Que dire au sujet des dégradations de la tombe de Yann-Vari Perrot et de la chapelle de Koad-Kev ?

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Lundi 2 avril 2018, Que dire au sujet des dégradations de la tombe de Yann-Vari Perrot et de la chapelle de Koad-Kev ?

 

Dans la nuit du 31 mars au 1er avril, la tombe de l’abbé Yann-Vari Perrot et la chapelle de Koad-Kev en Scrignac ont été dégradées. Des slogans en breton, antifascistes et demandant une quelconque expulsion, ont été inscrits sur la tombe profanée, le pied de la croix celtique a été brisé, la chapelle et une maison privée adjacente au site ont été taguées. Cet acte de vandalisme coïncide avec la célébration de la mort de Yann-Vari Perrot, tué par Jean Thépaut le 12 décembre 1943, mais célébrée chaque année le lundi de Pâques.

Si depuis son assassinat, Yann-Vari Perrot a fait couler énormément d’encre et a cristallisé les rancunes nées de la guerre, il y a néanmoins fort à parier que 99 % des Bretons ignorent désormais son nom. Les interventions pleines d’interrogations sur les réseaux sociaux de personnes ayant pourtant eu leurs enfants scolarisés en breton en témoignent.

Yann-Vari Perrot était avant tout un militant nationaliste breton, dans le sens le plus noble du terme : il voua sa vie pour aider le peuple breton à vivre décemment et à s’épanouir dans sa culture face aux assauts de la France. Certains retiendront plus son engagement chrétien, je retiendrai plus l’écrivain prolifique, le défenseur de la Bretagne, de sa culture et du breton, notamment sa participation à redonner au breton ses lettres de noblesse. Yann-Vari Perrot fait partie de ces hommes qui n’ont jamais faibli tout en redonnant ainsi à ceux qui voulaient l’entendre la fierté perdue aux générations de Bretons qui suivirent. Et il en est mort.

Il est certain que l’antifascisme hors-sol actuel et le citoyennisme aussi lénifiant aient en horreur le personnage de Yann-Vari Perrot. Il était si loin de la mièvre propagande fransquillonne envahissant nos ondes et nos feuilles de chou.

 

Au nom de quoi ?

La veille de son assassinat, Yann-Perrot signait un premier article intitulé Karnel Katyn, littéralement « le charnier de Katyn », dans lequel il dénonçait les massacres de milliers de civils et d’officiers de l’armée polonaise entre Smolensk et la frontière biélorusse, dans le cadre du pacte germano-soviétique entre l’Allemagne nazie et l’Union Soviétique. Dans les parages de Katyn, 22 000 personnes ont été exécutées et 60 000 membres des familles de ces victimes ont été déportées. Ces révélations dérangeaient au plus haut point les FTP se réclamant de l’héritage communiste, surtout en cette période trouble. Yann-Vari Perrot ne put en dire plus dans cette série d’articles, il fut assassiné par Jean Thépaut, originaire du bastion rouge de Scrignac, fervent militant communiste lui-même. Ce FTP s’avère également être l’auteur de nombreux sauvages assassinats aléatoires et des viols sur des jeunes filles. Après la guerre, il ne fut pas jugé et rejoignit sans encombre l’armée française au sein de laquelle il servit les intérêts colonialistes, notamment en Indochine, paradoxalement face au Vietminh.

Yann-Vari Perrot ouvrait son presbytère à tous, il entendait protéger tout le monde dans les moments les plus complexes. Les historiens s’accordent à dire que c’est cette attitude qui lui a joué des tours. Il avait forcément des atomes crochus avec les nationalistes bretons de tout poil mais il sut aussi donner un toit aux aviateurs alliés alors que son presbytère était occupé contre son gré par les soldats allemands.

Il est possible que Yann-Vari Perrot ait eu un rôle trouble, il est difficile de juger plusieurs décennies plus tard. Ce qui est sûr est que l’abbé Perrot mettait l’intérêt de la communauté avant sa propre vie qu’il vouait ainsi pour le bien commun. Incontestablement, son nationalisme était bien plus innocent que les deux impérialismes qui l’ont tué (le national-socialisme et le communisme) et le national-colonisalisme français. Lorsque l’on a conscience de tout le mal que la France a fait en Bretagne, de la violence de son centralisme, de son colonialisme relevant du même principe, puis que l’on vit cette résistance à l’injustice au quotidien à côté de notre peuple endormi, qu’aurait-on fait à l’époque ?

