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Publié le : mar, Avr 11th, 2017

La Soue, quatorzième épisode, par Fanch Babel ©copyright droits exclusifs

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La Soue,

 

par Fanch Babel ©copyright droits exclusifs  

 

Résumé des chapitres 29-31

 

Lucienne et Robert, les tentations du printemps. Mariage, naissance sans joie de Charles puis de Paul. Robert fuit ses responsabilités.

14e suite

 

32.

 

Ciel plombé. Il pleut. C’est l’été. La rue de la Boulangerie est grise. Murs gris, trottoirs gris, toits gris, pluie grise. Et lente.

Lucienne a relevé un coin du rideau de la fenêtre. Elle regarde l’eau dégouliner, doucement. Un gros crachin. Il y en a pour des heures. Sous ses yeux, la muraille de l’église Saint-Joseph, le granite mangé par le lichen jaune pâle, à sa gauche une niche orpheline de son saint, noire d’humidité, une fougère essaye tant bien que mal d’y vivoter. Une orbite vide dans cette façade aveugle. En bas, le portail et ses clochetons ébréchés ; deux petites vieilles traversent en boitant le parvis ruisselant : elles vont faire leurs dévotions. Silhouettes noires et hésitantes sous le parapluie grand ouvert, silhouettes disparues. Le bruit des voix qui s’éteint. La rue, les pavés brillent.

Lucienne quitte la croisée et soupire. Il est trois heures, mais il faut allumer la lumière électrique. Elle doit finir de ranger. Le proprio vient ce soir voir si tout est en ordre. C’en sera fini avec ce minuscule appartement, cette chambre toujours sombre et son plancher qui craque, le réchaud sur un banc, le seau d’eau et la bassine ! Deux années à l’étroit même si Charles est en nourrice. Au moins, rue de la Croix, il y aura deux pièces : une petite cuisine et une grande chambre ! Grande ! enfin, pas trop exiguë ! Avec deux gosses, ce n’était plus pensable. Depuis la naissance de Paul, il n’est plus question de travailler. Adieu la BNCI ! Adieu la cave ! Ce n’est pas le petit salaire de Robert chez le peintre qui l’emploi depuis quinze jours, qui permettra de payer la pension des deux mioches chez la mère Gauthier. Charles tout seul a coûté bien assez !

Ce n’est pas plus mal dans le fond ! Robert, s’il réussit à rentrer dans la police, passera des concours. Il a son brevet supérieur. Il deviendra bien inspecteur ! Alors, plus de problèmes de sous et on quittera Dinan et on habitera Rennes, la grande ville, la capitale de la Bretagne. Qui sait ? Un appartement avec l’eau courante même, comme en Amérique ! Et puis travailler, pour une femme, c’est bon quand on est jeune ou quand on est institutrice, comme cette vieille chèvre d’Yvonne. Une intellectuelle, comme on dit ! Une femme normale, mariée, avec des enfants, ne travaille pas. Elle a assez à faire avec son ménage !

Elle avait bien eu raison de craindre cette deuxième naissance. La douleur avait été atroce. Avec Charles, tout s’était bien passé même si ça n’avait pas été une partie de plaisir. On dit que la deuxième naissance est plus difficile. Eh bien ! On ne s’était pas trompé ! La troisième et les suivantes, il paraît que c’est comme une lettre à la poste !

« Une lettre à la poste » ! Je t’en donnerai, oui ! Pas de troisième ni de quatrième ! Si Robert s’oublie encore, je me fais avorter !

Heureusement qu’Hélène m’a indiqué la méthode Ogino. Mais tout cela semble bien compliqué, avec ces histoires de cycle, de calendrier, de journées à éviter. Robert, quand il a envie, il ne va pas s’embarrasser de calculs. Il paraît que le Pape va autoriser cette méthode. Qu’il l’autorise ou pas, il faudra bien l’essayer parce que la faiseuse d’anges, c’est pas non plus du tout cuit. C’est la roulette russe : le fœtus passe ou tu meurs ! Et puis, ça coûte…

 

La pluie semble vouloir cesser. Lucienne soulève le rideau pour vérifier. En effet, il ne pleut plus.

