Les Bretons, l’apostrophe et le déficit d’élite bretonne

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jeudi 25 janvier 2018, Suite à la vague d’indignation, justifiée, concernant le refus du tildé sur le prénom Fañch puis concernant l’apostrophe pour Derc’hen, une question mérite d’être posée. Les Bretons réclament à raison que soit respectée la graphie originelle, comme ils réclament des droits bafoués (qu’ils attendent en vain depuis des siècles), une promotion de la langue bretonne qui peine à être reconnue.

Les batailles vont bon train, et chacun s’épuise à demander désespérément au maître qu’il accorde d’une main ce qui a été supprimé auparavant. Mais comment ne pas s’étonner que les Bretons, faute d’être autonomes, n’aient pu créer une élite capable de s’intégrer dans tous les rouages de la vie publique, de manière à faire avancer les dossiers comme ce fut le cas dans le contexte d’après-guerre ?

Car au final, si une telle circulaire a pu être mise en application, c’est bien parce que les élus des cultures dites régionales n’ont pas été fichus de monter au créneau le moment venu, considérant peut-être que l’affaire n’était pas d’Etat. Si la considération des prénoms bretons n’est pas de mise dans les services, c’est aussi qu’un certain déficit de transmission de l’amour de la Bretagne se fait jour. Ouest-France rapportait il y a deux jours que, grâce à l’Ofis publik ar brezhoneg des stagiaires du Centre de formation de la formation publique territoriale (CNFPT) reçoivent des cours de langue bretonne, ce qui va dans le bon sens et évitera peut-être les écueils que nous constatons. Mais si la langue bretonne n’est pas autant promotionnée dans nos écoles publiques ou privées et perd du terrain malgré le travail acharné de quelques-uns, c’est bien parce qu’au plus haut niveau des services de l’Education Nationale, les Bretons ont déserté les postes-clés et ne s’engagent pas à chaque niveau. Si l’on ignore les enfants qui seront les adultes de demain, comme cela a été et est toujours le cas en de si nombreux endroits, sans minimiser les responsabilités des services de l’Etat, disons que si l’on retrouve aujourd’hui derrière les guichets ou à plus haut niveau des bretons (ou pas) qui n’ont aucune conscience bretonne ou de la Bretagne, cela relève donc bien plus de la responsabilité des bretons que l’on ne prétend croire.

Cela est valable pour le monde médiatique qui, depuis que Patrick Le Lay a quitté le navire TF1, n’a pas été à même de générer une télévision bretonne digne de ce nom, capable d’inverser la tendance à l’instar de ce qui s’est fait au Pays de Galles. Seule la webtélé bretonne Brezhoweb essaie de garder le cap, sans que les bretons eux-même ne se saisissent de cet outil mis à disposition pour les nouvelles générations.

On ne peut se plaindre, apostropher les manquements, et en même temps déserter les postes-clés sous prétexte que tout ne serait pas comme nous le souhaiterions. A l’époque du CELIB, ce Comité d’étude et de liaison des intérêts bretons fondé en 1950, il y avait une vision. Les fondateurs ont pu, profitant du plan de reconstruction et du plan Marshall, redonner un nouveau souffle à la Bretagne qui accusait un grand retard sur le plan économique, elle qui était pourtant une nation des plus riches et prospères d’Europe avant d’être essorée principalement à partir de Louis XIV.

Y a-t-il des héritiers du CELIB ? A-t-on une vision à ce jour ou préférons-nous regarder passer le train, en nous révoltant car il ne s’est pas arrêté pour nous ? Pensons-nous à l’avenir ou nous contentons-nous du présent ?

“Ne vous demandez pas ce que la Bretagne peut faire pour vous, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour la Bretagne”.
A ce jour, les actions pour la Bretagne se font sur la dimension métapolitique. Mais dans la vie publique même, les Bretons travaillant pour la Bretagne sont pour beaucoup aux abonnés absents. On aura beau jeu d’accuser ensuite les services de l’Etat, qui ne fait que suivre les règles du droit français, tandis que les Bretons ont toujours ce train de retard, incapables de s’unir pour avancer et faire reconnaître des droits fondamentaux inhérents à l’humanité et à ses peuples. On est heureux lorsque l’on daigne nous concéder chanter le Bro Gozh ou brandir le Gwenn & Du, eux qui furent interdits en un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. On est heureux lorsque l’on clame un Bevet Breizh démontrant une opiniâtreté qui finalement se contente des miettes quand il pourrait y avoir le pain.

Immanquablement, si les Bretons ne sont pas capables de prendre en considération ce constat, de former une élite capable d’engager ensemble un projet commun, le dynamisme et l’efficience de l’élément breton diminueront et finiront par disparaître. Et alors, ce ne seront plus simplement les Fañch et les Derc’hen qui disparaîtront de l’Etat-Civil, mais bien tout ce qui fit la Bretagne, alors que le cercueil du dernier bretonnant franchira la porte du cimetière, au son du binioù … seul rescapé d’une culture qui aura été.

Tudwal ar Gow

www.argedour.bzh

 

 

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