Après le -ñ- de Fañch, c’est le -c’h- de Derc’hen qui est refusé à l’état-civil

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Mercredi 24 janvier 2018, Vous vous rappelez du petit Fañch dont le prénom avait été refusé à l’état-civil en raison du tildé posé sur le N, orthographe bretonne non-reconnue ? Une pétition en ligne avait été lancée par Culture Bretagne, qui signalait :

Visuel C’H : Anne Floc’h (DR)

Même si cette affaire à de grande chance de faire jurisprudence, ce n’est cependant pas encore réglé, l’administration française doit maintenant amender ou supprimer le texte de la circulaire. Si nous nous arrêtions là, le problème se reproduirait très rapidement avec une autre famille, la pétition va donc continuer, et elle va être envoyée au garde des sceaux (le changement de gouvernement en cours ne facilitant pas les choses).
La pétition qui recueille plus de 4000 signatures à ce jour, est toujours en ligne (vous pouvez donc toujours la signer), alors même qu’une affaire similaire émerge, mais cette fois en Ille-et-Vilaine. Les parents du petit Derc’hen n’ont pu orthographier le prénom de leur enfant né au mois d’août 2017. Le procureur et l’état civil de la mairie de Rennes refusent le c’h. Et si certains se disaient ignorants de la procédure pour apposer un n avec un tildé (ñ), c’est quand même un peu moins compliqué pour mettre une apostrophe entre deux lettres. Ou sinon, faut se poser des questions. Bien sûr, les mêmes arguments légaux ressortiront : “Ce n’est pas de notre faute. Mais c’est la circulaire de 2014 qui nous impose que…”.  

Je signe la pétition

Exit désormais les Guyomarc’h, Le Cléac’h, Argouarc’h, Floc’h, Belbeoc’h et Hellegouarc’h. Kenavo les Derc’hen, Marc’han, Goulc’han et autres Marc’harid. On vous la coupe… l’apostrophe. Après la vague du tildé, c’est donc sur une autre spécificité de la langue bretonne que s’attaquent les nouveaux hussards noirs.

Pour la petite histoire et la culture personnelle de chacun, il faut savoir que l’apostrophe a été introduite en 1659 par le père Julien Maunoir dans son ouvrage Le Sacré-Collège de Jésus (livre de catéchisme en breton, avec dictionnaire, grammaire et syntaxe), et cette nouvelle distinction a alors permis d’améliorer la correspondance graphie-phonie. Malheureusement, l’abandon de l’apostrophe dans la francisation des noms bretons est une erreur courante qui a compliqué les prononciations. Ainsi, Derc’hen, est un ancien prénom breton devenu nom de famille que ce soit sous cette forme ou sous la forme de Derrien. Le nom est issu de Dergen en vieux breton, nom attesté d’un fils du roi Alan Veur, ou Alain Ier. On retrouve le diminutif Derriennig en breton qui donne Derriennic sous sa forme francisée. Mais comme vous pouvez le constater, plus possible d’utiliser certains noms bretons. Même les plus vieux. Déjà qu’on prononce Pinmare pour Penmarc’h, Floque pour Floc’h, Le Cléache pour Le Cléac’h, Brèque pour Brec’h ou encore Craque pour Crac’h. Là, on simplifie, quitte à débretonniser plus encore les noms : on vire carrément l’apostrophe.

Depuis plusieurs mois Skoazell Vreizh (Secours breton) soutient la famille du petit Fañch, né à Quimper. Cette dernière a lancé une procédure d’appel en justice après que le procureur de la de la République a refusé d’orthographier correctement en breton le prénom Fañch (refus du ñ). L’association vient d’être alertée pour ce cas similaire provenant de la mairie de Rennes,, comme le rapporte le quotidien Ouest-France de ce jour :

Skoazell Vreizh publie le courrier des parents du petit Derc’hen.

« Mon mari et moi-même venons si possible chercher auprès de vous un peu d’aide. Le 21 août 2017 est né notre petit garçon. Nous avions depuis six ans déjà choisi son prénom qui était Derc’hen. Lors de la déclaration de naissance, l’apostrophe a été refusée par la mairie de Rennes. Nous avons donc décidé de saisir le procureur. »

Impossible d’exercer un recours
Le procureur, indique le quotidien, a refusé l’apostrophe du prénom. La famille a donc dû choisir sans attendre le prénom pour respecter les délais de déclaration de naissance. « Nous avions le choix entre changer de prénom (impensable pour nous) ou l’orthographier Derchen. La mairie nous avait spécifié qu’il serait possible d’avoir recours par la suite. Nous avons donc décidé d’appeler notre fils Derchen. » Seulement, il s’avère par la suite qu’il est impossible d’exercer un recours.

« C’H » pourtant très répandu en breton »
Skoazell Vreizh a immédiatement contacté la mairie de Rennes.

« Une personne élue de la majorité municipale nous a bien confirmé les faits et devrait nous communiquer l’argumentation juridique du procureur pour expliquer son refus du « C’H » pourtant très répandu en breton. Le chef de cabinet du maire nous a écrit que Nathalie Appéré a bien reçu notre alerte et qu’elle devrait nous apporter des informations dans « les meilleurs délais ». Il apparaît dans cette affaire que visiblement les services de l’état civil de Rennes n’ont pas avisé les élus municipaux au moment de l’intervention du procureur. »

« Sans nouvelle du ministère »
Le c’h, (prononcez c skrab h pour dire la lettre), se rapproche de la jota espagnole ou du Ch allemand.

« Ce refus du C’H est sans doute une première », écrit Charlie Grall, président de Skoazell Vreizh Skoazell Vreizh « car de nombreux prénoms bretons ainsi que des noms de famille s’écrivent avec un C’H et n’ont pas, à notre connaissance, posé de problème ces dernières années. Une fois de plus il semblerait que le procureur s’appuie sur la circulaire ministérielle de juillet 2014 listant les signes diacritiques autorisés pour l’état civil afin de justifier son refus. Skoazell Vreizh est intervenu (Journal du 14 décembre 2017) auprès de la garde des Sceaux et ministre de la Justice, Mme Nicole Belloubet, pour lui demander de modifier cette circulaire comme l’ont fait quelques députés bretons de la majorité présidentielle. À ce jour nous sommes sans nouvelle du ministère qui n’a hélas pas encore accusé réception de notre courrier. En attendant, deux familles qui ont librement choisi des prénoms bretons pour leurs enfants sont dans l’embarras, font face à des tracasseries et subissent une discrimination linguistique intolérable. »

Tudwal Ar Gov

 

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