 

Paul s’est remis à pleurer. Il pleure tout le temps, Paul. Il collectionne toutes les maladies : oreillons, varicelle, rougeole, otites à répétition, rhumes, bronchites… Cette vieille folle de mère Le Roy s’était en outre bien mis le doigt dans l’œil : je t’en fiche d’un dos bien droit ! Dès sa deuxième visite, le docteur Jacquot l’avait constaté : Ton fils, Lucienne, il a une vertèbre de trop ! Ça arrive ! Mais c’est pas grave. T’en fais pas, il sera pas comme ta mère. Il aura peut-être de temps en temps mal au dos, mais bon, personne n’est parfait. Si tu savais tous les tordus que j’ai mis au monde ! Ça ne les empêche pas de faire leur chemin dans la vie ! Je pourrais t’en raconter, ma pauvre fille !!!

Paul crie, immobile, les bras le long du corps. Son visage est rouge, crispé. Son visage est toujours rouge et toujours crispé.

Heureusement que la vieille Gautier a bien voulu reprendre

Charles pour quelques jours.

Rue de la Croix, tout sera mieux. Heureusement.

Lucienne se penche sur Paul et glisse entre ses lèvres la tétine d’un biberon contenant un peu d’eau sucrée.

Ses cris augmentent, il repousse avec sa langue le liquide épais qui lui coule à la commissure des lèvres, autour du menton, sur l’oreiller. Lucienne pose le biberon sur la table, prend l’enfant dans ses bras, lui tapote le dos en lui parlant à l’oreille. Paul hurle de plus belle.

 

Dehors, la pluie a recommencé.

 

33.

 

Lucienne a donc quitté la BNCI. Avec ce deuxième enfant, il était vraiment impossible de continuer à travailler. La nourrice aurait coûté davantage que le salaire.

Elle ne regrette pas. La poussière de la réserve, les rats, Le Hérissé, elle y pense avec dégoût. Une femme bien doit se consacrer à son mari et à ses enfants. Si elle travaille, tout le monde pense que le mari n’est bon à rien, que sa paye ne suffit pas…

 

Lucienne est seule avec ses enfants dans le nouvel appartement de la rue de la Croix. Appartement, c’est un bien grand mot, car il s’agit en fait d’une ancienne cabane de jardin qui a été agrandie et rendue habitable. Deux pièces et une espèce de réduit.

Elle se tient derrière la fenêtre et regarde la cour sur laquelle donne le nouveau logis. Elle n’a pas eu le courage de finir la casserole de bouillie des gosses. Elle n’a ni faim ni soif. Femme de pierre, femme gelée contre la vitre glaciale.

Silence.

Elle a oublié de remonter le réveil ce matin. Pas même ce tic-tac familier. Les deux gamins dorment. Elle les couche tôt pour être tranquille, ou plutôt pour cesser de jouer, cesser de se forcer, pour pouvoir se laisser aller au silence et à l’immobilité, le regard contre le mur. Quand Paul consent à interrompre ses cris, le soir tombe. Elle a l’impression que le soir tombe à longueur de journée.

Lucienne ne liborionne plus. Elle attend sans attendre et refait comme une mécanique les gestes appris.

Elle s’occupe de ses enfants : les levers, les couchers, les changer, les habiller, les promener sur les Petits-Fossés une fois dans un sens, une fois dans l’autre, préparer les bouillies, laver les langes, ranger l’appartement, les coucher. Attendre sans rien attendre. Demain elle ira à l’Aublette. Louise paraît heureuse de voir ses deux « petits enfants ».

 

Après bien des errances et des petits boulots, Robert est enfin entré dans la police. La gendarmerie ne l’a pas retenu. Les tests… On vient de créer les CRS. Pas de tests. L’ambiance lui plaît. Il verra du pays, lui a-t-on promis.

La CRS 111 a son casernement à Rennes. Deux fois par semaine, parfois trois, il revient à vélo seul ou accompagné d’un collègue qui habite aux portes de Dinan. Un jour, il s’est fait attaquer par des voyous, en pleine campagne. On lui a piqué la monnaie qu’il avait sur lui et on lui a crevé les pneus.

