Courlis cendré : les populations nicheuses se portent mal en Bretagne

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Brest, mercredi 3 mai 2017, Courlis cendré : les populations nicheuses se portent mal en Bretagne.

Communiqué Bretagne Vivante

 

Son nom breton est « paotr ar saout » : le gars des vaches. En effet, le courlis cendré est un petit échassier au bec recourbé vers le bas, que l’on rencontre parfois au milieu du bétail. Aujourd’hui, il ne reste plus qu’une trentaine de couples de courlis cendrés à nicher en Bretagne et, plus précisément, dans les monts d’Arrée. La population décline à vue d’œil : à ce train-là on ne devrait malheureusement plus entendre son chant flûté dans les landes d’Armorique d’ici une vingtaine d’années. Bretagne Vivante se mobilise pour cet oiseau.

 

Grâce à son drôle de bec recourbé, le courlis cendré peut fouiller la vase ou le sol à la recherche d’insectes, de vers ou de larves. Mais cet oiseau n’est pas toujours au milieu des vaches et des landes du centre-Bretagne. Il les rejoint au début du printemps après avoir quitté les vasières du littoral pour trouver un lieu tranquille où nicher. La chose n’est pas si simple car l’animal est de nature inquiète : il lui faut une belle surface de lande dégagée autour de son nid pour pouvoir repérer le moindre intrus qui s’approcherait. Pour cette raison, les landes fauchées des monts d’Arrée sont très prisées par les courlis. Dès le mois de mars, ils jettent leur dévolu sur une cuvette du sol qu’ils tapissent d’herbes pour pondre quatre œufs verdâtres tachés de gris et de brun.

 

Mais la fragmentation de l’habitat par la transformation de landes en plantations de résineux ou en cultures, l’utilisation des milieux naturels par des sportifs dits de « nature » et leur impact à la saison de nidification, les chiens non tenus en laisse par leurs maîtres qui font des ravages dans les nids de courlis, etc., sont autant de menaces qui pèsent sur l’espèce.

 

Pourtant, les outils de protection sont déjà en place, il suffirait juste de les faire respecter. Une loi interdit la divagation des chiens et l’existence du site Natura 2000 et des APPB (arrêté préfectoral de protection de biotope) devraient faire en sorte qu’aucune rave-party ou multisons ne puissent être organisés sur les monts d’Arrée. Qu’attendons-nous pour que la législation soit appliquée ?

 

Bretagne Vivante et son réseau d’ornithologues se mobilisent tous les ans pour mieux suivre l’oiseau. Des actions sont entreprises pour préserver son habitat avec la création et la gestion de réserves naturelles comme celle des landes du Cragou et du Vergam. Des informations sont envoyées au ministère de l’Agriculture en partenariat avec le Parc Naturel Régional d’Armorique et la communauté des agriculteurs des monts d’Arrée pour qu’une subvention qui permettait de maintenir la fauche des landes soit maintenue dans la nouvelle PAC. Des prises de position sont défendues âprement devant les pouvoirs publics pour que les rave-parties et les multisons ne soient plus autorisés sur les landes des monts d’Arrée. Des projets d’études complémentaires sont actuellement rédigés dans le cadre d’un plan national de gestion de l’espèce pour mieux analyser les raisons de son déclin et intervenir à bon escient.

 

Pour protéger le courlis, Bretagne Vivante a besoin du soutien de ses concitoyens, d’adhésions et de mobilisation. Car si rien n’est fait, le printemps dans les monts d’Arrée ne sera bientôt plus qu’un long silence…

 

La vie d’un poussin de courlis

À leur naissance, courant avril, les poussins de courlis cendré sont priés par leurs parents de quitter le nid pour aller se nourrir sur la zone humide la plus proche. La proximité est importante car les petits ne savent pas voler. Arrivés à destination, la petite famille recherche sa pitance parmi les touffes d’herbes et de bruyères, la tourbe et le bord des mares, tout en gardant un œil sur les environs. Si un intrus s’approche, le mâle, parfois secondé de la femelle, s’envole pour faire diversion et attirer l’intrus dans une direction qui l’éloigne de ses poussins. En s’élevant du sol, le mâle pousse le cri flûté qui lui a valu son nom : « coouu’liiiis, coouu’liiiis… ».

S’il n’y a pas de zones humides à l’horizon, la petite famille se rend sur la prairie la plus proche pour gober les mouches qui vrombissent autour des bouses de vaches. Une fois les juvéniles capables de s’envoler, vers la fin du mois de juillet, tout le monde s’en retourne vers le bord de mer. Le courlis redevient alors kefeleg mor ou « bécasse de mer » et fréquente à nouveau les estuaires et les marais littoraux où le rejoignent ses cousins venus du nord de l’Europe.

© Emmanuel Holder

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