Trois revendications indépendantistes, vues de Bretagne et d’ailleurs

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Nous avons tendance à penser que les indépendantistes bretons sont les frères des indépendantistes corses ou kanaks. Tous, ils veulent la même chose : une république bretonne, corse, kanak. Ils se réjouissent des progrès chez les autres. De plus, ces indépendantismes se sont structurés après-guerre de la même façon, sous l’influence des mouvements de décolonisation. Par mimétisme, ils ont adopté une idéologie liée aux guerres de libération de cette période. Ils en ont adopté les codes de langage, les mythes, les espoirs.

Cette proximité des différents indépendantismes doit aujourd’hui être repensée. La roue de l’histoire a tourné.

En Kanaky-Nouvelle Calédonie, les accords de Matignon de 1988, confirmés par les accords de Nouméa de 1998, ont donné au territoire un statut spécifique. L’objectif des indépendantistes aujourd’hui est de réussir le référendum d’indépendance de 2018.
Les nationalistes corses ont obtenu un statut spécifique. Ils ont pris le pouvoir à l’assemblée territoriale, et aussi dans le cœur des Corses. Il n’est que de voir les dernières élections législatives : trois députés sur quatre sont nationalistes. L’objectif des indépendantistes est de construire une nouvelle Corse, avec pragmatisme.
En Bretagne, les mondes associatifs et économiques sont dynamiques. Ils portent l’identité bretonne, parfois de façon étonnante. Les initiatives sont très diverses, de Diwan à l’Institut de Locarn.
La revendication politique stagne. Contrairement aux Corses ou aux Kanaks, nous répétons en 2017 les refrains des années 70. Quelques élus se coltinent des problèmes concrets. Ils font avancer les choses à leur niveau et il faut leur en rendre grâce. Les appareils politiques bretons, eux, prennent des positions. Ils assument le rôle du spectateur indigné.

Posons-nous la question des trois indépendantismes à travers un œil français.

L’indépendantisme kanak peut être perçu comme un mouvement de décolonisation. La plupart des Français considèrent que le processus est inéluctable. Il ne remet pas en cause l’identité française. Mieux, si la France accompagne paternellement ce mouvement, les Français auront l’impression d’accomplir leur mission planétaire d’exemplarité démocratique. L’indépendantisme kanak profite de cette image que les Français ont d’eux-mêmes. Pour aider nos amis kanaks, flattons les préjugés français !
L’indépendantisme corse est vécu comme une promesse d’amputation du territoire. La France pourrait y survivre aisément, comme on survit à l’amputation d’un doigt ou d’une main. Mais la perspective est désagréable. Contrairement à la décolonisation, ce serait une défaite, une tâche sur la réputation et sur la mythologie française. Les indépendantistes corses ne peuvent s’attendre à aucune sympathie de la part des Français. Dénonçons le racisme anti-corse !
Vu de Paris, l’indépendantisme breton est encore moins acceptable que les deux autres. Il est en contradiction avec l’idée même d’identité française. Ce n’est pas une amputation, mais un attentat contre l’existence même de la France républicaine. L’indépendantisme breton, à la différence des deux premiers, est lié à un scénario d’effondrement. Il est impossible de persuader un bon Français que l’indépendance de la Bretagne peut être conforme aux droits de l’homme, au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, ou à la démocratie. Pour lui, l’existence de la France “métropolitaine” prime tous ces grands principes. C’est plus que l’enjeu catalan pour l’Espagne, qui est un pays décentralisé. C’est plus que l’enjeu kurde pour la Turquie, dont les frontières ne datent que de 1923.

L’indépendantisme breton est une volonté, mais ce n’est pas un projet du XXIe siècle. Pour qu’il devienne un projet, il faut autre chose que des slogans d’il y a 50 ans. Avant même l’action, il faut savoir vers où se diriger. L’entreprise nécessite une réflexion stratégique sur les forces et les faiblesses actuelles de la Bretagne, mais aussi sur les opportunités à saisir. De la réflexion émergeront des perspectives adaptées aux opportunités. Le soutien pratique que nous pourrons solliciter dépend de la compréhension que nos amis auront du projet breton.
A mon avis, si la France évolue à l’allemande, le souverainisme breton devra emprunter la route de l’économique et du culturel, dans un cadre européen.
Si la France évolue à la grecque ou à la vénézuélienne, ou si l’Europe connait le destin de l’empire soviétique, la sécession politique peut devenir un projet crédible.
Lors du précédent effondrement de la France, entre 1940 et 1945, les indépendantistes bretons ont tenté leur chance. En l’absence d’une telle situation, que faire pour que la perspective offerte aux Bretons soit autre chose qu’une volonté contrariée ?

1 COMMENTAIRE

  1. Ce qu’on peut lire comme conneries quand même…

    Les “indépendantismes”, surtout quand ils sont assortis d’arguments de garantie de richesse suffisantes, n’est que l’aveu d’un égoïsme, d’une avarice.

    “Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part”

    Ah oui: je vis en Calédonie, mes enfants tous majeurs y sont nés….. Histoire de préciser que je sais de quoi je parle… Et leur mère est née à Guérande…

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