Comment un militant breton peut-il participer à la vie publique ? par Jean-Pierre Le Mat

(Suite de la mercuriale précédente sur les prises de position. Après le constat, les pistes possibles) 

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POINT DE VUE

(Suite de la mercuriale précédente sur les prises de position. Après le constat, les pistes possibles)

Seuls 34% des Français sont satisfaits de la façon dont fonctionne leur démocratie, contre 73% d’Allemands. Les Bretons ne sont pas les seuls à s’inquiéter du fonctionnement de la démocratie française.

L’engagement politique

Celui qui veut participer à la vie publique pense d’abord à l’engagement politique. Du conseil municipal au Conseil régional, à la Chambre des députés ou au Parlement européen, des centaines d’instances organisent, balisent, hiérarchisent la vie en société.
La démocratie politique française se présente en trois cercles concentriques. Le premier cercle est celui des élus. Ils prennent part aux décisions. Plus l’élu se rapproche du centre, plus il est contraint de passer par le deuxième cercle, celui des partis politiques. Elus et partis politiques sont influencés par le troisième cercle, composés par des acteurs indirects du jeu politique : think-tanks, associations, ONG, lobbys, médias. La société civile se situe au-delà du troisième cercle.

Le dialogue social

Celui qui a soif de démocratie n’est pas contraint de se tourner vers la politique. Il existe ce qu’il est convenu d’appeler le “dialogue social”. Dans cet espace, le deuxième cercle est constitué, non par les partis politiques, mais par les syndicats. Ils sont présents dans les conseils d’administration de la CAF, de la Sécu, de Pole Emploi, des fonds de formation, des chambres consulaires, de la médecine du travail, etc. Ils sont juges aux prudhommes.
Les partenaires du dialogue social ne sont pas des centaines, mais seulement huit. Cinq du côté des organisations de salariés : CGT, CFDT, CFTC, FO, CFE-CGC. Trois du côté patronal : MEDEF, CPME (ex-CGPME), U2P (ex UPA).

“En même temps” …

Pour être élu au-delà d’un mandat local, il est recommandé d’adhérer à un parti de gouvernement. Pour l’instant, à la différence de la Corse ou de la Catalogne, il n’existe pas de partis bretons qui soient des partis de gouvernement crédibles. Dans le dialogue social, c’est pareil. Nous n’avons pas de syndicats représentatifs. Le SLB, syndicat des travailleurs bretons, ne décolle pas. BreizhTPE, syndicat de très-petites entreprises bretonnes, est récent sur la scène sociale.
Face à cette carence, je ne m’étonne pas que des militants bretons qui veulent intervenir dans les premiers cercles de la politique ou du social adhèrent à des partis français ou à des syndicats majoritaires. Il y a des places à prendre et du travail à faire.
Je sais bien que cette attitude est souvent considérée comme de l’opportunisme ou de la trahison. L’entrisme est condamné par les gardiens des temples idéologiques ou identitaires.
Les double-adhérents ont une tâche ingrate. Ils doivent gérer l’écart entre leurs convictions et leurs appartenances. Ils doivent être utiles “en même temps” (comme dirait Emmanuel Macron) à la Bretagne et à l’organisation qui les mandate.

Sortir nos mouvements politiques du cercle vicieux

La réflexion sur l’avenir de la Bretagne semble avoir déserté nos partis politiques. Elle est le fait d’individus, comme Yvon Ollivier ou Yannik Bigouin, et de think-tanks, comme Bretagne Prospective ou l’Institut de Locarn. Nos partis n’existent qu’en prenant des positions tranchées sur tout. Le clivage apocalyptique (le camp du bien contre celui de la catastrophe écologique ou sociale) n’aide pas à réfléchir ; c’est une machine à fragmenter. Elle sépare, sans aucun exercice d’intelligence ni de tolérance, ceux qui sont pour ou contre NDDL, pour ou contre les éleveurs de cochons, les compteurs Linky, les mines, le code du travail, le capitalisme, l’indépendance,…
Mathématiquement, 10 revendications peuvent susciter 1024 combinaisons différentes. En cas d’intolérance maximum, je vous laisse imaginer le nombre de partis politiques…
Je ne vois pas comment rompre le cercle vicieux de la fragmentation et de la surenchère (je suis plus bretonnant que toi, plus écolo, plus à gauche, plus féministe, plus compassionnel, plus-plus-plus…). Si quelqu’un a une solution, je suis preneur.

Démocratie directe !

De nombreux modes d’expression sont accessibles : manifestations de rue, pétitions en ligne, votes sur internet, vidéos sur Youtube, discussions sur Facebook, commentaires laissés sur le site d’un grand journal.
La démocratie ne se réduit pas à la liberté d’expression. Il faut aussi pouvoir décider au pays. Les décisions qui concernent la vie publique disposent de nouveaux moyens, qui simplifient les procédures et les référents traditionnels. Les écoles numériques, la démocratie liquide, le référendum local, l’économie solidaire, Ti-Lab, blockchain, les monnaies virtuelles peuvent court-circuiter les institutions officielles, ou cogérer la vie publique. Le phénomène n’en est qu’à ses débuts. Encore faut-il organiser -et d’abord faire connaître- les circuits alternatifs.

Trois pistes pour participer à la vie publique…

 

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Jean-Pierre Le Mat est chef d’entreprise et auteur. Il a en particulier réédité et complété l’Histoire de Bretagne de Henri Poisson ; Patrick Pearse et l’insurrection irlandaise de 1916 ; les cent vies de l’hermine; Histoire de Bretagne, le point de vue breton ; Enquêtes sur les prophéties de Merlin ; Carnet d’un Bonnet rouge ; Ils ont fait la France. Il anime le site contreculture.org.

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