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Publié le: ven, Mai 12th, 2017

République ou communauté bretonne

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Tribune  Libre

République ou communauté bretonne

par Jean-Pierre Le Mat

Nouveaux clivages

         La vie politique française se transforme. L’ancien clivage droite-gauche s’est effacé lors du deuxième tour des présidentielles et nul ne sait si cet effacement est provisoire ou définitif. Durant l’après-guerre, du fait de la bipolarisation entre l’URSS et les Etats-Unis, le clivage droite-gauche apparaissait comme universel. Aujourd’hui, les régimes russes, iraniens ou chinois, les djihadistes, les starts-ups américaines, l’État islamique, les Kurdes, tous ceux qui font l’histoire du monde, ne se situent plus sur une ligne droite-gauche. Les derniers croyants vivent en Europe et en Amérique du Sud.
          Les candidats en présence cherchent à se différencier de diverses façons.
          Le peuple contre les élites ? Peu crédible. Tous les démagogues mettent ce clivage en avant.
          Libéraux contre antilibéraux ? Oui, il y a là quelque chose de plus consistant. 
          Le candidat des banques contre la candidate du peuple ? 
          Le candidat de l’ouverture contre la candidate du repli ?
          La candidate de la souveraineté nationale contre le candidat du dynamisme économique ?

Le désarroi de la gauche antilibérale

          La gauche antilibérale est particulièrement désarçonnée par la nouvelle donne politique. 

        Au cours des années 90, la gauche est passée de l’anticapitalisme à l’antilibéralisme. Il est vrai que le capitalisme a subi une mutation. Naguère industriel et familial (les fameuses “200 familles”), il est devenu financier, anonyme, joueur, imprévisible. Le capitaliste n’est plus celui qui dirige une entreprise, mais celui qui la finance. Et encore… Le nouveau capitaliste a un terrain de jeux qui va bien au-delà de l’économie réelle.
Le Front National, autrefois ultralibéral, est lui aussi devenu antilibéral. Il a un programme de nationalisations. Il veut un État fort et redistributeur. Il est contre la loi El-Khomri. Le MEDEF en a peur. Mais le Front National est aussi antilibéral d’un point de vue ethnique (contre les migrants), culturel (contre le multiculturalisme), moral (contre le mariage pour tous). Cet antilibéralisme total peut être vu comme plus clairement “républicain” qu’une gauche mélenchoniste, certes antilibérale sur l’économie, mais ultralibérale sur les terrains ethnique, culturel ou moral.

Quel projet pour la Bretagne ?

          Le désarroi lié à la remise en cause du clivage droite-gauche atteint aussi l’Emsav. Les organisations politiques bretonnes qui sont nées avant la chute du mur de Berlin sont prisonnières du clivage et, à mon avis, elles auront du mal à s’adapter. 

          Les militants bretons plus jeunes ou plus récents ne se sentent pas limités par les anciennes contraintes idéologiques. Aidons-les dans leur réflexion.
       L’élection présidentielle nous a américanisé, avec un clivage entre souverainistes et libéraux qui ressemble au clivage américain entre républicains et démocrates. Si l’on prolonge les nouvelles lignes de force, le mouvement breton peut prendre deux directions.

           Je m’explique.

        Le national-souverainisme breton est la forme classique de la revendication bretonne, inspirée du républicanisme français. C’est le combat pour obtenir des institutions autonomes et, à l’horizon, un État indépendant. Le national-souverainisme attire des nouveaux venus issus des classes populaires. Nous avons remarqué ce phénomène d’attraction lors du mouvement des Bonnets Rouges.

 

          Le nationalisme libéral est une forme nouvelle, sans doute immature, de nationalisme. Il prend sa source dans le mouvement “communautarien” qui a émergé aux Etats-Unis, ainsi que dans les mouvements indigénistes. Ceux-ci inspirent les avancées sur les droits des peuples autochtones à l’ONU et dans divers pays. Les droits des communautés progressent. Le communautarisme est un spectre qui hante les républicains français. Ne nous alignons pas sur eux. Cette étonnante convergence entre aspiration communautaire et aspiration libertaire correspond à un changement de cycle historique.

         Le cycle de la “modernité” est né au 15ème siècle avec la Renaissance et l’invention de l’imprimerie. L’imprimerie avait permis la diffusion d’un message accessible à tous, mais normalisé. Dans ce cadre ont pu émerger les institutions étatiques, l’État-nation, la démocratie représentative, la production industrielle.