 

Impossible de déménager, cela coûterait trop cher et à Rennes, il n’y a pas de logement. Plus tard.

Ces cinquante kilomètres lui coûtent chaque semaine davantage, d’autant plus que Lucienne fait la gueule quand il arrive. Elle ne pipe mot, claque l’assiette sur la table, sert la soupe s’il y a de la soupe. Voilà du pain et du fromage. N’y a-t-il plus de rouge ?

« Neu-neu », neurasthénique a décrété Marie-Josèphe, elle est neu-neu ta Lucienne. Faut dire qu’elle a des antécédents, la fille de la Bossue ! Si elle s’ennuie, elle n’a qu’à venir me voir.

 

Elle a peut-être raison, maman. Je n’ai pas dû tirer le bon numéro.

C’était quand même bien quand il était au foyer maternel ! Un vrai coq en pâte. Et maintenant…

Avec tous ces kilomètres dans les jambes, par pluie et par vent, il n’a qu’une envie en arrivant : manger et se coucher. Dans l’étroitesse du logement, avec les gosses, ce n’est pas facile, pas baisant. Sur son vélo, quand il pédale et serre les dents en se déhanchant pour grimper la côte d’Hédé par exemple, il se dit qu’il est quand même mieux au cantonnement, avec les copains, le petit coup de touge, les jeux de cartes, les plaisanteries, la bonne odeur du cuir humide et de la sueur d’homme, de cigarettes. Il en a assez des effluves fadasses des bébés et des restes collants de bouillie.

 

Il voit bien que Lucienne entre dans sa trentaine ! Elle a pris un sacré coup de vieux.

Je ne pourrai plus rentrer toutes les semaines. On m’a changé de service. Tous les quinze jours seulement. Je n’y peux rien…

 

Lucienne n’écoute même pas.

 

                 34.

 

Lucienne et Robert habitent désormais à Rennes.

Ils ont trouvé un logement au dernier étage d’un immeuble marqué par les bombardements et « frappé d’alignement », c’est-à-dire qu’il devra disparaître dès que la rue sera élargie. L’avantage, c’est que le loyer est très bas. La façade ressemble au visage de Mirabeau popularisé par les livres d’histoire de la République : carrée et grêlée d’éclats d’obus.

Deux mansardes minuscules directement sous un toit de guingois.

Aucun confort bien sûr et peu de place. Il faut monter l’eau et descendre au premier pour utiliser les w.-c. communs. On crève de chaleur en été, on crève de froid en hiver et on se coltine le charbon à travers le colimaçon de l’escalier qui menace d’autant plus ruine que la charge transportée est importante.

En revanche, c’est mieux pour Robert, qui n’a plus tous ces kilomètres à faire ni d’excuses à donner pour ses absences. Pourtant, on ne le voit guère plus. Il est de garde ou de déplacement ou consigné au cantonnement. Dit-il…

Lucienne, elle, ne se sent pas trop bien à Rennes, surtout dans ce quartier excentré peuplé de cheminots et d’employés communaux. Elle n’y connaît personne. Elle est tout de même contente d’avoir un petit jardin, comme les autres locataires. Elle peut s’occuper de quelques légumes, du pêcher, des fraisiers ; elle a des fleurs et les enfants ont de la place pour jouer. Robert a rafistolé la baraque construite par un précédent locataire et qui menaçait ruine, il l’a goudronnée pour la protéger des intempéries, il a cloué, scié, transpiré, juré. Il a installé un banc et un foyer pour faire bouillir la lessiveuse. Elle aime bien les soirées d’été quand, dans le ciel mauve, les martinets se poursuivent en se chamaillant dans des rondes sans fin.

Lucienne n’a pas trop de contacts avec les voisins immédiats. Bonjour !

Bonsoir. Vous allez bien?

