Depuis le début de l’année un sujet fait parler dans la presse quotidienne régionale. A l’occasion des vœux de nouvel an, le maire de la cité du Ponant a annoncé vouloir étendre sa métropole aux communes alentour. L’argument avancé n’est en fait qu’une hypothèse, celle où l’état se mettrait en tête de remettre en cause le statut de métropole pour Brest.

Y-at-il vraiment un risque ?

Le problème c’est que rien ne vient soutenir cette affirmation. Si personne, opposition municipale comprise, ne remet en question la crainte dont fait part François Cuillandre, il n’étaye en aucune façon son hypothèse. Pour l’instant, celle-ci fait figure d’un lancement de rumeur dont le but reste à déterminer. Ce n’est pas l’intérêt des futurs administrés qui est mis en avant. Dans l’attente d’éléments complémentaires, des interrogations surviennent.

Le maire-président de Brest Métropole dit craindre une relégation en deuxième division. Ce n’est pas injustifié, mais n’est-ce pas déjà un peu le cas ? Ce serait a priori moins par une dévalorisation des petites que par une valorisation des grandes. Cela concernerait 5 métropoles dont la fusion avec leur département est envisagée par le gouvernement, dont Nantes et la Loire-Atlantique. Faut-il se sentir menacé de devoir admettre que l’on ne joue pas dans la même cour ? Est-ce si grave ? À l’image de son équipe de football, on serait déjà contents si Brest brillait en deuxième division.

Il y a bien eu fin 2017 l’annonce de l’arrêt du Dispositif Pinel pour Brest. Un aménagement d’un an a été obtenu jusqu’à fin 2018 pour les permis de construire posés en 2017. Mais cette décision concernant un dispositif fiscalement couteux pour le gouvernement peut aisément se comprendre par les 6075 logements vacants affichés à Brest par l’INSEE. Difficile de croire qu’il y aurait une quelconque « tension » sur le marché locatif brestois. Il suffit de voir le nombre de petites-annonces pour s’en convaincre. Le souci posé par la fin du dispositif Pinel à Brest c’est que cela complique une politique, considérée comme simpliste par l’opposition, de construction de logements neufs pour faire revenir des habitants dans la commune de Brest. Ce problème n’est pas au niveau de la métropole.

Est-ce que la taille compte vraiment ?

Le maire semble baser son inquiétude sur le fait que la métropole de Brest est la plus petite de France. Mais est-ce bien un problème ? On peut lire dans la presse l’idée d’une dérogation pour la métropole brestoise. Certes, elle n’était pas dans les critères de transformation systématique définis par la loi initiale en janvier 2014 (plus de 400000 habitants, dans une aire urbaine de 650000 habitants).

Mais, au vu des compétences qu’elle exerçait déjà, en pointe dans ce domaine, et comme centre d’une zone d’emplois de plus de 400 000 habitants, elle était tout à fait en droit de le demander. Il convient de préciser que la zone d’emplois prise en compte par l’INSEE pour Brest inclus Saint-Pol-de-Léon. A moins de vouloir un déséquilibre flagrant est-ouest en Bretagne, il était du simple bon sens de le lui accorder. Cette situation n’a pas changé. Les éventuelles compétences qu’elle n’aurait pas exercé auparavant lui ont de toute façon été transférées. Et la population de la zone d’emplois de Brest a légèrement augmenté de 2009 à 2014, malgré sa propre contre-performance.

Une problématique plus locale.

On peut entendre et lire, ici et là, une théorie comme quoi les habitants des communes de la périphérie brestoise profiteraient des prestations de la métropole sans en payer le prix. D’une part, promettre plus d’impôts n’est pas la façon la plus positive de promouvoir le projet d’extension. D’autre part, c’est très vite dit. Pour le CHRU on attend de voir son poids dans le budget de la métropole. Hors de celle-ci, pas de bus et pas de tramway. Quant à l’ARENA ou à l’aéroport, c’est payant pour tout le monde. Cette démarche poserait une autre difficulté. S’il faut étendre la métropole à tous les usagers de l’aéroport ou des salles de spectacle, on va sortir du département. Une telle affirmation reste donc à prouver. Elle est néanmoins très intéressante. Car elle indique que, plutôt qu’une menace externe, le problème est local.

