Nantes en Bretagne, un marqueur pour deux cultures

Réunification de la Bretagne

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Se suffire des affirmations administratives, c’est choisir Homer Simpson contre Hugo, Flaubert, Balzac, Stendhal ou Chateaubriand.

Les découpages administratifs ont versé Nantes, Le Croisic, Guérande ou Chateaubriant dans la région «Pays de Loire». En revanche, les châteaux de Chambord ou de Chenonceaux ont échoué dans une région «Centre», bref nulle part.

L’UNESCO définit le Val de Loire de façon plus respectueuse et plus documentée que des gouvernants français, pour qui les solidarités et les appartenances régionales sont inconnues.

Les cultures consolident l’humanisme. Elles permettent de prendre de la distance, et donc de la liberté, par rapport aux pouvoirs politiques et administratifs.

Entre culture bretonne et culture française, il existe des zones communes. L’ignorance que Nantes est bretonne est un formidable marqueur d’inculture bretonne, mais aussi d’inculture française.

La preuve ?

Consultons les auteurs français du XIXe siècle les plus connus. Lisons -ou relisons- Victor Hugo (Quatre-Vingt-Treize), Gustave Flaubert (Par les champs et par les grèves), Alphonse Daudet (Cécile), Stendhal (Mémoires d’un touriste), Paul Féval (Le loup blanc, La fée des grèves), Eugène Sue (Les mystères du peuple), Honoré de Balzac (Béatrix, Un drame au bord de la mer). Et nous pourrions en rajouter bien d’autres…

Ces grands écrivains connaissent Nantes et la situent en Bretagne. Ils connaissent aussi l’histoire de Bretagne.

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«Nous étions à l’extrémité du Croisic, une mignonne presqu’île de la Bretagne ; nous étions loin du port, dans un endroit que le fisc a jugé tellement inabordable, que le douanier n’y passe presque jamais».

(Honoré de Balzac. Un drame au bord de la mer)

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«A quelques cents pas de Guérande, le sol de la Bretagne cesse, et les marais salants, les dunes commencent. On descend dans le désert des sables que la mer a laissés comme une marge entre elle et la terre, par un chemin raviné qui n’a jamais vu de voitures. Ce désert contient des sables infertiles, les mares de forme inégale bordées de crêtes boueuses où se cultive le sel, et le petit bras de mer qui sépare du continent l’île du Croisic. Quoique géographiquement le Croisic soit une presqu’île, comme elle ne se rattache à la Bretagne que par les grèves qui la lient au bourg de Batz, sables arides et mouvants qui ne sauraient se franchir facilement, elle peut passer pour une île».

(Honoré de Balzac. Béatrix)

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«Nous voici bien loin de notre humble Berry, où j’ai pourtant retrouvé, dans la mémoire des chanteurs rustiques, plusieurs romances et ballades exactement traduites, en vers naïfs et bien berrichons, des textes bretons publiés par M. de la Villemarqué. Revendiquerons-nous la propriété de ces créations, et dirons-nous qu’elles ont été traduites du berrichon dans la langue bretonne ? Non. Elles portent clairement leur brevet d’origine en tête. Le texte dit : En revenant de Nantes, etc.»

(George Sand. Promenades autour d’un village)

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«- Moi, madame, dit le chevalier, selon les ordres de Votre Altesse, je suis parti pour la Bretagne, et, arrivé à Nantes, j’ai ouvert mes dépêches et pris connaissance de mes instructions.»

«- Eh bien ? demanda vivement la duchesse.»

«- Eh bien ! madame, reprit d’Harmental, j’ai été aussi heureux dans ma mission que messieurs de Laval et de Pompadour dans la leur. Voici l’engagement de messieurs de Mont-Louis, de Bonamour, de Pont-Callec et de Rohan-Soldue. Que l’Espagne fasse seulement paraître une escadre en vue de nos côtes, et toute la Bretagne se soulèvera».

(Alexandre Dumas. Le chevalier d’Harmental)

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«Le roi vit que d’Artagnan ne voulait pas parler.»

«- Je vous ai fait venir, monsieur le capitaine, pour vous dire d’aller préparer mes logements à Nantes.»

«- À Nantes ? s’écria d’Artagnan. »

«- En Bretagne.»

«- Oui, Sire, en Bretagne».