Les Lefeuvre sont des retraités de la SNCF, d’anciens cheminots. Le père joue à longueur de journée du trombone à coulisse. Toujours de mauvaise humeur, quand il ne fait pas sa musique, il épie les enfants pour pouvoir se plaindre des tours pendables dont il les accuse. Au bout de l’allée des jardins, une forteresse : Madame Hoyet est une veuve qui a connu des revers de fortune. Elle vit retirée et ne parle à personne. Elle a même fait installer du barbelé sur la porte d’entrée de son potager. De temps en temps, on l’entend hurler parce que le trombone à coulisse l’énerve. Le père Lefeuvre en profite pour jouer plus fort. Parfois, elle offre une framboise ou une groseille charnue à Charles et à Paul en leur demandant s’ils ont de bonnes notes à l’école.

Il y a encore les Eonze qui tiennent le petit bistrot du rez-de-chaussée où Charles va chercher la bouteille de cidre quotidienne. Les odeurs de sciure humide, le parfum du cidre, les consommateurs qui pissent sur le mur d’un appentis lui rappellent l’Aublette. M. Eonze est un ivrogne patenté, le visage allumé, la fraise conquérante et le verbe hésitant ; sa femme est une petite noiraude qui se console avec les clients. On l’entend qui prend son plaisir sans gêne l’après-midi, le matin, n’importe quand. Lucienne a dit aux enfants d’aller plus loin parce que Madame Eonze a ses douleurs. Le soir, elle répète en pouffant son explication à Robert.

Les Eonze ont transformé leur jardin en un boulodrome où se retrouvent les retraités du quartier. Charles adore écouter les boulistes se disputer, les gros mots qu’ils échangent. Il passe des heures contre le grillage qui sépare les joueurs du jardin de Lucienne et de Robert. Certains boulistes le connaissent et l’appellent par son prénom. Il en est fier. Ils lui proposent en riant un p’tit coup d’cid’.

Il y a encore le père Clément, une sorte de clochard, sale comme un peigne, qui dort dans un placard au 2e. On ne le voit jamais. On sent seulement quand il est là et il est alors impossible d’utiliser les toilettes communes qu’il étoile de ses déjections de poivrot.

Enfin, Germaine, occupe une partie de la cave, avant la réserve à charbon. C’est une pauvre fille que le propriétaire a recueillie : elle croit être une princesse Russe et s’habille de tenues extravagantes confectionnées avec des journaux, des sacs à patates, des caisses de fruits, bref, tout ce qui lui tombe sous la main. Elle marche de long en large dans la cour de la maison. S’assoit pour une courte pause sur le billot près du tas de bois et reprend sa marche de reine déchue et ses monologues sans fin. Lucienne lui descend les restes. Quand il y en a. Ou plutôt, elle demande à Charles de les descendre. Elle a le plaisir du geste charitable sans la fatigue des étages. Qu’a-t-elle dit ? Comment était-elle ? Était-elle contente ? Mais raconte donc, Charles !

 

Robert n’est pas souvent là. Les CRS partent deux ou trois fois par an en déplacement : il y a des grèves à Saint-Nazaire, au Creusot, dans le Nord, à Paris, les boulons que les ouvriers balancent contre les gaz lacrymogènes de ce qu’on appelle les forces de l’ordre… Et puis l’Algérie. Des déplacements de trois mois. Pas facile seule avec deux gosses et personne à qui parler. Paul est toujours malade. Quand il n’a pas la rougeole, il attrape les oreillons, fait une bronchite qui évolue vers une pneumonie, il a la grippe plus souvent qu’à son tour, souffre des oreilles, se casse une jambe, se luxe une épaule…

Lucienne ne lit plus de romans. Elle envoie Charles lui chercher au bureau de tabac Le Chasseur français, Bonnes Soirées et Détective, dont elle dévore et redévore les articles, s’abîme devant les photos sépia, ces femmes qui cachent leur visage aux photographes, ces corps assassinés, ces tractions criblées de balles…

Elle est contente de Charles qui travaille bien à l’école des Frères, moins de Paul qui est un peu en retard, mais-il-a-eu-une-naissance-si-difficile !

