Notre-Dame-des-Landes. Réaction de David Robo, maire de Vannes, et décryptage

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Vannes, jeudi 18 janvier 2018, Notre-Dame-des-Landes. Réaction de David Robo, maire de Vannes, et décryptage

 

Voici la réaction de David Robo, parue dans le quotidien Ouest-France.

« Je suis vraiment très en colère. Je ne m’attendais pas à cette décision qui plus est avec les arguments donnés par le Premier ministre. Il fait fi du référendum qui a donné lieu avec 55 % à une large mobilisation, il fait fi des 179 recours de justice gagnés par le syndicat mixte, il fait fi de ce qui va se passer avec des recours qui seront faits pour Nantes Atlantique ce qui ne permettra pas d’agrandissement des pistes avant des années. Il parle de délester une partie du trafic vers Rennes mais c’est une ville déjà en pleine expansion. Aujourd’hui les Bretons sont pénalisés, les Bretons sont oubliés. On a bien là une vision parisienne des choses. »

Il n’y pas eu de large mobilisation des pro-aéroports à Notre-Dame-des-Landes, leurs manifestations n’ont pas dépassées les 1000 personnes. Nous sommes bien loin des dizaines de milliers d’opposants au projet. Le référendum ? C’était une consultation locale influencée par des élus et des médias faisant front commun. Malgré l’orientation des votes, elle n’a obtenu qu’une courte majorité. Le Grand-Ouest lié à l’intitulé officiel du projet, « aéroport grand-ouest », n’a pas été interrogé ; sa moitié Est (la partie Est du Maine, ni l’Anjou, ni la Basse-Normandie) étant tournée vers les grands aéroports internationaux franciliens. Cette même consultation n’a pas plus été adressée aux habitants de la Bretagne occidentale, par ailleurs totalement délaissée au profit des métropoles de Nantes et Rennes. Les élus français martèlent le Grand-Ouest, l’étalent en long et en large à longueur d’année, mais ne se risquent pas à tester sa réalité.

Les 179 recours de justice gagnés par le syndicat mixte ? Oui, sur des détails, pour gagner du temps. En face, nous avons l’indiscutable décision de destruction de milieux naturels et d’espèces protégées. Or, M. le Maire, ne fait même pas respecter la loi sur sa propre commune quand il s’agit de préserver l’environnement. Les exemples ne manquent pas ces jours-ci où des espaces naturels sensibles sont détériorés de manière irréversible en dépit des coûteux rapports d’étude d’impacts commandés par le Parc Naturel du Golfe démontrant qu’il ne fallait pas toucher un seul brin d’herbe. Il n’y a donc rien d’étonnant de le voir passer à côté de l’impact écologique dans le dossier de NDDL.

Les recours possibles contre l’agrandissement de Nantes-Atlantique ? Rares sont les riverains venus élire domicile près de cet aéroport avant sa construction. Ils habitent à proximité en tout état de cause : l’aéroport était censé se développer dès le départ. Désormais, la nouvelle orientation des pistes ne devrait pas aggraver le bruit lié au survol des habitations.

Les Bretons sont pénalisés ? Tiens, cette fois David Robo abandonne le Grand-Ouest et la vision parisienne. C’est l’hôpital qui se moque de la charité. Les Bretons sont pénalisés par eux-mêmes : rien ne les empêche de défendre des liaisons aériennes, ferroviaires, routières, sans se tourner vers Paris .

 

« Aujourd’hui, un Locminois va prendre sa voiture pour venir jusqu’à la gare de Vannes, après il va prendre le train jusqu’à Paris, puis le métro ou le RER… On rate une chance historique pour le développement de la Bretagne. Quand j’ai vu le Premier ministre je lui ai parlé du fret essentiellement. On est une région agricole qui produit mais aussi qui transforme à travers l’industrie agroalimentaire, et ça part par semi-remorques. On sait que l’éco taxe reviendra, à moyen terme, sur la table. Comment vont faire nos entreprises alors qu’aujourd’hui il n’y a pratiquement pas de fret à Nantes et un petit peu à Rennes ? Nos produits partent de Roissy-Charles de Gaulle et d’Orly. »