 

L’affaire Perrot a marqué l’histoire de la Bretagne car elle a scellé les tensions idéologiques et les rancœurs. Le communisme cocardier local a engendré un engagement militant breton. Un mouvement breton polymorphe est né, anti-nationaliste, jusque dans les courants universitaires toujours d’actualité. Ce folklorisme a aussi touché des maisons d’édition, des courants orthographiques, et a récemment fait le lit de l’anti-bretonnisme primaire tendant à faire les plus grossiers amalgames portés par la Libre Pensée ou des personnalités comme Françoise Morvan, auteure autoproclamée historienne, universitaire, voire même linguiste… Les idéologies politiques ayant marqué le XXème siècle font encore de nombreux disciples. Toutes ont bâti des dogmes et autres codes au nom de la restitution du pouvoir au peuple, de la défense du prolétariat et de l’exploitation humaine. Ils parlent de révolution sociale et ont réellement engendré des changements dans nos sociétés. C’est ainsi que les courants politiques communistes ont produit des symboles forts et ont vu émerger des personnalités. Leurs partisans ont choisi de vouer un culte quasi-religieux à telle ou telle figure de la révolution, selon leur préférence, et en placardent les symboles démesurés, rouges sang et agressifs

Au nom de la tolérance, de la doctrine sociale, sont-ils bien différents dans leur attitude et leurs intentions que l’ont été les partisans du national-socialisme ? La violence de leur propos, l’agressivité des symboles, l’intolérance affichée pour toutes celles et ceux qui ne partageront pas leurs principes, leur manque de discernement lors de situations complexes ou leur désir de tout simplifier n’est-il pas le substrat de toute idéologie totalitaire ?

Dans les faits, le nazisme a tué plusieurs millions de personnes lors de combats ou ont volontairement été exterminées. Au nom du communisme, c’est peut-être dix fois plus de victimes mais l’on considère encore qu’il faut parfaitement dissocier les dogmes des événements aux aboutissants résolument meurtriers. Les historiens et les sociologues ont peine à séparer l’idéologie de l’action des dirigeants politiques qui l’ont portée, comme l’on peut séparer les dogmes religieux des croisades et autres guerres saintes. Pour le cas des doctrines politiques nous concernant dans le présent sujet, il faut bien convenir que leurs défenseurs portent le fanatisme des symboles, le culte de personnalités et par conséquent brandissent les spectres de l’intolérance, de la haine et de la violence.

C’est tout le paradoxe des luttes populaires dont les stéréotypes ont vécu. Les grands calicots à l’effigie de Lénine, de Trotsky, puis du Che, etc. et pourquoi pas ceux de Staline et de Mao, ne relèvent plus seulement du folklore de l’adolescence quand toute la mise en scène verse dans l’intransigeance et l’action violente. Elle porte aussi les paradoxes d’une gauche internationale qui souhaite défendre les peuples, les nations face « aux oppressions » mais qui s’opposera à la notion tout à fait humaine de territoire, de communauté nationale. Cette gauche se lèvera contre le Capital s’avérant destructeur de l’Humanité mais peinera à trouver sereinement une période de transition dans le monde réel. Elle pestera contre les symboles et la notion de limites territoriales mais s’empressera de défendre des ZAD (des Zones A Défendre) de manière très irrédentiste et animale et d’en brandir différents sigles.

Un mouvement breton moderne doit sortir de ces caricatures.

 

5 Commentaires

  1. Donc, on ne peut pas avoir un regard objectif sur Perrot…
    Tous les commentaires non laudateurs sont effacés !
    Bien. je sais quoi penser de 7seizh, désormais et définitivement.

    • Bonjour Monsieur Goldored,
      Le courage de ses idées, sa vie au bout de ses idées, d’autres nous ont montré récemment qu’ils assumaient ce qu’ils pensaient.
      En donnant sa vie pour défendre ses idées et une population du massacre turque, Kendal Breizh a placé la barre du courage et des convictions bien hautes. Quelque soit son engagement personnel, les Bretons sont fiers de lui même s’ils n’embrassent pas la cause internationaliste.

      Vous avez des idées. Vous souhaitez les exprimer. Jusque là rien de plus normal. Mais le faire sous couvert de pseudo, en donnant une fausse adresse mail, quel manque de courage ! Dire que vous êtes censuré et que vous saurez quoi penser de 7seizh… facile sans dire qui vous êtes !