Pour récompenser son aîné et se désennuyer, elle les emmène au cinéma du patronage, La Cigale, au haut de la rue, près de l’église Saint-Hélier. On voit tous les westerns, les Sinbad le Marin, les péplums de Cecil B. de Mille, Charlton Heston, Tyrone Power, John Wayne… Pendant l’entracte, on passe toujours la même chanson : Mon Dieu quel bonheur, mon Dieu quel bonheur d’avoir un mari bricoleur… Lucienne sourit toujours et les spectateurs dans la salle s’amusent très fort. Charles se demande pourquoi les grands trouvent cette chanson si marrante. Ce n’est pas une chanson pour les enfants, lui a répondu Lucienne. Et puis, les petits garçons bien élevés ne posent pas de question. Remonte tes chaussettes, on ne sort pas avec des chaussettes en accordéon.

Lucienne va tous les dimanches à l’église. Charles fait partie des petits chanteurs à la croix de bois. Charles réussira peut-être sa vie ? Elle veut faire de ses enfants des enfants modèles, différents de ceux du quartier. D’ailleurs, elle leur interdit de fréquenter d’autres enfants. Ses lectures lui donnent des idées : elle les coiffe aux enfants d’Édouard, ils portent des pantalons mi-courts à l’anglaise, une sorte de bermudas à plis avant l’heure. Une cravate avec élastique pour Charles, un nœud papillon pour Paul. Quand on se promène ou quand on va à l’église, on met un gant et on tient le second gant dans cette main gantée. Le chic du chic. Les enfants, ne courez pas, vous allez tomber. Des genoux couronnés, il n’y a rien de plus vilain. Et puis des garçons bien élevés se tiennent correctement dans la rue. On ne regarde pas les gens quand on marche. On ne rit pas dans la rue, tirez sur vos chaussettes, faites un revers…

Elle-même fait des efforts. Elle s’est acheté un manteau en poils de chameau, porte bas à coutures et chaussures à talons hauts. On se risque parfois à aller au cinéma en ville. On descend à pied, on remonte en bus. Lucienne se tord les pieds sur les pavés disjoints des trottoirs de Rennes, mais tant pis, elle ne va tout de même pas se mettre aux chaussures plates comme cette vieille fille d’Hélène !

 

Le dimanche donc, on va à la messe, comme tous les gens bien ; on fait ses Pâques, on salue les prêtres qui s’arrêtent pour échanger quelques paroles onctueuses avec cette jeune dame qui a bien du mérite à élever ses deux enfants, le papa est si loin. Et ce petit Charles qui chante tellement bien à la chorale et qui a de si bonnes notes à l’école des Frères Quatre-Bras, et s’il avait la vocation ; avez-vous pensé à la vocation, chère Madame ?

On passe chez mademoiselle Boissière, l’épicière-mercière, pour acheter deux ou trois babioles, un éclair chez Gautier le boulanger et on rentre, la boîte à gâteaux bien en évidence. Quand Robert est là, Charles va chercher la bouteille de Beaumanoir dominicale à L’Économique du coin : « Bois ton sang si tu as soif » sert de légende à l’étiquette sur laquelle Bayard rend l’âme, adossé à un chêne, l’épée couchée dans l’herbe. Robert a toujours soif : comme Bayard !

Quand elle va à l’église, quand elle fait ses emplettes avec ses deux petits si bien mis, quand elle ramène des pâtisseries, Lucienne touche du doigt ses rêves et se croit une vraie dame. Elle a l’impression que tout le monde les regarde, elle surveille sa démarche, évite de parler fort aux enfants, de les réprimander s’ils se laissent aller à leur spontanéité de petits d’hommes.

De retour à la maison, elle prépare le repas après avoir revêtu de vieux habits et veillé à ce que les enfants se changent. Elle sert le plat et se contente de grignoter. Elle n’a pas faim. Sauf pour l’éclair. Les enfants doivent faire la sieste ou jouer sagement dans la pièce qui sert de séjour et de cuisine. Elle s’enferme dans la petite chambre, lit et relit Détective, soupire, se regarde dans la glace de l’armoire, se jette sur son lit, les yeux grand ouverts, l’esprit vide. Elle pleure. Le temps passe.

 

Le soir, quand les enfants sont au lit, Lucienne croit qu’elle va étouffer.

Sans savoir pourquoi.

 

 

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