Le président de l’assemblée de Corse s’est vu poser une question étonnante par madame Appoline de Malherbe

Le dialogue espéré par les autonomistes, dans le cadre de la visite en Corse du président de la république au début du mois, n’a pas eu lieu. Avec style et aplomb le chef de l’état en personne est venu bien montrer qu’il n’y avait pas à discuter. Manœuvre médiatique imparable à laquelle a naturellement participé, avec émotion et une grande dignité, la veuve du préfet assassiné. Plus inquiétante était la participation de monsieur Jean-Pierre Chevènement, opposant farouche à la ratification de la Charte des Langues régionales, langues dont il semble très bien s’accommoder de la disparition. En voyant monsieur Macron montrer de la sympathie pour le diable, les défenseurs de celles-ci ont compris qu’ils vont continuer à tirer la langue. On se perd quand même en conjectures sur la capacité de l’état à faire donner des leçons de cohésion nationale par un ancien ministre de la défense qui, dans le passé, a pris la tangente pour ne pas faire la guerre que lui demandait son président de l’époque. Ce rapprochement augure mal de l’évolution de la synthèse macronienne.

Le miroir aux alouettes constitutionnel pour la Corse

Dans une vraie fausse ouverture, le président s’est déclaré favorable à l’inscription de la Corse dans la Constitution. Plus que le passage vite expédié contre la « co-officialité » mais pour le bilinguisme (tout en omettant de chercher comment le préserver), c’est cette offre de constitutionnalisation qui fait le lien avec une des préoccupations majeures : celle de la langue Corse, et des langues « régionales » en général. Et, pour ceux qui s’y intéressent, c’est en effet inquiétant. Car les langues régionales sont inscrites dans la constitution comme appartenant au « patrimoine de la France » depuis 2008. Au vu des résultats, ou simplement de l’absence d’actions pour préserver vraiment ce patrimoine, on peut se demander si, sous le symbole constitutionnel, ne se cache pas un enterrement de première classe. Face à cela, la « co-officialité » d’une langue n’est pas forcément nécessaire. Mais les corses ont raison de la demander. Car l’inscription dans la constitution n’a suscité aucun volontarisme national, bien au contraire. Aux dernières élections présidentielles, un seul candidat potentiel avait évoqué cette charte, ancienne promesse de campagne de François Hollande : le breton François de Rugy.

Mais pourquoi résister au « progrès » parisien ?

La participation de monsieur Chevènement était en elle-même un signe suffisamment éloquent du niveau d’attention que pourrait accorder le président aux langues régionales. Mais, coïncidence ou non, c’est dans le battage médiatique autour du déplacement en Corse que s’est sans doute le mieux réexprimé le point de vue « parisiano-centré » sur le sujet. Le 4 février 2018, sur la chaîne BFM TV, dans l’émission « Et en même temps », le président indépendantiste de l’assemblée de Corse a rappelé son refus de la disparition du peuple corse « en tant que tel, avec sa culture, avec sa langue ». La réponse est venue sous forme de question par madame de Malherbe : « au fond, si l’histoire va dans ce sens-là pourquoi s’arcbouter ? qu’est-ce qui fait que ce serait un problème au fond d’évoluer ? ». Cette interrogation s’adresse, en réalité, à tous ceux qui se sentent concernés par les cultures et langues régionales.

C’est la même chanson, comme d’habitude

Sans aller jusqu’à imaginer la journaliste en question ricaner sottement aux points de vue réducteurs sur les régions lors des pince-fesses parisiens d’un entre-soi jacobin, on peut s’inquiéter de son intention. Quinze ans de vie professionnelle et familiale peuvent faire évoluer l’esprit, mais ce n’est pas garanti. Elle a quand même été, dans sa jeunesse, soutien officiel de Jean-Pierre Chevènement pour les présidentielles de 2002. Il semble bien qu’elle fasse partie de ceux qui envisagent sereinement la disparition des cultures et langues régionales. C’est son droit le plus strict. Il y a des siècles, un des plus brillants esprits du royaume de France, d’origine auvergnate, a écrit que « le cœur a ses raisons que la raison ne connait point ». Et, dans leur belle diversité, les humains ne prennent pas les mêmes choses à cœur. De même la perception par chacun de ce qui est raisonnable peut varier en fonction des individus et des sujets. Le dialogue entre ceux qui défendent ce qu’ils aiment et ceux qui n’en voient pas l’intérêt est compliqué. Cela nécessite pondération et respect mutuel. Au travers d’une question où la perfidie n’est sans doute pas absente, la journaliste de BFM TV semble reprocher aux défenseurs des langues régionales un refus d’évoluer. Pour un peu, Monsieur Talamoni se faisait traiter d’attardé refusant le monde moderne et les bienfaits de la lumière normalisatrice centrale… C’est révélateur de l’habituelle rengaine condescendante envers les particularismes régionaux. C’est comme d’habitude et certains ne jouent pas à faire semblant.

Sens de l’histoire et évolution

Pourtant, qui peut vraiment dire dans quel sens va l’histoire ? Exercice difficile qui se résume souvent à décréter la direction qu’il devrait prendre « inéluctablement » au vu d’une analyse et d’intérêts personnels. Par nature, on n’est soumis qu’au sens pris par l’histoire passée, le futur restant à écrire. La question est de savoir lequel est le plus intéressant à construire. Faut-il penser celui-ci dans un référentiel étriqué, quelque peu franchouillard, où il serait « normal » d’achever une uniformisation culturelle intérieure aussi centrée sur la capitale qu’inutile ? À quel besoin cela répondrait-il à part celui de politiciens à qui la vente de fantasmes d’unité nationale menacée permet d’apparaître à bon compte comme des sauveurs à élire ? Quel sens cela aurait-il alors que le besoin ressenti est celui- d’une intégration européenne accrue aux cotés de pays qui, en grande majorité et, curieusement, sans s’être décomposés, ont ratifié et appliquent la Charte des Langues Régionales ? Sont-ce les particularismes régionaux qui menacent l’unité nationale ou est-ce leur étouffement progressif sous un mépris insidieux qui pousse certains à ne voir leur chance que dans l’indépendance ? Les réponses à ces questions devraient permettre de mieux identifier ceux qui devraient songer à évoluer.

 

Sources des images : sites internet de la Collectivité Territoriale de Corse et de l’Observatoire du Journalisme

1 COMMENTAIRE

  1. Pour faire bouger les choses ,il va falloir sérieusement réagir
    /Users/A/Desktop/Capture d’écran 2018-02-12 à 23.15.23.png
    Le thème était sur la Corse et l’on a parlé aussi de la Bretagne voici une capture d’écran (lien ci-dessus)montrant le sourire du journaliste réagissant aux propos de Bidalian
    pour Rennes l’exemple était la rue Jacques Cartier
    ces personnages ne doivent pas savoir que le Canada a été “reconnu” découvert en 1534
    le traité “d’union” de la Bretagne et la France est de 1532
    Jacques Cartier , n’en déplaise à ces guignols n’était pas français

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.