Le verdict démographique de l’INSEE est (encore) tombé. Si l’on devait identifier une « malade » dans la métropole ce serait Brest elle-même. Depuis trente ans, la population brestoise diminue, heureusement de moins en moins vite, alors que celle du Finistère augmente, en particulier dans les communes autour de Brest. Sous un projet de métropole agrandie pourrait bien se cacher un problème communal de manque d’attractivité, se traduisant par une fièvre hégémonique. La responsabilité n’en incombe pas aux municipalités de la couronne brestoise. On pourrait écrire longuement sur les problèmes brestois (ce que l’on fera peut-être). On se contentera ici d’évoquer la possibilité que leur résolution puisse dépasser le niveau municipal, dont les services sont unifiés avec ceux de la métropole. D’où peut être le projet d’élargir le cadre d’action. Quelle solution apporterait un agrandissement quelque peu artificiel de la population de la Métropole ?

Avec bon sens, les représentants des intercommunalités concernées font preuve de circonspection. C’est le cas du Président de la communauté de Landerneau-Daoulas, très réservé. Cela n’empêche pas d’autres, comme la Presqu’ile de Crozon de vouloir s’intégrer à Brest Métropole. Qu’apporterait concrètement, et à qui, de passer de 200000 habitants à 400000 ? Au bilan, plutôt que « quel est l’intérêt pour Brest Métropole ?» la question à laquelle il va falloir répondre c’est « quel est l’intérêt concret pour les habitants ? ».

Quelles conséquences ?

Il faut quand même reconnaître à Brest, et ses représentants, la qualité d’être « force de proposition » pour la pointe bretonne. Leur projet est sur la table et il est le seul. Il n’y aucune perspective d’augmentation miraculeuse des effectifs de la Marine dans le secteur. Sous une forme ou sous une autre, quand les bonnes questions auront reçu les bonnes réponses, l’idée d’extension peut aboutir. C’est d’autant plus facile que les habitants ne sont pas consultés et que cela se joue au niveau des conseillers communautaires, élus au sein des différents conseils municipaux. Il reste à savoir dans quelle proportion et sous quelle forme.

Le Pays de Brest actuel va de Goulven au nord-est jusqu’à Lennon au sud-est. Dans l’hypothèse d’une intégration de toutes ses intercommunalités (pourquoi faire moins ?), cela reviendrait à qualifier « métropole » plus de 30% de la superficie du Finistère, pour environ 46% de la population départementale. L’intégration de communes rurales semble relativement contradictoire de l’esprit très « urbain » de la création des métropoles. Cela reviendrait à créer une sorte de « sous-département » doté de compétences de métropole. Sa dimension interférera avec les autres « Pays » du Finistère. Cela a déjà commencé. Le pôle métropolitain du Pays de Brest a été créé en 2012. La communauté de communes de Pleyben-Châteaulin-Porzay ne l’a rejoint que début 2017. Pour l’INSEE ses communes font partie de la zone d’emplois de Quimper. La transformation du Pays de Brest en métropole lui ferait atteindre une masse critique qui devrait aboutir, à terme, à sa superposition progressive avec le département, tant que celui-ci ne disparaît pas.

Finalement, François Cuillandre, nouveau chef du PS finistérien, est peut-être tout simplement en train de lever le doigt pour fusionner sa métropole et son département. Dans cette perspective, continuer d’appeler le nouvel ensemble « Brest Métropole » serait discutable. Un nom fédérateur serait le bienvenu. On laissera de côté, bien évidemment, le « Cuil-land » mais pourquoi pas « Penn-Ar-Bed métropole » ?

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