Doux : la lente agonie du poulet breton

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Une semaine avant la mise en liquidation judiciaire du groupe Doux, deux repreneurs se sont déclarés. C’est l’espoir d’un nouveau sursis pour l’entreprise. 

Dans un communiqué de ce jour, le président de la région Bretagne estime que « le dépôt de deux offres crédibles, portées par des industriels du domaines, est une première réussite ». Pour les ministère ces offres « apparaissent sérieuses et de nature à apporter des solutions de reprises crédibles ». Il s’agit de deux offres de reprise partielles. L’une provient du groupe ukrainien MHP et prévoit la sauvegarde immédiate de 285 emplois. L’autre provient d’un consortium « composé des principaux acteurs français de la filière avicole, LDC et Terrena, ainsi que le premier client de Doux, le groupe saoudien Al-Munajem ». Elle ne prévoit qu’une disparition d’environs 300 emplois sur 1200. D’après « Le Maine Libre », cette candidature française est le résultat d’une négociation avec le Comité Interministériel de Restructuration industrielle (CIRI). C’est l’expression d’une volonté politique.

Cette solution tient logiquement la corde. Mais, quoi qu’il arrive, c’est une nouvelle étape du déclin de cette filière en Bretagne. L’annonce de la liquidation de Doux coïncide quasiment avec celle du placement en redressement judiciaire de Tilly-Sabco, l’autre acteur de la volaille bretonne. Ce sont des entreprises d’envergures différentes. Mais toutes deux ont entamé leur déclin en même temps. En 6 ans, Doux est passé de 3400 à 1200 salariés. Dans la même période, Tilly-Sabco est passé de 300 à 60 salariés. Elles ne se sont finalement jamais remises de la fin, en 2013, du système de subventions à l’exportation pratiqué par l’Europe.

Ces subventions provenaient de la Politique Agricole Commune. L’Europe permettaient aux volaillers bretons de vendre à l’export en pratiquant des prix aussi bas que ceux pratiqués par d’autres pays, comme le Brésil. Elle compensait la perte par des restitutions. Doux était bien mieux dimensionné pour résister à l’épreuve. Mais le groupe a connu des déboires à l’International. De plus, la liquidation anticipe une autre menace, issue du système des restitutions. Des contrôles menés en 2012 et 2013 ont mis en évidence une teneur en eau trop élevée dans ses poulets congelés exportés. La commission européenne a demandé le remboursement d’aides qu’elle considère indues. Le Tribunal Administratif de Rennes doit rendre un jugement le 6 avril. Le groupe Doux risque de devoir entre 60 et 90 millions d’euros.

Un modèle à l’agonie

La mise en liquidation sera peut-être le tour de passe-passe permettant d’échapper à un jugement défavorable. Cela se fera cependant au détriment d’au moins 300 salariés. De toute façon, le groupe perd aujourd’hui 35 millions d’euros par an. La rude concurrence internationale est pointée du doigt. En réalité, cela a toujours été le cas. Ni Doux, ni Tilly-Sabco n’ont trouvé de solutions pour y faire face sans les subventions européennes. C’est la fin d’un système à bout de souffle qui s’annonce. Le groupe LDC possède, entre autres, le producteur de volailles « Les Fermiers de Loué ». Celui-ci semble avoir résisté grâce à une montée en gamme et une image de qualité. Depuis déjà pas mal de temps, le breton Doux annonce vouloir transformer son modèle pour appliquer les mêmes recettes. Il reste à voir s’il y a de la place sur le marché français ou à l’export pour une offre supplémentaire de produits avicoles plus « haut de gamme ».

Le modèle qui existait jusqu’à présent en Bretagne repose depuis trop longtemps sur l’illusion de la rentabilité. Il est voué à disparaître. Dans le domaine de la production porcine, GAD a déjà succombé. Avec le poulet, c’est le fameux « modèle breton » qui agonise. Si l’on s’accroche à ce point à le faire vivre et à affirmer, comme le président de région, que « la Bretagne est une terre de l’Agroalimentaire », c’est bien sûr pour sauver les emplois qui peuvent l’être. Et c’est bien légitime. Mais c’est aussi à cause de l’absence manifeste de perspectives d’activités économiques nouvelles pour combler la disparition éventuelle de ce secteur.

1 COMMENTAIRE

  1. Quelque soit les repreneurs de Doux beaucoup d’emplois vont être supprimés.Que Doux et toute sa cruauté envers les animaux disparaissent à tous jamais.

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