Spiruline & microalgues : une filière à développer

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Mardi 17 avril 2018, Avec environ 60 tonnes de microalgues, pour l’essentiel de la spiruline, produites chaque année, la France est loin derrière l’Asie et les États-Unis qui, à eux deux, représentent les 2/3 de la production mondiale (10 000 t/an). Le potentiel est pourtant fort, en Bretagne notamment. Aussi, avec la même volonté de développer une filière économiquement forte, durable et intégrée sur le territoire, la Région Bretagne, le Pôle Mer Bretagne Atlantique, CBB Capbiotek et le Centre d’études et de valorisation des algues (CEVA), ont réuni, pour la première fois, 180 acteurs des différents maillons de la chaîne -producteurs, entreprises de valorisation & transformation, scientifiques ou structures d’accompagnement- pour une journée d’échanges, le mardi 17 avril à Ploufragan. La matinée a été l’occasion de restituer les résultats d’une étude d’évaluation des opportunités pilotée par la Région puis d’évoquer l’accompagnement des projets et de la filière microalgues en Bretagne. L’après-midi a porté sur les verrous technologiques, les potentiels de développement en termes de marchés applicatifs et les défis de qualité, normalisation et d’acceptabilité sociale auxquels doit faire face la profession.

 

4 organisateurs portent l’ambition d’une filière forte
La co-organisation d’une journée unique, sur une thématique commune à plusieurs acteurs, représentant tous les maillons de la chaîne, est une première dans le domaine des microalgues. Au travers de tables-rondes et de rendez-vous BtoB, l’enjeu est de mettre en cohérence les dynamiques engagées par chacun en vue d’optimiser l’action publique et de favoriser l’émergence d’une filière forte.

La Région Bretagne a réalisé une étude afin de disposer d’éléments précis sur la filière, d’en identifier le potentiel de développement et de dessiner son schéma d’accompagnement à la structuration de la filière.

Acteur majeur des macroalgues, le CEVA dispose de compétences en extraction et analyses de microalgues en tant que centre technique. Il est, par ailleurs, impliqué dans plusieurs projets collaboratifs dans ce domaine.

Le Pôle Mer Bretagne Atlantique labellise, depuis 10 ans, des projets collaboratifs R&D relatifs aux microalgues, à l’échelle de la Bretagne et des Pays de la Loire. Il est également membre de l’association France Microalgue.

Enfin, CBB Capbiotek est un acteur clé de la valorisation des biotechnologies et de la chimie fine en Bretagne, dont les microalgues sont une composante clé, sur des secteurs aussi variés que l’agroalimentaire, la cosmétique, la nutrition, et l’environnement.

Spiruline & micro-algues : état des lieux en quelques mots
En tant que cyanobactérie, la spiruline est incluse dans la filière des microalgues dont elle constitue 50% de la production mondiale. Aujourd’hui, seules 4 variétés de micro-algues (une vingtaine sont cultivés dans le monde) sont autorisées pour la consommation humaine : la spiruline, l’odontella, la chorelle et tetraselmis chuii.

Elles sont actuellement valorisées sur 4 marchés : l’alimentation (35%), la pharmacologie, les cosmétiques & la santé (35%), l’alimentation animale (20%) et l’énergie-environnement (10%) avec une valeur ajoutée très variable : utilisées en très faibles quantité mais avec une très forte valeur ajoutée dans les cosmétiques-santé-pharmacologie, elles sont au contraire utilisées en volume pour l’énergie et l’environnement en n’étant que faiblement transformées.

En France, la production annuelle est de 60 tonnes de microalgues. Créée en 2015, l’entreprise TAM de Plougastel est le 1er producteur européen avec 20 tonnes par an. La Fédération des spiruliniers de France regroupe, quant à elle environ, 150 adhérents qui produisent une part importante du tonnage national. Sur la scène internationale, 10 000 tonnes de microalgues sont produites chaque année : la moitié en Asie (23% en Chine, 10% en Inde), 24% aux États-Unis et 20% en Europe.

Une journée rythmée par 5 tables rondes

Quelles structures et dispositifs de soutien pour l’accompagnement au développement de la filière des microalgues en Bretagne ?
S’installer en culture de microalgues en Bretagne : quels financements, quelles formations, quels soutiens ?
Quelles souches pour une spiruline / microalgue de qualité, et productive ?
Quels marchés pour la valorisation de la spiruline et des microalgues ? Quels enjeux et quelles problématiques ?
Les aspects de normalisation, qualité et acceptabilité sociale.
 

