Santez Sev rejoindra son frère à la Vallée des Saints en 2019

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Lundi 22 janvier 2018, Le Télégramme l’annonçait le 10 janvier dernier : Sainte Sève ( Santez Sev) aura sa statue à la Vallée des Saints, rejoignant la centaine de géants qui seront alors dressés sur la Tossen sant Weltaz.

 

Le projet de faire réaliser une statue de Sève, patronne de la commune, dans le cadre du projet de la Vallée des Saints de Carnoët, a vu le jour en 2016. Un collectif s’est aussitôt mis en place, autour de Jean-Paul Jacq, regroupant des personnes motivées et attachées à l’histoire de la commune et de la Bretagne. Le collectif a mis en place diverses opérations de communication et des visites sur le site. La bonne nouvelle a été dévoilée, à l’issue de la messe en breton, par Jean-Paul Jacq : le financement de ce projet, à savoir des promesses de dons pour un montant de 15.000 €, est acquis avec 15.565 €, soit 104 % à ce jour.

Parmi les donateurs, au nombre d’une centaine, on trouve des personnes privées, de nombreuses associations sainte-sévistes, des entreprises implantées sur la commune ou ailleurs mais celle qui a acquis le statut de Grand Mécène et qui signera donc le contrat de réalisation est la société Brémat SARL, implantée à Penprat avec un don de 7.500 €.

Réalisation de la statue en juin 2019
La statue sera réalisée en juin 2019 car le carnet de commande est rempli pour l’exercice 2018, qui verra la célébration des 10 ans de la Vallée des Saints, déjà riche de presque 100 statues. Saint Piran sera en effet la centième statue installée sur le site, après un périple allant des Cornouailles à la Bretagne. Pour l’instant,  dans la carrière de Trenoweth, à Mabe, près de Falmouth, les sculpteurs David Paton et Stéphane Rouget travaillent à leur oeuvre monumentale.

Jean-Paul Jacq, très satisfait d’annoncer la validation du financement, a, par ailleurs, évoqué la subtilité suivante : « Il subsiste un mystère concernant sainte Sève car on sait peu de chose sur ” lui ou elle “. Plusieurs spécialistes l’ont décrit comme un homme et d’autres comme une femme ». Le Télégramme s’interroge :

Était-elle fille de Hoël 1er, roi de Domnonée (les 2 Bretagne) et de sainte Koupaia (Pompée), soeur de saint Tugdual, évêque, l’un des sept fondateurs de la Bretagne christianisée, soeur de saint Lunaire (Léonor) et de Hoël II ou plutôt était-il un des compagnons et disciples de Pol Aurélien ? Alors Sant Seo ou Santez Sewa ? La réponse dans 18 mois…”
Frère Albert Le Grand, hagiographe breton, né à Morlaix en 1599 et décédé en 1641 à Rennes, la meilleure source à ce jour puisque nous n’avons pas d’autres traces, rapporte qu’il s’agit bien de la soeur de Saint Tudwal. Dom Lobineau en parle aussi dans son hagiographie des saints de Bretagne. De même dans leurs recherches, GF Hacherez, Joseph Loth ou Alan J. Raude indiquent cette parenté (cf nos publications sur Tudwal et Sève). Un coup d’oeil concernant Tugdual dans la patrologie latine montre qu’il n’est mentionné qu’une seule fois dans un martyrologe au 30 novembre… mais rien de plus… et sa sœur pas du tout !

Cependant, nous renvoyons aussi à la publication d’André-Yves Bourgès, hagiographe, que  vous pouvez retrouver sur ce lien et dont nous reproduisons une partie ci-après :

 

 

[…] le nom porté par la commune de Sainte-Sève nous est bien connu par un certain nombre d’attestations, dont les plus anciennes, Sentseguot ou Sents egnot (selon les lectures) et Santhequo, – lesquelles figurent respectivement dans un acte de 1128 et dans la vita brève de Tugdual, elle-même sans doute composée peu après ce texte auquel elle semble répondre –, peuvent être réduites sans difficultés à la forme bretonne toujours en usage, Sant-Seo. Or, le nom de Seuua, que porte la sœur de Tugdual dans la vita longue de ce dernier, – ouvrage sans doute composé au XIIe siècle –, est philologiquement distinct de celui de Seo, lequel s’avère en outre opiniâtrement appartenir au genre masculin comme le confirme notamment le toponyme Parc-Sant-Seo, en Melgven (Finistère).

Il convient donc de le dire haut et fort afin d’éviter tout risque de confusion : si tant est qu’il faille proposer à la vénération des touristes la statue d’une sainte, c’est de Seuua qu’il convient alors de parler ; à moins que les habitants de Sainte-Sève n’aient également en projet d’ériger une seconde statue, celle de leur saint éponyme, sant Seo, projet pour lequel ils pourraient peut-être solliciter le soutien d’une certaine marque de machines à café !

Quoi qu’il en soit, l’historicité de ces personnages est inaccessible à l’historien : s’il fallait malgré tout émettre un avis en terme de probabilité, nous dirions que celle-ci nous semble moindre s’agissant de Seuua, « sainte de papier » connue par sa seule mention dans le dossier hagiographique de Tugdual, où elle joue les utilités,  comparée à Seo, certes sans attestation littéraire, mais dont le culte est clairement inscrit dans l’hagio-toponymie bretonne, qu’elle soit continentale, avec le village de Lanzéo, à la Chapelle-Neuve (Côtes-d’Armor), ou insulaire, avec le manoir de Landsev, en Cornwall.

[…]
Nous avons vu dans le cas de Saint Merec que nous ne pouvons nous contenter de la seule constatation du culte ou de la seule hagio-toponymie pour conclure à l’existence ou à la non-existence d’un saint. Cette sainte a-t-elle donc vraiment existé ?

La tradition au moyen-âge voulait qu’à chaque saint on associe systématiquement une sainte. Que Tudwal / Tugdual ait donc sa soeur à la Vallée des Saints permettrait au minimum de perpétuer cette tradition.

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