Ruralité et diversité humaine

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Mercuriale de  Juin 2017

par Jean-Pierre Le Mat

Ruralité et diversité humaine

Les citoyens des grandes métropoles se plaisent à donner des leçons de tolérance et de diversité aux populations rurales et périphériques, aux Bretons par exemple.
Ils nous montrent leurs trottoirs, leurs bureaux et leurs cafés, où se côtoient des blancs, des noirs, des personnes de toutes les couleurs.

        Dans leurs télévisions, ils nous répètent tous les jours que nous devrions admirer leur ouverture d’esprit. Ils mettent en avant les “minorités visibles”.

         Je ne suis pas convaincu.
         J’ai participé à des congrès internationaux et j’ai fréquenté des foires agricoles bretonnes.
        Dans les congrès internationaux, il y a certes différentes couleurs de peau. Les congressistes parlent des langues très différentes, même s’ils ont généralement l’anglais pour langue commune. Mais je ne les trouve pas très différents les uns des autres. Ils suivent des modes vestimentaires internationales. Ils portent en général les mêmes vêtements, ou des vêtements de même qualité. Ils ont le même regard. Ils sont de taille comparable. Ils ont souvent des fronts, des nez, des bouches qui se ressemblent.

       Quand la télévision interviewe les citadins des grandes métropoles mondiales, ils ont les mêmes expressions, les mêmes gestes, la même retenue. Contrairement aux ruraux, lorsqu’ils parlent anglais, je n’ai aucun mal à les comprendre. Il y a toujours, dans leurs espoirs, leurs peurs, leurs colères, leurs joies, une sorte d’idéal commun de confort matériel ou intellectuel. Ils ont les mêmes préoccupations et les mêmes ambitions. Ils sont raisonnables. Or la Raison, si chère aux Français, ne porte aucune diversité. Elle est unique et universelle. Les grands citadins semblent construits sur un même modèle raisonnable, unique et universel.

            Pour rencontrer la diversité, allez dans une foire agricole en Bretagne ! Vous ne le regretterez pas.

         Certes, la couleur blanche de la peau prédomine largement. On y voit quelques individus d’autres couleurs, intégrés dans notre communauté par amitié, par adoption ou par mariage. Ce qui est sûr, c’est que j’y rencontre des personnes beaucoup plus diverses que celles que je croise dans les congrès internationaux ou que je vois à la télévision.
           Les vêtements varient selon la richesse et la proximité des villes. Autrefois, au temps où chaque paroisse s’habillait à sa giz, les vêtements étaient encore plus bigarrés. Dans une foire agricole locale, vous pouvez croiser des hommes et des femmes pour qui les modes internationales sont, soit inconnues, soit inaccessibles.
         Regardez les visages de nos compatriotes ! Têtes frêles ou massives, fronts très hauts ou très bas, nez minuscules ou énormes, teint pâle ou rougeaud, mentons fuyants ou en galoche.
            Les débits de parole vont du très lent au très rapide. Ils sont beaucoup plus variés que chez les grands citadins.
Ce sont surtout les regards qui m’étonnent. La couleur des yeux y est sans doute pour quelque chose. Dans ces regards, le soleil des champs et l’ombre des étables se sont imprimés. La fréquentation des animaux a une influence certaine. Il m’est arrivé de deviner que l’un élève des vaches, l’autre des cochons, l’autre des pintades. Quelque chose de l’attitude et des instincts de vos bêtes passe dans votre comportement.

           Outre le regard, le maintien et le geste sont différents. Ceux qui travaillent dans des bureaux ont des gestes qui obéissent à une pensée. Chez les éleveurs, une adaptation aux comportements animaux perce derrière chaque geste. La force physique s’exprime différemment selon que vous avez affaire à un bovin de 500 kg ou à 500 poulets de 1 kg.

          Je retrouve cette diversité dans nos fossés et sur nos talus. Diversité végétale dans le moindre de nos ribin ! La prêle, la fougère, le trèfle, le ray-grass s’y côtoient. Peu de couleurs chatoyantes, mais mille formes, mille stratégies de vie et de reproduction. Le contraire des expositions botaniques internationales.

           Il existe une écologie humaine. Les environnements de ceux qui travaillent dans des grandes entreprises ou des administrations sont suffisamment semblables pour qu’ils finissent par se ressembler, quelles que soient les latitudes, les langues parlées ou les couleurs de peau.
        Les grands citadins sont plus proches les uns des autres qu’ils ne le sont de l’éleveur qui les nourrit. Leur milieu de vie est un amoncellement de matériaux inertes, où tout a une utilité pour l’homme. L’éleveur, lui, est en contact quotidien avec des troupeaux d’êtres vivants non humains. Ses animaux  portent un héritage immémorial de gènes, de comportements et d’instincts.

          Les symboles modernes, inventés par des artistes des grandes métropoles, sont des abstractions qui flattent l’esprit et amusent la raison. Je comprends que mes ancêtres se soit donné des symboles animaux, le sanglier, le cheval de mer, l’hermine. Les très-anciens en ont dessinés sur les parois des grottes. Les vieux symboles entrent en correspondance avec une strate ancienne de notre cerveau.
          Une strate ancienne, primordiale, sur laquelle s’est construite notre identité actuelle de Bretons civilisés.

JPLM

 

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