Tro-Breiz thérapie

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Dans « Tro-Breiz thérapie – Pèlerin en terre bretonne », Hervé Poëns livre le récit du périple qu’il a effectué en 2014. Celui-ci a donné lieu à un premier livre-témoignage intitulé « Mes petits mots de billet ». Le documentaire d’Olivier Caillebot « Les chemins d’espérance » en est inspiré. Dans ce nouvel ouvrage, l’auteur nous relate pas à pas, jour après jour, son cheminement physique et spirituel.

D’origine évidemment religieuse, le Tro Breizh connait une renaissance depuis une vingtaine d’année. La démarche de Hervé Poëns n’est pas dépourvue d’un fond de religiosité. C’est l’illustration du vieux fond chrétien, qui quoi que l’on puisse dire, imprègne la Bretagne, ne serait-ce que par les nombreuses chapelles et églises, qui sont autant de lieu de tourisme culturel. Mais s’il prie, il ne parle jamais de Dieu. On est dans le soin de l’âme sans être dans l’illumination religieuse. La vocation de son pèlerinage s’avère être de parvenir à faire le deuil d’un fils décédé.

Le résultat donne étrangement l’impression d’un ensemble intéressant sans que pour autant il ne se passe quoi que ce soit d’époustouflant. C’est peut-être la force de la simplicité et de la véracité. Une seule fois une interaction désagréable avec habitante qui n’aime qu’on s’arrête devant chez elle. Il met un peu de temps à en parler mais, comme tous ceux qui pratiquent un peu les chemins, il n‘est pas mécontent d’avoir un bâton pour maintenir les clébards à distance. On s’étonne qu’après une préparation un ancien coureur de fond attrape de graves ampoules dès le premier jour. Quelle que puisse être la cause, physique, psychosomatique, voire métaphysique, subir et surmonter cette épreuve répondait à l’évidence à un besoin. Hors de cela ce sont contemplations de paysages, visites d’édifices religieux, méditations, rencontres et fraternité. Une bonne façon de le lire, c’est peut-être de se caler sur le rythme de la randonnée et de faire une étape par jour.

Marcher vers les autres

Si réussir à faire le Tro-Breizh répondait à un besoin, on peut se demander ce qui le pousse à en parler par des livres. A chacun de se faire son opinion en fonction de ce qu’il en retire ou pas. Mais, il faut reconnaître qu’en tant qu’ancien enseignant, il a les moyens de le faire de belle façon. De façon générale, les marcheurs qui font ce pèlerinage ont des motivations qui vont du tourisme au bien être moral et à la religion. On n’est pas à leur place, et surtout pas à celle d’Hervé Poëns. La disparition par suicide d’un proche, ou tout simplement d’un être aimé, entraîne à la fois un immense et brutal questionnement pour l’entourage et au même moment la conscience terrible que l’on n’aura jamais de véritable réponse.

La marche solitaire c’est une épreuve personnelle. Par quelques coïncidences incroyables, son chemin fut l’occasion de croiser, par le corps ou l’esprit, celui de quelques connaissances. Ce que l’on oublie parfois quand on parle de randonnée c’est qu’il faut trouver un lieu pour passer la nuit. Chaque étape fut le lieu soit de retrouver des amis soit de rencontres et d’échanges intéressants. Hors de toute religiosité, son Tro-Breiz lui a fait marcher, lentement et humblement, vers les autres. À n’en pas douter, c’est un bon moyen pour ne pas se replier sur sa propre douleur. C’est un des enseignements de ce beau témoignage.

Tro-Breiz thérapie – Pélerin en terre bretonne
Hervé Poëns
Édité à compte d’auteur
18 euros

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