« Je suis breton mais je me soigne », palpitation bretonne

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Yann Lukas signe un essai où il revisite l’identité de la Bretagne et s’interroge sur sa place dans l’espace français et européen. L’ouvrage est, avant tout, le lieu de l’expression d’une palpitation « qui n’est pas française ».

L’auteur a déjà publié plusieurs ouvrages. Ancien journaliste, il est à la retraite après une longue carrière au journal Ouest-France. Yann Lukas est le nom de plume de monsieur Jean-Luc Le Liboux (*). Sous ce nom, il avait déjà publié en 1979 un ouvrage intitulé « La Bretagne », aux éditions Flammarion.

Dans cette nouvelle publication, il évoque, entres autres, la question de la nationalité bretonne. Il observe que la Bretagne est une nation au sens des définitions de la langue française. Mais l’exercice est malaisé en raison d’un Parti National Breton « groupuscule de dangereux exaltés » et « actif dans la collaboration entre 1940 et 1944 ». Au final, il se définit comme un breton « national ». C’est une forme qui permet de revendiquer le statut de nation tout en permettant de ne pas se prétendre « nationaliste ». Ce qualificatif est, pour lui, à jamais objet d’opprobre en Bretagne. Il assume par ailleurs un communautarisme breton, en essayant de faire prendre conscience que « Comme pour le cholestérol, il y a le bon et le mauvais ».

Une réponse à Jean-Michel Le Boulanger ?

Dès l’avant-propos, et à plusieurs reprises par la suite, l’auteur se réfère de façon critique au « Être Breton ? » de Jean-Michel Le Boulanger. Yann Lukas est breton sans point d’interrogation. C’est le « je » contre le « on » de Le Boulanger. Il force un peu le trait. Pour lui, la vision du vice-président de région vise à « diluer l’identité bretonne dans un régionalisme de bon aloi ». « On » pourrait lui rétorquer que c’est aussi un moyen éventuel d’essayer de garantir sa survie dans le régionalisme. Car s’il s’affirme breton, il écrit, au sujet des particularismes, « Pour les Bretons ce sera cuit beaucoup plus vite ». Sombre perspective.

Quand il fait l’éloge d’un « bon » communautarisme, peut-être ne sait-il pas que Jean-Michel Le Boulanger arrive à faire à peu près la même chose en conférence sur son livre de 2013.

Enfin, lorsqu’il reprend la définition de patrie par celui-ci, Yann Lukas conclut « si j’ai bien compris, sans enfance bretonne, je ne peux pas être breton. Paradoxalement, mon enfance en Bretagne a été tout française ». Une interprétation aussi « excluante » de quelques lignes de « Être breton ? » est à l’opposé de l’esprit de ce livre, en particulier venant d’un passage intitulé « Nous sommes au temps des identités composites ». Sur cet aspect, tout pourrait bien résider dans le « si j’ai bien compris ». On peut également noter que dans son essai, l’ancien journaliste arrive quand même à parler des « Bretons, des vrais : des gens qui connaissent leur histoire, leur géographie, leur culture, et même leurs langues… ». De son côté Le Boulanger affirme « est breton celui qui se sent breton. Est breton celui qui se veut breton ». Cela laisse le droit à bien plus de gens de s’affirmer « breton » que ces fameux « vrais bretons ».

La force de l’énergie

Soyons clairs, si « Je suis breton mais je me soigne » est, par certains aspects, une réaction à « Être breton ? », il ne lui arrive pas à la cheville en termes d’ampleur de vision et de réflexion. Il a pourtant un avantage. C’est celui d’un message relativement simple et affirmatif, sur un sujet qui touche au cœur. La vigueur de l’expression de Yann Lukas fait plaisir à lire. Pour un presque septuagénaire, il donne une belle leçon.

Car, il faut bien le reconnaître, le livre de Le Boulanger est une référence mais son message présente la faiblesse de la complexité. En fin de conférence, on ne sait pas si l’assistance n’est pas d’accord ou hésite simplement à lever le doigt pour une question, de peur de devoir passer au tableau. L’un affirme assez simplement sa « bretonnité » quand l’autre a montré l’ampleur de sa brillance. La force de la « palpitation bretonne » de Yann Lukas est surtout émotionnelle. A la fin, s’inspirant des nombreux cas au sein même de la république et d’un modèle écossais qu’il admire, il préconise une dévolution de pouvoirs. Malgré quelques pistes et souhaits d’action, il conclut par « je sais : je rêve tout éveillé ». Au moins, son essai contribue à ce que ce rêve et cette palpitation perdurent.

AVIS 7SEIZH : MERITANT 😊

(*) site Ouest-France – article du 14/08/2017

Je suis breton mais je me soigne
Yann Lukas
Éditions Héliopoles
Paru en avril 2018
182 pages
9,90 euros

1 COMMENTAIRE

  1. Bonjour. J’ai lu avec intérêt votre critique de mon petit essai sur l’identité bretonne. Vous avez parfaitement compris que je ne cherche pas à nourrir la réflexion d’universitaires et/ou de spécialistes de la “chose bretonne”. Mon propos, en effet, s’adresse au plus grand nombre. Je n’ai pas travaillé pour rien dans un grand quotidien régional. J’y ai appris qu’il fallait d’abord écrire pour être lu et, avec des simplifications peut-être abusives, c’est ce que j’ai essayé de faire. Contrairement à ce que vous pensez, je dis d’abord du bien de Jean-Michel Le Boulanger, pas par tactique : parce que je le pense. Cela ne m’empêche de considérer que son essai pèche par un refus de considérer la Bretagne d’avant 1789 comme le vrai fondement de notre “bretonnité”. Merci de m’avoir consacré autant de place et d’avoir lu aussi attentivement ce petit bouquin sans prétention.
    Yann Lukas

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