Beaucoup d’hypocrisie encore une fois ! Quelles sont les voies ferrées existantes pour se rendre à NDDL déjà ? Aucune. Il aurait fallu tout bâtir et cela n’entrait même pas dans le coût des opérations. Et puis, c’est plutôt mal venu de la part d’un maire qui a raté la reconstruction du quartier de la gare de Vannes et de ses voies d’accès, le tout au profit de résidences pour les retraités franciliens. Le Fret ? Jamais David Robo n’a souhaité relancer le cabotage, le fret ferroviaire, et surtout il n’a jamais évoqué un « plan B » dans le but de développer un véritable aéroport international sur un site aéroportuaire existant. Il y a des choix possibles qui n’excluraient pas la Bretagne occidentale (en sachant toujours que l’Est de leur Grand-Ouest n’aurait jamais utilisé NDDL). Enfin, si M. Robo ne voulait pas d’une nouvelle centralisation parisienne, il ne fallait pas favoriser la peu utile et très onéreuse pour les Bretons ligne LGV, entre Paris et les villes bretonnes. C’était une porte ouverte à tous les excès centralistes que nous subissons déjà (flambée du prix de l’immobilier, exil des actifs, balnéarisation du territoire, saccage de l’environnement, désocialisation par un bâti palliatif, artificialisation des terres…).

« Nous sommes sacrifiés et je ne vois pas pourquoi. S’il y a un dossier qui fait consensus chez les élus, c’est celui-là. Les financements sont là, le projet est prêt… On nous annonce une évacuation de la ZAD au printemps, je rappelle que cela va jusqu’à fin juin ou encore que certains pourront rester. Il y a un manque de courage, de vision claire. Le Premier ministre parle de division mais il n’y en a pas. À part peut-être au sein du gouvernement avec Nicolas Hulot qui, j’en suis persuadé, a mis sa démission dans la balance. »

Son ex-parti politique aux commandes n’a pris aucune décision, pas plus que M. Robo n’en avait encouragé une. Alors, je pense qu’il devrait se taire désormais.

« On a déjà été sacrifié lors du redécoupage territorial. On se gargarisait d’être restés une région à quatre départements. Et, aujourd’hui, on s’aperçoit que l’on est la plus petite région française après la Corse et qu’on ne pèse plus. Ce n’est pas demain qu’il y aura des répercussions pour le trafic passager et fret mais dans les décennies à venir. »

Un découpage voulu par son parti politique lorsqu’il a été élu, qui est resté inchangé dans la réforme du PS. La séparation de la Loire-Atlantique à la Bretagne, l’Etat-major militaire du IIIème Reich l’avait voulue et Pétain n’avait pas appliqué son fameux décret de juin 1941, qui fut de toute façon abrogé après-guerre. L’UDR, un ancêtre de LR, et le PS ont repris et validé ce découpage à plusieurs reprises (création des préfectures de région, création des Conseils Régionaux…).

 

Nous avons ici le discours typique de l’élu se parant de couleurs bretonnes pour dissimuler une insondable mauvaise foi politique.

Un aéroport international était et est toujours possible : il suffit de considérer la société bretonne à travers son intégrité humaine, historique, l’ensemble naturel de la péninsule, sa réalité économique sur ses 5 départements et d’intégrer son influence aux zones limitrophes. Pour cela, il faut se défaire d’un Grand-Ouest aussi fantoche qu’ethnocide dans sa finalité. Puis, il s’agit d’engager un minimum de courage politique pour défendre un site existant, proche des voies de communication réelles. Et cela, M. Robo en est très loin. Il préfère défendre un Grand-Ouest quand ça l’arrange et rattacher la Bretagne à l’Île-de-France. Il n’est pas étonnant ensuite que l’on nous fasse dépendre des aéroports parisiens. « la vision parisienne » qu’il pointe du doigt, c’est la sienne ! C’est celle que lui et son prédécesseur, François Goulard, a rendu majoritaire à Vannes par un remplacement délibéré de la population.

 

Bertrand Deléon

 

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