Macron ou la stratégie du coucou – chronique de François Labbé

0

L’Allemagne s’est passée de gouvernement pendant 6 mois et l‘économie n’a jamais aussi bien tourné (au sens libéralo-capitaliste de cette expression) : le chômage est en chute libre, l’offre d’emplois pléthorique, la productivité ne cesse d’augmenter et les caisses de l’État sont tellement pleines que le ministère des finances commence à faire des cadeaux fiscaux, à investir dans des infrastructures qui en ont bien besoin et à rembourser la dette. Les syndicats réclament au moins 6% d’augmentation et le patronat ne fait même pas trop les gros yeux et on parle même, ô miracle, de revoir le cas des laissés-pour-compte, les Hartz IV !…

Tout cela rabaisse les mérites de la chancelière qui, dans le fond (comme toujours), n’a jamais fait que suivre le mouvement avec l’opportunisme qui la caractérise : le pétrole n’a jamais été aussi bon marché pendant ces deux dernières années, l’euro a baissé, les exportations ont énormément crû, les … en bref, la conjoncture n’a jamais été aussi favorable aux affaires et à l’affairisme. Le système fonctionne apparemment de lui-même…
Pourtant, malgré des conditions identiques, la France – qui a refusé un changement drastique de société, comme le proposait à peu près, un peu tard il est vrai, le candidat Hamon – continue à traîner et ce ne sont pas les annonces du président Macron qui révolutionneront le pays. Il faudrait autre chose que des mots. Il est vrai qu’on a théorisé en France les « actes de parole » et que la « tschatche » a toujours été reine : dire, serait faire.

Pourquoi l’Allemagne profite-t-elle à ce point de cette fameuse conjoncture et la France bien moins ?

Je sais qu’on ne prête qu’aux riches, mais pourquoi l’Allemagne profite-t-elle à ce point de cette fameuse conjoncture et la France bien moins puisque le pouvoir d’achat des Français moyens est amputé, que le chômage recule à peine et que des tensions sociales se font partout sentir ?

Même si l’INSEE clame haut et fort que le déficit pour 2017 est passé à 2,6% (3,4 en 2016) et que Bruno Lemaire, soutenu par le chœur des conseillers du président, entonne la trompette des victoires pour y voir le résultat de la politique ( ?) de son président : croissance ( ?), budget équilibré ( ?) et réduction ( ?) de la dépense publique, rien n’indique une évolution positive solide.

En réalité, et pas mal d’économes l’ont signalé, si l’on prend par exemple la réduction du déficit, celui-ci n’a pas diminué parce que, comme l’affirme le président, les dépenses publiques ont été jugulées : en réalité l’examen des chiffres montre qu’elles ont augmenté de 2,5%. Comment pourrait-il en être autrement puisque rien n’a été fait en dehors de déclarations d’intention ! Qu’en est-il ainsi des 120 000 postes qui devaient disparaître de la fonction publique ?

Dans ce domaine donc pas de recul, au contraire : la dépense publique continue d’être « horrifique » pour un observateur libéral ! Cette amélioration (si amélioration il y avait vraiment) ne serait en outre pas due au gouvernement mais à la conjoncture qui a fait que l’État a pu compter sur des rentrées fiscales supérieures (voir l’INSEE et, entre autres, Éric Heyer de l’OFCE).

Ajoutons à cela qu’au contraire des affirmations du président la ponction fiscale globale loin de diminuer a progressé (sauf pour les fiscalisés fortunés et pour certaines grandes entreprises) : de 44. 6 à 45,4 % du PBI, quasiment un record en Europe, et le pouvoir d’achat de certaines catégories de la population n’a fait que régresser !

Quant au déficit, selon l’IFRAP, il est de 2218 milliards d’euros, donc bien en progression puisqu’il dépasse désormais 97% du PIB et que les 100% approchent inexorablement.
En fait l’arrivée de Macron au pouvoir n’a jamais été autre chose que le signe d’un ras-le-bol général face à une classe politique incapable et qui n’a jamais cherché qu’à conforter ses privilèges, une arrivée qui n’a été sanctionnée, il faut le dire, que par moins d’un tiers des Français habilités à voter ! Sans oublier que certains ont simplement voulu dire non au FN. Ce qui pose au moins la question de la légitimité de la République à la française refusant (en invoquant toutes les chimères possible) l’instauration du seul vrai système démocratique et républicain, le suffrage proportionnel. Aux élus de travailler ensuite pour des alliances de circonstance !