      Vous prétendez avoir une vision objective de la situation. Pourquoi le faire sans permettre de vous répondre ?
      A 7seizh, nous n’avons jamais jeté personne en pâture, nous ne lançons pas de fatwa contre les gens, nous sommes plutôt du genre tranquille et nous respectons les avis contradictoires. Mieux, nous estimons que la discussion est une source de créativité et de réflexion.

      Nous saurons donc désormais quoi penser d’un courageux anonyme qui assure avoir le seul regard objectif et parle d’une situation -que son grand-père n’a même pas connue- comme s’il y était. Nous saurons désormais comprendre qu’il existe des personnes, plutôt des censeurs qui, étoile rouge où chemise noire, décident de ce qui est bien où mal, égoïstement, sans tenir compte de l’avis des autres, sans écouter le bon sens populaire.
      Nous savons désormais que l’extrémisme est un mal qui ronge notre société, que la radicalisation ne touche pas que des hommes à barbe fournie. Nous aurons maintenant toujours à l’esprit qu’on ne peut pas discuter avec une personne radicalisée, ses oeuillères l’en empêchent.

      Monsieur le courageux Goldored,
      Nous sommes certains qu’un jour, peut-être lointain, vous avez su échanger en prenant de la hauteur. Ce jour-là était celui où vous étiez une plus-valu pour la société toute entière. Pensez à y revenir et ensuite nous pourrons discuter.

      En ce qui concerne l’Abbé Perrot, il fut sans doute une célébrité dans les paroisses qu’il a servie, mais sans internet ni télé, dans les villes et villages du sud Bretagne, c’était un inconnu.
      Des curés dévoués et débordant de qualités humaines, il y en eu partout. Au village, c’était les Johnny de leur époque au même titre que d’autres qui donnaient de leur personne pour la communauté. Afin d’être juste, il faut se souvenir que l’aura de ces personnes d’exception ne dépassait guère le canton par absence de moyen de communication. La communication c’était le dimanche au bourg, le temps d’aller à la messe pour les femmes, au café en face pour les hommes. Le dimanche était le jour de se raconter les nouvelles du secteur et ça se passait simplement. A l’époque, pas de faux-semblant, la sagesse paysanne reconnaissait le mérite de ceux qui se donnaient pour le bien commun de la communauté et leur vouait une généreuse admiration et un respect mérité.

      Ne pas reconnaître tout ça à l’Abbé Perrot serait ne pas être objectif.

      L’objectivité que vous réclamez serait dont d’abord de ne pas refaire l’histoire à votre vision. Il serait objectif de dire que vous n’avez pas vécu cette époque et qu’il est difficile aujourd’hui de comprendre la manière de penser des gens de l’époque tant notre monde a changé. Ça, ce serait objectif !
      Dire que l’Abbé Perrot n’était, ni plus ni moins, qu’une personne de son temps serait objectif. Et positif serait de dire, aujourd’hui tournons la page de ses rancœurs inaccessibles à la compréhension du plus grand nombre.

      Voilà Monsieur Goldofaf… red.
      Pas le courage de vos idées en ne donnant même pas une adresse mail de contact valide. Pas d’objectivité dans votre prose mais uniquement l’expression de votre pensée. Pas de volonté d’avancer vers de nouveaux modèles de société mais un repli sur un communisme dépassé par l’histoire.
      Pire, vous avez exprimé la justification de la profanation d’une chapelle et de la tombe d’un mort, ce qui démontre que vous êtes sorti de la société.

      La prochaine fois, laissez au moins un mail et prenez de la hauteur pour vous exprimer. Ainsi, en validant votre commentaire, nous aurons le sentiment qu’il y a encore des hommes et des femmes qui rêvent de construire un monde meilleur.

