Madrid et la Catalogne : l’Europe doit enfin ouvrir les yeux

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Samedi 4 novembre 2017,

TRIBUNE  LIBRE

Madrid et la Catalogne : l’Europe doit enfin ouvrir les yeux

 

 

Après les graves atteintes aux libertés d’expression et d’information déjà constatées dans plusieurs États d’Europe centrale ces dernières années, l’incarcération par la justice espagnole des membres du gouvernement catalan pour des actions politiques non-violentes est une atteinte sans précédent aux principes démocratiques qui ont fondé la construction européenne il y a plus de soixante ans. La question qui se pose aujourd’hui n’est déjà plus celle de l’indépendance de la Catalogne, elle est celle de la démocratie et de l’Europe, de la démocratie en Europe.

 

Nous qui vivons ici, une histoire tragique nous relie à la Catalogne. En 1940, le dernier président d’une république catalane, Lluis Companys, était arrêté par la Gestapo à La Baule-Escoublac en Loire-Atlantique, où il avait trouvé refuge, puis livré avec la complicité de la police de Vichy aux troupes franquistes qui le passèrent par les armes sur les collines de Barcelone. Ses derniers mots furent : « Per Catalunya ! (Pour la Catalogne!) ». En 2017, l’ « encastillement » du gouvernement catalan ramène d’un coup à la surface « ce passé qui ne passe pas ».

 

Jusqu’à présent, les dirigeants français et européens ont manqué de lucidité. Pensent-ils que les indépendantistes catalans, parce que leurs élus sont aujourd’hui en prison, vont fléchir et renoncer à leur rêve de souveraineté ? C’est méconnaître l’histoire de la Catalogne et son peuple. Croient-ils sérieusement que les agissements de l’État espagnol sont de nature à permettre un apaisement et l’instauration d’un dialogue ? S’imaginent-ils que l’image de l’Europe, en Catalogne et bien au-delà, sortira indemne d’une attitude fuyante consistant à détourner le regard.

 

Si la volonté du gouvernement de Madrid de sortir de cette crise par la voie politique était réelle, pourquoi a-t-il rejeté la médiation que lui proposait le gouvernement du Québec (qui n’est pas indépendantiste mais fédéraliste) ? La réalité inavouable est que Monsieur Rajoy préfère à la table des négociations l’écran de fumée de la légalité constitutionnelle qui lui permet de dissimuler à l’opinion européenne comment lui et son parti ont joué les pyromanes en dénonçant en 2011 le contrat de confiance que son prédécesseur à la tête du gouvernement espagnol et le parlement catalan avaient conclu et fait valider par référendum pour faire évoluer le statut politique de la Catalogne.

 

S’ils ont un tant soit peu de considération pour les authentiques démocrates espagnols qui veulent débarrasser définitivement leur pays des fantômes du franquisme, les dirigeants européens, français en premier lieu, doivent intervenir auprès de leurs homologues de Madrid pour obtenir la libération immédiate des prisonniers politiques.

 

Herri GOURMELEN et Christian GUYONVARC’H, anciens membres du Conseil régional de Bretagne

 

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