Quant à la méthode Macron, elle consiste à lancer des idées un peu dans tous les sens et à peu finaliser. Prenons l’exemple de l’Europe : comment peut-il affirmer vouloir, avec l’Allemagne, instaurer un ministère de l’économie européen quand on sait que jamais les Allemands (SPD ou CDU/CSU) n’accepteront des mesures allant dans ce sens dans une Europe de toute façon diverse quant à la « richesse » monétaire et économique des nations. Pourquoi commencer par les finances et ne pas proposer et de tout faire pour imposer – en se passant de l’aval germanique – carrément une Europe sociale avec des salaires équivalents, une couverture sociale semblable, des impôts comparables ? Le défi serait plus intéressant. La question d’un ministère européen des finances viendra après. Pour le moment, les Allemands en particulier sont bien contents d’avoir la Banque européenne à Francfort et penser les faire évoluer sur ce point témoigne de myopie politique ou d’un idéalisme brouillon !

Bien sûr, comme réalisation, on peut évoquer la réforme du Code du travail de fin 2017 et l’actuelle légère baisse du chômage. Mais qui serait capable de dire qu’il existe en ce domaine un lien de cause à effet ? Impossible ! Là encore les facteurs extérieurs, les fêtes de fin d’année et l’augmentation de la consommation etc. sont des variables à prendre au moins autant en compte qu’une réforme qui ne fait que bégayer !

Le président est comme le coucou : il pond ses œufs dans le nid des autres

En fait, le président est comme le coucou : il pond ses œufs dans le nid des autres ; il voudrait faire passer pour siennes des causes qui le dépassent. Le singe de la chancelière. Quant à sa stratégie actuelle de tordre le cou à la SNCF pour en faire l’exemple mémorable de sa volonté en escomptant le ras-le-bol des Français, elle risque bien de faire long feu, tout autant que ses concessions mal ficelées de Notre-Dame-des-Landes. Ce jeune homme veut finasser, manipuler, confiant en ses qualités de stratège technocrate apprises à l’ENA, sûr de pouvoir continuer à imposer un jacobinisme désuet. Mais, face aux réalités, il risque de se casser les dents et d’augmenter la détresse du pays. Il n’a pas compris que ce que voulaient beaucoup de Français, une majorité, c’est la fin de la monarchie républicaine et si, jusqu’alors, on a beaucoup entendu la vieille droite traditionnelle faire assaut de macronisme et saluer le Jupiter nouveau, le mécontentement enfle parmi tous ceux, les 2/3 des Français, qui ne voient pas du tout leurs attentes prises en compte.

Et puis, il y a l’ancien président qui, sans pudeur (mais certainement contre des émoluments fastueux) vient faire le pitre devant les médias et donner des avis dont plus personne n’a besoin. Quel dommage qu’il n’y ait pas de Cour de justice susceptible de juger le travail, le bilan d’un président sortant : il suffirait de comparer les promesses du candidat et les résultats obtenus par l’élu…

Nous, en Bretagne, notre premier devoir est de refuser à tous ces centralistes le démembrement de notre pays acté par des girouettes comme Le Driant (là aussi il faudrait un coup de balai dans la fourmilière des vieux caciques implantés partout). Ensuite, à nous de prendre notre destin en mains dans le cadre d’une véritable décentralisation, proche de l’autonomie. A nous de faire triompher ce qui est possible dans un pays de 4 millions d’habitants, aux frontières ouvertes, et qui offre pas mal de ressources tant sur le plan de l’énergie propre que sur celui de l’autosuffisance alimentaire : une agriculture et une pêche responsables, un respect des lieux et des gens, des animaux, une vie sociale et associative riche, une politique économique prenant ses distances d’avec les modèles capitalistes, libéraux et consuméristes, une école permettant à chaque enfant de se révéler indépendamment d’impératifs de rendement ou d’aliénation à un système économique ou idéologique… Réapprendre à chaque habitant de Bretagne le respect, respect de sa terre, de son architecture et de ses traditions, respect de l’autre, respect de soi-même…, respect dans une France qui ne connaît plus ce concept (même si on en parle partout ainsi que de citoyenneté, de comportement citoyen et responsable…).

Jadis, le divin marquis conseillait aux Révolutionnaires de 1792 de consentir encore un effort pour être républicains. Ce conseil, 230 ans plus tard reste d’actualité !
Beaucoup à faire, certes, mais si on veut un vrai changement d’orientation et de vie, il n’y a pas de compromis possible. Le beurre et l’argent du beurre, un leurre.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.