L’ancien journaliste Fañch Broudig a annoncé sur son blog la création d’un site pour rendre sa thèse de doctorat accessible à tous. Elle est intitulée « Évolution de la pratique du breton de la fin de l’Ancien Régime à nos jours ». Il l’a soutenue en 1993. L’essentiel du texte a été publié dans un livre de 1995, aujourd’hui épuisé*. Sans perspectives de réédition, et disposant de chapitres inédits, l’auteur a eu la bonne idée de mettre ses écrits en ligne. Le travail a débuté en février et se fera progressivement. Seules quelques pages peuvent pour l’instant être consultées. Un moteur de recherche, bienvenu, est mis à disposition.

Fañch Broudig précise que des mises à jour ponctuelles à ces textes de 1993 pourront être proposées dans le cadre de cette publication numérique. La mise en page se révèle plus attrayante et aérée que celle de la version « papier ». Compte-tenu de son niveau, le contenu s’adresse plutôt aux érudits et autres chercheurs. Pour les autres, comme nous, se plonger dans un tel monument de connaissances peut demander un peu d’effort. Et le risque de compréhension partielle, ou d’interprétation partiale, n’est pas nul. Mais, la conclusion reste une source de réflexions pour tous ceux que le sujet intéresse.

Une conclusion qui interroge

Dans le livre issu de la thèse, l’auteur souligne le rôle essentiel de l’état, par le biais de l’école, dans la substitution du français au breton. Mais il met également en exergue une participation active des bretons dans cette démarche, et donc leur part de responsabilité dans la situation actuelle de la langue bretonne. La mise en ligne est l’occasion de se remémorer le coté peut être un peu « urticant » de ce constat. C’est un sujet intéressant de discussion. Fañch Broudig énonce que le changement de langue n’a pu se faire qu’à cause d’un « profond mouvement d’opinion » allant dans ce sens. Il ne manque pas d’exemples. Il écrit également que « chacun considérait d’abord son intérêt personnel ».

25 ans après, y aura-t-il des compléments ou des développements à sa conclusion ? La somme des renoncements individuels de chacun, face à ses difficultés du quotidien ou ses propres aspirations, fait-elle une volonté partagée ? On pouvait chercher, pour soi où ses enfants, à sortir de l’enfermement qu’a pu représenter la langue bretonne sans pour autant vouloir que plus personne ne la parle. C’est ce que semble illustrer le paradoxe d’une population parlant de moins en moins sa langue historique mais considérant majoritairement qu’il faudrait qu’elle puisse se perpétuer. Dans quelles conditions des locuteurs sont-ils amenés à répudier leur langue maternelle ? On pourrait s’interroger sur les responsabilités de l’état, directes ou indirectes, dans ce qui a abouti à un tel contexte.

Le site : http://www.la-pratique-du-breton.org/#

* “La pratique du Breton de l’Ancien Régime à nos jours”,Fañch Broudic, Presses Universitaires de Rennes / CRBC – 520 pages – 16,5 x 24 cm – Parution : avril 1995

1 COMMENTAIRE

  1. Bonjour,
    Je reviens d’un voyage à l’étranger en famille. À mon retour, en faisant ma revue de presse, j’ai eu la surprise de découvrir sur 7seizh.info un billet sur l’initiative que j’ai prise de mettre ma thèse en ligne et en accès libre sur un nouveau site internet dédié : http://www.la-pratique-du-breton.org. Ce post signé de la rédaction la présente comme “une bonne idée” et comme une invitation à “lire et à relire les écrits de Fañch Broudig”. Sympa.
    L’auteur du post, qui a manifestement lu l’ouvrage paru aux PUR en 1995 sous le titre “La pratique du breton de l’Ancien Régime à nos jours”, souligne que la mise en page se révèle “plus attrayante et plus aérée” que celle de la version papier. C’est effectivement la démarche que je tente.
    Il estime par ailleurs que le contenu s’adresse “plutôt aux érudits et autres chercheurs” tout en ajoutant que “pour les autres comme nous, se plonger dans un tel monument de connaissances peut demander un peu d’effort” au risque – est-il écrit – de la mécompréhension. En se rangeant dans la nombreuse cohorte des “autres comme nous”, il n’intègre certes pas les milieux de la recherche, mais s’il a lu la thèse dans sa version papier, c’est qu’elle n’est pas illisible et que bien d’autres doivent pouvoir le faire. L’intérêt d’une publication en ligne est aussi que chacun peut aisément orienter sa lecture en fonction de ses centres d’intérêt.
    7seizh.info considère que les constats que je produis et les analyses que je mets en avant dans la thèse ont un côté “un peu urticant”. S’il est un adjectif auquel je ne m’attendais pas à propos de mes recherches, c’est bien celui-là. Il me plaît bien finalement. Je n’ai pourtant pas cherché à être urticant ! Si j’en suis venu à remettre en cause des assertions pas toujours bien étayées ou quelque dogme trop bien établi, ce n’est que par incidence, après avoir accumulé suffisamment de matériau pour ça.
    Et pour bien le comprendre, il faut se remettre dans le contexte des années 1980…
    [Pour ne pas être trop long, je vous invite à lire la suite sur mon blog : http://www.langue-bretonne.org]
    Fañch Broudic

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