AEI, souhaitait couvrir le financement de 577 candidats dans l’hexagone et dans les territoires d’Outre-Mer. Il recherchait des appuis sur le terrain.

Avec plusieurs représentants autonomistes et indépendantistes de l’hexagone et des territoires Outre-Mer, nous avions l’occasion de monter une entente parallèle qui devait s’appeler « Peuples et Territoires fédérés ». Il y avait des Catalans, des Basques, des Savoisiens, des Occitans et des Alsaciens et nous étions en discussion avec les Corses et en relation avec des Guadeloupéens, Martiniquais et Polynésiens.

L’AEI nous a alors demandé de mettre un peu en sourdine nos revendications émancipatrices. Toutefois, cette formation n’ayant que peu d’emprises et de militants sur le terrain attendait beaucoup de nous. Or, elle n’avait pas d’autres choix que de travailler avec nous. L’AEI avait aussi pris contact avec R&PS par principe mais étant restée sur une mauvaise expérience n’a pas penché en leur faveur.

L’idée était de présenter avec l’AEI, sous un même accord de financement, 50 candidats capables de faire plus de 1 % dans 30 départements : il s’agit du seuil obligatoire pour que ces élections soient « rémunératrices ». Les Législatives sont les élections de financement des partis politiques.

Nous avions donc une entente de financement, de surcroît rémunératrice et une plateforme « Peuples et Territoires fédérés » en prime. Enfin, la possibilité de présenter des candidats pour une Bretagne souveraine dans les 5 départements bretons. Tout s’annonçait par conséquent très bien quand trois personnes du parti ont voulu reprendre tout en main, après un long silence, et tout briser au profit d’un accord sans saveur et sans but (voir interview précédente). Il y aura deux formations régionalistes quasi-similaires par circonscription pour ces Législatives : celle de l’UDB-Troadec et celle 100 % citoyennes, formation 100 % française en tous les domaines au bout du compte.

Et pourquoi ne pas avoir accepté de votre côté cet accord financier sur une base minimale ?

Minimaliste, vous voulez dire ? Non, c’était un horrible gâchis et une inutilité. Vous savez, je ne fais pas de gros scores mais au moins il y a un programme pour la Bretagne et la proposition de solutions pour les différentes problématiques de la société bretonne. Il vaut mieux des petits scores avec des idées que les mêmes pourcentages portant les idées régionalistes portées par les autres partis. Autant faire de bien plus gros scores sous une étiquette parisienne à ce moment-là. Quitte à mentir aux gens… Mais ce n’est pas ma conception de l’utilité de la politique.

Je ne voulais pas non plus que l’AEI ne figure de trop sur nos documents.

Vous vouliez juste un financement ? Est-ce bien honnête ?

Vous savez, ce qui n’est pas honnête, c’est de se présenter en trompant l’électorat. Cet accord est légal et profite à chaque partie. Et puis, chez nous, pas de caisse noire, pas de financement occulte, pas d’emplois fictifs, de faux marchés publics et j’en passe. Par contre, il faut bien pouvoir se présenter face à tous ces partis affairistes si nous voulons que notre Bretagne et les gens d’ici construisent leur avenir et se défendent face au centralisme et la cruauté du système économique.

Et l’AEI était un bon compris ?

Financier, oui. De plus, pour un bon équilibre, j’ai eu en ligne à plusieurs reprises des représentants bretons de la formation dissidente de l’AEI, le MEI (Mouvement écologiste Indépendant), proche d’Antoine Waechter, ex-candidat écologiste aux Présidentielles. Ils allaient partir avec nous, ainsi que quelques candidats issus de la formation politique de l’Alsacien Paul Mumbach, candidat aux Présidentielles.

Il était important pour l’AEI de dire qu’ils présentent 577 candidats et que de notre côté nous puissions travailler sans que notre image soit entachée par les rumeurs sur ce parti, en toute liberté. C’était œuvrer en bonne intelligence.

Vous connaissez ce parti depuis longtemps ? Qu’en dit-on ?

Non, j’ai juste croisé leur ancienne secrétaire nationale pour une cause ornithologique il y a quelques années. Esther Spincer, plus connue sous son nom d’actrice Zara Whites, avait apporté un soutien personnel et avait notamment rédigé un texte en ce sens : http://zara-ecolo.over-blog.fr/article-une-vie-sacree-80762197.html. Elle m’a dit avoir quitté le parti depuis.

La composition hétéroclite de ce parti écologiste, notamment de figures de l’écologie radicale, ne me laissait pas d’étonner. En me penchant sur la question, j’ai compris qu’il ne fallait pas non plus s’y confondre, ce que le PB fait actuellement et ce n’est pas bien sérieux.

A l’époque, le député Georges Fenech, président de la commission d’enquête parlementaire sur les sectes, avait affirmé que « La France en action » de Jean-Marc Governatori avait « des liens (…) avec des organisations sectaires tels que l’Ordre du Temple solaire, le Mouvement raëlien, la Scientologie, la kinésiologie, Moon et Krishna. ». Il s’agit probablement d’arguments fallacieux dirigés à des fins politiques mais cet ensemble incite à une certaine prudence.

Or, le Parti Breton n’est plus à cela près dans sa fièvre de présenter des candidats à n’importe quel prix. C’est ainsi qu’il sacrifie ma candidature sur Vannes alors que j’ai représenté le parti et ses idées à plusieurs reprises, face notamment à celui qu’ils placent actuellement sur la circonscription 1 du Morbihan. Cantonales, Départementales, Municipales, Législatives et tête de liste du Parti au Régionales, des années de réunions, de communications et d’études pour le parti qu’une poignée d’individus entrés habilement au bon moment veulent réduire à néant. A chacun de discerner désormais. Il y a un Conseil des Sages au Parti Breton, j’attends qu’il agisse dans ce sens.

Et l’avenir du Parti Breton, vous le voyez comment ?

Je ne le vois pas.

Son président, M. Berthelot, vient de signifier ma suspension temporaire du parti. Ceci dans l’attente de voter ma radiation. C’est navrant après tout ce que j’ai donné en temps, au détriment de ma vie privée, mais aussi en argent (d’ailleurs le bureau du PB n’a jamais souhaité me rembourser les frais engagés dans les sites internet). J’ai toujours prôné l’union sacrée au sein du parti mais là, je ne peux pas être floué publiquement en restant muet désormais. Il y aura pas mal de départs si le parti ne revient pas sur ses valeurs d’origine.

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