(Alexandre Dumas. Le vicomte de Bragelonne)

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«Les larves de la légende et les monstres de l’histoire, tout avait passé sur ce noir pays [la Bretagne]. Teutatès, César, Noël, Néomène, Geoffroy d’Angleterre, Alain-gant-de-fer, Pierre Mauclair, la maison française de Blois, la maison anglaise de Montfort, les rois et les ducs,les neuf barons de Bretagne, les juges des Grands-Jours, les comtes de Nantes querellant les comtes de Rennes, les routiers, les malandrins, les grandes compagnies, René II, vicomte de Rohan, les gouverneurs pour le roi, le ‘bon duc de Chaulnes’ branchant les paysans sous les fenêtres de madame de Sévigné, au quinzième siècle les boucheries seigneuriales, au seizième et au dix-septième siècles les guerres de religion, au dix-huitième siècle les trente mille chiens dressés à chasser aux hommes».

(Victor Hugo. Quatre-vingt-treize)

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«Nantes est placée sur un bras fort étroit ; ce fleuve, là comme ailleurs, est toujours gâté par des îles. Vis à vis des chantiers, ce bras de la Loire est rejoint par un autre beaucoup plus large. J’ai pris une barque pour le remonter, mais j’avais du malheur aujourd’hui. Pour toute conversation, mon vieux matelot m’a demandé dix sous pour boire une bouteille de vin, ce qui ne lui était pas arrivé, dit-il, depuis quinze jours. C’est sans doute un mensonge, le litre de vin coûtant cinq centimes à Marseille, doit revenir à quinze centimes tout au plussur les côtes de Bretagne. Mais peut-être l’impôt est-il excessif. Nos lois de douane sont si absurdes !»

(Stendhal. Mémoires d’un touriste)

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«- Maudit soit, entre tous les jours maudits, le jour où tu mourras, ô Bretagne ! Maudite soit la main qui touchera l’or de ta couronne ducale ! Maudit soit le Breton qui ne donnera pas tout son sang avant de dire ‘le roi de France est mon roi !’»

«- Où est-il, ce Breton ? s’écria Aubry.»

«Maurever le regarda d’un air sombre.»

«- Tu es jeune ; tu verras cela ! dit-il ; une malédiction est sortie de cette tombe où dort monsieur Gilles. Tu verras cela ! Nantes, la riche, et Rennes, l’illustre, et Brest, et Vannes, et le vieux Pontivy, et Fougères, et Vitré, seront des villes françaises.»

«- Jamais !».

(Paul Féval. La fée des grèves)

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«Nantes était alors la capitale de ce rude et vaillant pays qui gardait son indépendance entre deux empires ennemis la France et l’Angleterre. Nantes était une ville noble, mirant dans la Loire ses pignons gothiques, et fière d’être reine parmi les cités bretonnes.»

(Paul Féval. La fée des grèves)

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«Voici, monsieur, l’état au vrai des opinions en Bretagne, répondit Salaün Lebrenn ; une fraction notable de la bourgeoisie de Rennes et de Nantes appartenant à la religion réformée inclinerait à une République fédérative selon la tradition protestante du siècle dernier.»

(Eugène Sue. Les mystères du peuple)

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«Nous marcherons sur Rennes, afin de porter secours au peuple et à la bourgeoisie révoltés ; les autres chefs, à la tête des paysans du rayon de Nantes et de Quimper se porteront, de leur côté, sur ces villes aussi soulevées. Dès lors, maîtresse de la Bretagne, comme elle l’est sans doute déjà à cette heure de la Guyenne, du Languedoc, de la Saintonge et du Dauphiné, l’insurrection victorieuse imposera le CODE PAYSAN au clergé, à la seigneurie, et ses réformes à Louis XIV !… LA TERRE DOIT APPARTENIR A CEUX QUI LA CULTIVENT !».

(Eugène Sue. Les mystères du peuple)

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«Et il leur racontait son temps de forgeron à l’usine d’Indret, alors qu’il s’appelait simplement Roudic, car ce nom de Labassindre qu’il portait était le nom de son village La Basse-Indre, un gros bourg breton des bords de la Loire».

(Alphonse Daudet. Cécile. Mœurs contemporaines)

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A chacun de choisir ses références, entre les géants de la littérature et les petits marquis de l’arrogante inculture.

Jean Pierre Le Mat

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