Fin d’ETA : Les nouvelles conditions pour la résolution du conflit

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Pays Basque, merdredi 9 mai 2018, Comme l’indique ETA dans son communiqué, le conflit politique au Pays Basque existait bien avant la naissance d’ETA en 1958, et existe toujours après sa disparition.

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Antton Etxeberri

Soixante ans après sa création, l’organisation indépendantiste basque ETA a annoncé son auto-dissolution, suite à un débat interne entamé entre ses militants il y a quelques mois. Après sa déclaration du 20 octobre 2011 de mettre un terme définitif à la lutte armée, puis la remise de ses armes à la société civile le 7 avril 2017, ETA a en toute logique proclamé sa disparition définitive ce 3 mai 2018, mettant un terme à l’ensemble de son activité armée et politique. Si cette déclaration annonce la fin d’une période de six décennies qui marquera l’Histoire du Pays Basque, elle ouvre un nouveau cycle politique dans lequel les différents acteurs devront prendre leurs responsabilités.

Avec la disparition effective d’ETA, de nombreuses questions restent sur la table, et la première d’entre elles, celle de la résolution des conséquences du conflit. Tout le monde s’accorde à dire que rien ne sera résolu tant que les questions des prisonniers, des réfugiés et de la vérité concernant toutes les heures sombres du conflit armé ne seront pas résolues. Ces décennies de lutte armée ont créé de grandes souffrances dans les deux camps : des morts, des blessés, des torturés, des exilés, des disparus, des agressions, des vexations, des arrestations, des menaces, des accidents… La liste est longue, les victimes se comptent par milliers, et la fin de la lutte armée impose un droit de vérité à chacune d’elle, afin que la société puisse aller de l’avant dans le vivre-ensemble. Parmi ces milliers de victimes, nombreuses sont celles qui ne se retrouvent pas dans les positionnements des “associations de victimes”, souvent téléguidées par les partis les plus conservateurs du pouvoir espagnol. Elles ont pourtant besoin d’être entendues, écoutées et comprises. Cela pourrait être la fonction de “commissions vérité” mises en place par des institutions ou autres organismes, et permettant à toutes les victimes qui le souhaitent de s’y exprimer.

Les conditions dans lesquelles ETA disparaît interrogent sur la volonté de deux des protagonistes de ce conflit armé à s’engager dans le chemin de la vérité : les Etats français et espagnol, qui ont eu comme ligne directrice la répression jusqu’en décembre 2016, n’ont jamais souhaité s’emparer de la main qui leur était tendue par ETA. Alors que cette dernière s’engageait de manière unilatérale dès 2011 vers la mise en place d’une résolution intégrale du conflit armé, ces deux Etats ont toujours refusé de s’impliquer dans ce processus, et pire, ils ont été jusqu’à arrêter de nombreux citoyens basques qui participaient aux actions de désarmement. Si l’attitude de l’État français a quelque peu évolué après les événements de Louhossoa, en 2017, pour finalement en arriver à laisser faire le désarmement d’ETA par la société civile et accepter de se réunir avec des représentants du Pays Basque Nord pour discuter de la question des prisonniers, celle du gouvernement espagnol n’a pas changé d’un iota. Les réactions à l’annonce de la disparition d’ETA sont révélatrices de l’état d’esprit dans lequel se situent les deux gouvernements. Pour l’État français, il s’agit surtout de non-réaction, un silence qui en devient gênant vis-à-vis de la société basque, mais qui doit sans doute être interprété comme une manière de ne pas froisser l’homologue espagnol qui n’est pas sur la même longueur d’ondes que lui. De son côté, le gouvernement espagnol joue la carte de l’indifférence, de l’intransigeance et de la fermeté. Les mêmes qui réclamaient à ETA avant sa disparition des demandes de pardon et qui de leur côté n’en ont jamais formulé pour leurs responsabilités nombreuses dans ce conflit, se retrouvent en quelque sorte orphelins d’un conflit armé dont ils s’accommodaient et leur permettaient d’engranger des victoires électorales.

La société civile, qui a imposé aux deux Etats un agenda concernant la question du désarmement, devra très probablement s’engager également sur la question de la résolution des conséquences de ce conflit, énumérées maintes fois à l’occasion de forums et autres rencontres pour la paix. Les deux gouvernements devront adapter leur réponse à la nouvelle situation engendrée par la fin d’ETA. C’est une condition indispensable à la résolution intégrale du conflit. Le schéma vainqueur/vaincu auquel s’accroche le gouvernement espagnol peut et doit être enseveli sous la volonté des citoyens du Pays Basque de mettre un terme, une fois pour toutes, aux conséquences de ce conflit. Une fin de conflit armé mal gérée pourrait alimenter des volontés de retour en arrière. Car l’enjeu est là : comment faire pour éviter que de nouvelles générations ne voient d’autres choix que de reproduire le schéma d’il y a 60 ans, quand des jeunes Basques avaient décidé de prendre les armes ?

Répondre à cette question suppose de comprendre les causes de ce conflit armé. Il s’agit là du deuxième sujet qu’il est important d’aborder. Si la lutte armée s’arrête, la cause qui l’a fait naître est toujours présente, celle d’un peuple que deux Etats refusent de reconnaître en tant que tel. Comme l’indique ETA dans son communiqué, le conflit politique au Pays Basque existait bien avant la naissance d’ETA en 1958, et existe toujours après sa disparition. Le cycle de la confrontation armée se referme pour laisser la place à un nouveau cycle, celui de la confrontation démocratique, dans lequel l’ensemble des idées politiques d’un pays pourront être défendues, par la voie des urnes. Le droit à l’autodétermination, ou droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, est un principe issu du droit international selon lequel chaque peuple dispose d’un choix libre et souverain de déterminer la forme de son régime politique, indépendamment de toute influence étrangère. L’argument de la violence, si souvent utilisé par les gouvernements français et espagnol pour répondre négativement aux aspirations des habitants de ce territoire, n’existe plus. Le Pays Basque devra savoir enclencher les mécanismes nécessaires pour pouvoir décider de son avenir. Tel est l’enjeu de ce nouveau cycle.

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