La Catalogne ou « la démocratie par le bas »

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Les efforts des défenseurs de l’Etat-nation pour légitimer le blocage des aspirations démocratiques du peuple catalan appellent quelques réflexions. Dans la sphère médiatique, nous entendons les sachants nous vendre l’idée que le processus déclenché par les Catalans pour recouvrer l’indépendance ne serait pas légitime, qu’il constituerait  une entorse à la constitution comme à la démocratie espagnole.

Mais de quelle légalité et de quelle démocratie parle-t-on ?

Doit-on concevoir que la démocratie espagnole, qui ressemble fort à la conception française de la « démocratie par le haut », permet de réduire à néant le principe de base du droit international qu’est le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ?

A l’évidence non. Ce que nous voyons outre-Pyrénées c’est la violence et les coups de matraques que produit la « démocratie par le haut ». Selon cette conception de la démocratie, c’est le pouvoir représentant l’ensemble du corps électoral de l’Etat-nation, qui détermine ce qui est bon pout tous. Libre à lui de spolier les droits des minorités ou des vieux peuples soumis à son bon vouloir, au sein d’une Constitution aux allures de corset. Selon cette logique, un peuple n’est pas légitime à obtenir le droit de décider de lui-même, de son indépendance ou de son degré d’autonomie. Ainsi l’Espagne s’est opposé au statut d’autonomie voté par le parlement de Catalogne et refuse aux Catalans le droit de voter sur leur indépendance. C’est encore cette « démocratie par le haut » qui soutient l’Etat français dans son refus de reconnaître les peuples corse, breton, basque et de les laisser décider des choses qui ne concernent qu’eux, comme le devenir de leur langue ou l’unité administrative de leur territoire historique. Elle légitime le cadre institutionnel spoliateur auquel nos peuples de l’hexagone sont soumis au plus grand profit de la centralité parisienne. « La démocratie par le haut » est une démocratie confisquée au profit du pouvoir central et de ceux qui dominent. Si elle nous offre le loisir de voter de temps à autre, c’est pour mieux nous faire disparaître au sein d’un espace politique national.

N’oublions jamais que la démocratie a légitimé les pires formes d’abomination, comme la colonisation ou l’extermination des indiens d’Amérique. Elle peut fort bien masquer des formes d’exploitation coloniale persistantes et ce, malgré l’égalité formelle

 

Notre avenir est dans la « démocratie par le bas » ou la capacité des entités humaines à prendre à bras le corps les problèmes qui les concernent. Le fédéralisme suisse, générateur de paix et de prospérité, en est le modèle. C’est la véritable démocratie qui ne se retourne pas contre elle-même et se concilie aisément avec les grands principes du droit international. Si un peuple souhaite une plus large autonomie et bien libre à lui d’en décider.

l’Etat-nation, ce legs politique du temps révolu du cheval, se fissure de partout à l’ère du numérique. Ils tremblent ses partisans qui inondent l’espace médiatique pour défendre le cadre institutionnel dont ils tirent grand profit. Ils tremblent à l’idée saugrenue que la Corse, le pays basque ou la Bretagne choisissent enfin de s’occuper de leurs affaires. Ils ne voient pas que c’est la violation des droits humains qu’ils assument, au nom d’une démocratie dévoyée, qui nourrit la rancoeur et l’envie de faire bande à part.

 

Yvon OLLIVIER

Juriste, auteur.

1 COMMENTAIRE

  1. C’est de loin l’article le plus intelligent – et le plus percutant !- que j’aie lu sur ce sujet depuis qu’on en parle.
    Bravo Yvon !
    Marcel Texier

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