         Le nouveau cycle historique nait avec la globalisation et l’invention de l’internet. Dans ce contexte se constituent des communautés réelles et virtuelles, de nouvelles formes de démocratie, des informations non contrôlées, des alternatives à la production de masse.

          L’objectif du nationalisme libéral est (ou sera) d’inscrire la Bretagne comme un quartier du village global. L’objectif est d’en faire une communauté à la fois réelle et virtuelle, avec ses composantes historiques, économiques, culturelles, linguistiques. Une communauté insolite au sein de laquelle il fait bon vivre. La question des institutions devient secondaire par rapport à celles des initiatives individuelles et collectives, qui sont à la source de projets structurants.

 

        National-souverainisme et nationalisme libéral sont deux aventures très différentes, encore plus différentes que ne l’étaient les revendications bretonnes de droite et de gauche.

         Les plus énergiques adopteront l’une ou l’autre position, en rejetant les compromis qui affadissent les plus beaux projets. Les plus clairvoyants empêcheront que les deux conceptions ne se neutralisent dans la confusion, au détriment de l’intérêt historique de la Bretagne.

JPLM

A propos de l'auteur

- Jean-Pierre Le Mat est chef d'entreprise et auteur. Il a en particulier réédité et complété l'Histoire de Bretagne de Henri Poisson ; Patrick Pearse et l'insurrection irlandaise de 1916 ; les cent vies de l'hermine; Histoire de Bretagne, le point de vue breton ; Enquêtes sur les prophéties de Merlin ; Carnet d'un Bonnet rouge ; Ils ont fait la France. Il anime le site contreculture.org.

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Ce que vous en pensez
  1. Kammed dit :

    Certes la délatéralisation en cours finira par rattraper un mouvement breton assez largement tributaire des schémas du cadre républicain dans lequel il vit, ou plutôt subsiste.

    Qu’une forme de nationalisme libéral succède au national-souverainisme est aussi tout-à-fait envisageable et sans doute souhaitable et il est bon de s’y projeter afin de s’y préparer.

    Que le terme de communauté soit employé avec la réalité qu’il recouvre, cela peut également s’entendre en toute bonne conscience quoiqu’avec précaution : on sait l’utilisation malveillante qui est faite du terme et de ses dérivés, piégés par amalgame partisan avec des notions étrangères à nos réalités : communautarisme, identitarisme etc…

    Car ne nous évaporons pas non plus trop vite dans les évolutions possibles, plausibles ou souhaitables : la Bretagne reste d’abord une “nation historique millénaire”, plus ancienne que la France et la plupart des états européens, qui posséda un Etat en bonne et due forme, mais qui se trouve actuellement quasiment dépourvue ou plutôt dépossédée de responsabilités étatiques normales. C’est à ce titre qu’elle retrouvera ses droits à une existence normale.

    Comme on le sait tous, elle constitua un pays indépendant, puis fut rattachée à la Royauté de France en conservant peu ou prou un régime d’autonomie interne muni de son Parlement, puis fut effacée de la carte par la Révolution, son Parlement dissous et son territoire divisé en départements français.

    Depuis le retour récent de la décentralisation, bien qu’amputée de son département le plus peuplé et le plus industrialisé, une certaine existence régionale bancale lui a été rendue. Elle possède un Conseil Régional élu, alimenté par le budget de l’Etat Central et ne lui laissant à gérer que la misère d’un milliard et demi alors que des régions européennes comparables en gèrent 20 fois plus.

    La Région la plus avancée étant l’Euzkadi espagnole qui bénéficie d’une autonomie financière et fiscale totale lui permettant de prélever elle-même ses impôts, de les utiliser en toute responsabilité pour sa propre gestion, et d’allouer 10% à l’Etat central espagnol pour les frais divers restants : Défense,
    Diplomatie, solidarité avec les régions plus pauvres.

    Même si des chemins différents ne sont pas à exclure, c’est à mon avis dans cette direction – disons d’autonomie fédérale et non pas autocentrée – qu’il faut aller, en travaillant à la responsabilisation de notre Conseil Régional et à sa montée en puissance, dans le cadre du “principe de subsidiarité” prôné par l’UE, consacrant la gradation des responsabilités des différent niveaux administratifs.

    Evolution nécessaire dont trop peu de nos 83 conseillers semblent s’émouvoir.

    Il est vrai aussi que pour le moment, et contrairement aux Corses par exemple, les Bretons n’ont pas encore pris conscience de la nature et des conséquences exactes de leur vote et en particulier de l’impact de la responsabilisation politique de leur Région sur le dynamisme économique et l’emploi.

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