Jean-Philippe Smet, alias Johnny Hallyday, a imprégné incontestablement des générations de… Français. En grande majorité, les fans de l’idole se sentent très français. Et pour cause, Johnny inspire l’unité de l’Etat comme peut l’être l’équipe de France de football à certains moments. Johnny, c’est aussi cette « Belgique » wallonne très française, plus française que de nombreux territoires au sein de l’Etat français et ô combien différente de sa voisine flamande fédérées encore dans un même Etat.

La froideur d’une étude sociologique scientifique démontrerait probablement le degré de francisation des Bretons à travers la prégnance des références populaires dans les foyers. Sous un angle purement géopolitique, la Wallonie est aussi peu représentée sur le plan international que la Bretagne, il est donc difficile de rivaliser. Car, c’est en effet l’existence internationale d’un Etat, et non de ses artistes, qui créent les hérauts nationaux. Il est tout à fait probable qu’autant d’Américains connaissent Alan Stivell que Johnny Hallyday ; ce dernier prenant pourtant les Etats-Unis en modèle, bien que lui-même peu anglophile. En accentuant le trait, on pourrait évoquer la carrière du harpiste Myrdhin, disque d’or en 1998 et nommé aux Grammy Awards en 2000, ayant effectué de belles tournées dans le monde, est sûrement aussi connu jusqu’au pays du soleil-levant que Johnny Hallyday  ; alors même que beaucoup de Bretons ignorent ici son existence.

Le New-York Times revient toutefois sur la longue carrière du rockeur français. « Il a ensorcelé le public pendant presque soixante années, avec ses reprises en français de morceaux de rock américain et sa turbulente vie en dehors de la scène. » Le journal probablement surpris par l’ampleur de l’hommage rendu en France rappelle que Johnny Hallyday a enregistré des disques à Nashville, que Jimi Hendrix a fait sa première partie en 1966 et qu’il a travaillé avec les guitaristes Jimmy Page et Peter Frampton mais que « ces efforts n’ont pas éveillé l’intérêt des publics anglais et américains ».

Le décès de Johnny renverra pour certains Bretons au contraste exprimé par Morvan Lebesque dans la Découverte ou l’Ignorance : c’est celui de l’actualité médiatique face à celle du terrain. Un monde cloisonné que l’on peut rencontrer à tous les niveaux de la société, ignorer toute sa vie ou, au contraire, investir : entre cultures déracinées, entre hérauts nationaux qui s’ignorent les uns des autres… et imprégnations médiatiques forcées qui font des mondes qui « se mondialisent » mais ne se voient pas entre eux. Les milieux culturels ou politiques bretons croyant réellement imposer leur existence dans la société globale renvoyaient à cette parfaite illustration du propos, en 2016 à Nantes, avant le coup de départ de la manifestation pour la réunification de la Bretagne sur la place de la Petite-Hollande : d’un côté des ganivelles de la place, le marché musulman rassemblant des centaines de personnes où la langue vernaculaire n’est ni le français et encore moins le breton ou le gallo, de l’autre la forêt de Gwenn-ha-du des partisans politiques de la réunification, et aux abords du boulevard croisant les rassemblements une famille célébrait en terrasse de bar un mariage au son de Johnny Hallyday… Et chacun dans son environnement physique, familier et culturel immédiat, vivant sans voir l’autre autour d’une place rebaptisée paradoxalement « Place de la Réunification » pour l’occasion.

Et même dans la planète rock, de Bill Haley, Bo Diddley, Eddie Cochran, Buddy Holly, Jerry Lee Lewis, Chuck Berry, Elvis Presley, Little Richard… jusqu’aux guitares des Stray Cats, de Led Zeppelin… il est peu probable que le Johnny national français s’y fraie un chemin. L’idée n’est bien sûr pas de critiquer, surtout en cette période où beaucoup rendront le juste hommage à cet homme qui a fait vibrer des milliers de fans et qui continuera à le faire du haut de ses 60 années de carrière de rock ‘n roll. Le sujet n’est pas là.

Et que dire des nouvelles générations à ce sujet ? Elles sont déjà si loin de « l’idole des jeunes » et de bien d’autres, étant partout et nulle part.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here