“Évaluer l’opportunité du développement économique de la filière des microalgues” :
CONSTATS DE L’ÉTUDE ET PISTES D’ACTIONS
La Région a commandé, l’étude “Évaluer l’opportunité du développement économique de la filière des microalgues” à la société D&Consultants – Développement et Conseil (75). Réalisée entre août et décembre 2017, elle a permis d’explorer 4 volets :

les conditions réglementaires pour s’installer en production de microalgues,
la caractérisation de la situation mondiale et son évolution,
l’analyse des pratiques commerciales de l’offre et de la complémentarité avec la filière macro-algues,
un retour d’expériences sur les politiques d’accompagnement menées jusqu’alors dans d’autres pays producteurs.
Elle a permis de mettre en avant 4 constats :

Constat n°1 sur la taille de la filière : il existe en Bretagne un nombre conséquent d’acteurs, sur toute la chaîne de valeur, avec un volume de production en hausse constante, notamment avec le premier producteur européen, TAM, qui n’est en activité que depuis 2015… D’autres entreprises sont actuellement en développement, on peut par exemple citer LDC Algae à Plouguenast, en Centre-Bretagne. Mais les volumes produits restent limités quelques dizaines de tonnes seulement.
Constat n°2 : la filière dispose de nombreux acteurs, de petite taille, mais également des poids lourds de l’industrie (tels que Daniel Jouvance, Soliance, Phytomer, en cosmétique, Hénaff ou Guyader en alimentation, et encore Le Gouessant ou Olmix en alimentation animale), ou de la recherche (la station bilogique de Roscoff, l’IUEM-LEMR, le CEVA). Mais elle reste encore atomisée.
Constat n°3 : en termes de stratégie, il y a des acteurs volontaires mais ils sont freinés par un déficit de vision commune entre les acteurs de la filière et par le transfert de connaissances, encore insuffisant, des laboratoires vers l’industrie notamment.
Constat n°4 : il existe un fort potentiel marché avec un taux de croissance annuel moyen estimé à +3,05% sur la période 2016-2021, de vrais atouts sur le territoire, mais une stratégie de stimulation de l’offre (market push) a montré ses limites en raison de coûts de production et donc des prix élevés, des cibles encore mal identifiées et des verrous technologiques à lever, en termes de transformation en produits finis.
Face à ces constats, plusieurs piste d’actions :

Comment développer (en volume) la filière bretonne des microalgues ?
Renforcer l’offre de formation pour les porteurs de projets et sa visibilité.
Mieux communiquer sur les dispositifs de financement, publics et privés, de la Région (FEAMP et dispositifs propres) et des partenaires bancaires.
Soutenir le réseau local de producteurs, en partenariat avec la Fédération des Spiruliniers de France (journées techniques avec échanges de bonnes pratiques et transfert de compétences des centres d’innovation).
Comment mieux organiser la filière microalgues à l’échelle de la Bretagne, pour la rendre plus performante ?
Renforcer la communication au sein et autour de la filière (cartographie interactive des acteurs, projets R&D en cours…)
Donner plus de visibilité sur les points d’entrée de la Région Bretagne pour les porteurs de projet (en installation, en R&D…)
Comment favoriser les synergies entre acteurs (publics-privés, privés-privés), et développer une vision commune de la filière ?
Mieux organiser l’interconnexion des acteurs à l’échelle régionale en cohérence et en appui des initiatives nationales existantes (colloques, journées techniques…).
Mieux encourager l’émergence de projets collaboratifs de R&D, notamment via la participation aux clusters, pôles de compétitivité et réseaux nationaux et européens.
Comment encourager le déploiement d’une véritable filière bretonne des microalgues ?
S’appuyer sur les assets industriels du territoire pour favoriser l’émergence d’initiatives sur des segments à forte valeur ajoutée : la cosmétique, l’agroalimentaire et l’agriculture.
Mettre en avant les moyens de R&D du territoire à disposition de la filière : la Station biologique de Roscoff, le CEVA, l’ensemble des centres techniques bretons…

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