    • Sans vouloir porter de jugement de valeur, mais au risque de ne pas être publié, il me semble que vous méritez une réponse plus “pondérée”. A vous lire, il n’y a que des commentaires “laudateurs” de publiés ( a priori de l’abbé Perrot) . J’observe qu’il n’y à ici de commentaires publiés que le mien. Votre appréciation me semble injuste. En aucune façon il n’y a dans mon court texte ce genre de choses. Il n’y a, certes avec un niveau de langage insuffisant, qu’une condamnation de l’acte commis sur la tombe, que certains sont allez chercher tout au fond de la campagne. Il me semble que vous surréagissez (ce qui ne veut pas dire que j’en sois moi même exempt). Cela illustre tout à fait la difficulté d’évoquer un tel sujet. Celui-ci ne prend d’importance que par l’utilisation idéologique qui est faite de cette mémoire à présent, que ce soit dans la célébration ou la condamnation. N’étant pas un érudit de l’abbé en question, et ne disposant que de l’ouvrage de K. Hamon de 2001, je suis allé chercher des précisions sur la pratique de courriers de délation par le dit curé. Si vous en avez cela m’intéresse. Car je n’en ai trouvé que dans Wikipédia qui amène, après recherches pas très faciles, à des échanges dans un forum. Le 5 avril 2008 à 4H23 un contributeur cite Kristian Hamon au sujet de l’interrogatoire d’un ancien interprète des SD “Cet interprète donne plusieurs noms, dont celui de Brickler : “Directeur de la fabrique de crêpes dentelles, assassiné, indicateur, toujours reçu par le Scharführer Weber”. Notre interprète déclare également : “Un autre agent de renseignement de la SD est un barde breton membre du PNB, demeurant à Carhaix”, et il cite aussi l’abbé Perrot. (Interrogatoire du 11/9/44). Exemple, s’il en fallait encore un, du comportement controversé de l’abbé”. Il me semble falloir signaler la réponse de Kristian Hamon le 19 mai 2008 à 20H35 ” vous écrivez, en me citant, que l’abbé Perrot était un : “dénonciateur livrant à la Gestapo des résistants bretons”. Je n’ai jamais écrit une chose pareille. Loin de moi l’idée de défendre ou de réhabiliter l’abbé Perrot – comme Roparz Hemon – deux mythes que je considère comme fondateurs du nationalisme breton (Le deuxième Emsav !). Au premier la religion catholique (Feiz ha Breiz) et la tradition (Bleun Brug), au second la langue modernisée (Gwalarn). Tout est là, à chacun à l’époque (Donc au PNB) de se situer ! L’abbé Perrot était loin d’être un saint, je crois l’avoir prouvé et cela m’a valu pas mal d’ennuis. Mais entre ses lettres à Fouéré où il dénonce le buraliste de Scrignac comme : “Gaulliste et ennemi acharné du mouvement breton” et le fait qu’il soit cité par l’interprète du SD de Quimper lors d’un interrogatoire dont j’ai parlé plus haut ne m’autorise pas à écrire qu’il a dénoncé des résistants sans la moindre preuve”. Voilà tout ce que j’ai trouvé pour ma part. A moins de sources nouvelles, il est trop rapide d’accuser ce curé, réac comme à l’époque, de pratique épistolaire de délation. Ceci étant écrit, je crois que l ‘on peut se rejoindre sur un point. L’image de ce prêtre restera trouble. Pour la Bretagne, on ne gagne rien à ne pas solder cet héritage d’une époque assez peu glorieuse. Sa sépulture n’est que le lieu de bataille futile entre ceux qui ne voient sans doute, suivant une tendance très ancienne, la Bretagne que comme un refuge contre une France pas assez à droite pour les uns, pas assez à gauche pour les autres…

  2. Encore une fois, Perrot est présenté sous un jour biaisé, sans rappeler son goût pour la pratique épistolaire auprès du SD nazi, pratiquant par là un grand sport national français, pour le coup, qu’est la délation.
    Pourquoi ne pas rappeler que son anticommunisme le faisait soutenir ceux qui endossaient l’uniforme nazi pour combattre les partisans et les armées régulières dans les pays qu’occupaient les nazis et dans lesquels, y compris en France, ils ont largement contribué à massacrer des populations civiles parfaitement innocentes de tout fait de guerre ?
    Les indépendantistes bretons gagneraient, dont je suis, en crédibilité s’ils étaient capables de manifester un minimum d’objectivité sur le passé du mouvement breton, regardant, par exemple, avec la même sévérité les assassins de Perrot que Perrot lui-même.

    PS : j’espère que ce commentaire ne connaîtra pas la même destinée que mon précédent sur l’article annonçant l’odieuse profanation, commentaire, qui, visiblement a été voué aux limbes…

  3. Il ne peut pas y avoir de bonnes raisons à la profanation d’une tombe. C’est toujours une action de merde. Cela sent le retour, aussi frustré qu’en état d’ébriété, d’une quelconque obscure manif inaudible d’extrême gauche. S’ils en sont réduit à ce genre de méfaits, c’est que leur combat n’a plus de raisons d’être et que le fascisme est surtout dans leur tête. Le grand capital n’a pas de soucis à se faire avec eux, en tout cas moins que les automobilistes qui ont du croiser la route de ces individus.

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