Le livre blanc de l’unité bretonne, d’Yvon Ollivier

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Quelques générations après la mutilation administrative de la Bretagne, où en est-on ? Quelles sont les perspectives ? C’est à ces questions que répond « Le livre blanc de l’unité bretonne ». Sous la direction d’Yvon Ollivier, des contributions nombreuses et de haut niveau font le tour du sujet.

Le recueil prend souvent des airs de « Livre noir ». Parmi les constats réalistes, la création de l’entité artificielle « Pays de Loire » s’est accompagnée d’un lourd investissement dans de la propagande. Josselin Liotard observe que « La région des PDL utilise de manière consciente les médias comme mécanisme de manipulation collective, par l’influence des groupes individus (jeunes) ». En toute simplicité, un sombre préfet s’est piqué de « créer une conscience ». Cette démarche a suscité une forme d’adhésion de la part de certains acteurs locaux. L’historien Jean-Jacques Monnier arrive à la conclusion qu’une « partie importante des « élites nantaises », surtout dans le domaine politique, n’a cessé de jouer la carte de la partition. Pour eux, une région dont Nantes serait la capitale, garantirait mieux leur prééminence, leur domination sur un pré carré qu’ils maîtrisent mieux et où Nantes n’a pas de véritables rivales ». De son côté, Marc Le Duc, ancien journaliste de Ouest-France, a constaté que certains de ses collègues ou confrères « ne cachaient pas leur adhésion au découpage actuel, et s’en faisaient les défenseurs, parfaitement en phase avec une partie des élites nantaises ».

L’unité bretonne, un enjeu de développement

Comme l’écrit Jean Ollivro : « À force de vouloir être la capitale de tout, Nantes risque d’être la capitale de nulle part ». Il constate qu’après deux ans d’enquêtes « les professionnels du tourisme de Loire-Atlantique ont choisi l’appellation « Bretagne Plein Sud ». C’est la preuve que « l’identité bretonne renforce la fréquentation ». Le directeur de « Produit en bretagne » souligne « l’extraordinaire permanence de la marque Bretagne dans le cœur des habitants de Loire-Atlantique, en dépit de tout. Et par différence, la faiblesse persistante du sentiment d’appartenance aux Pays de la Loire, malgré d’importants investissements publicitaires, notamment à destination des jeunes ». Il enfonce le clou : « La Bretagne jouit d’une image et d’une notoriété qui lui sont un précieux viatique pour asseoir son rayonnement économique, quand les Pays de la Loire pâtissent d’une faible notoriété et d’une image confuse. De ce point de vue, Nantes a tout à gagner à rejoindre la Bretagne ». Cet intérêt de développement est particulièrement bien illustré par une intéressante contribution signée Alan Coraud et intitulée « Le marketing identitaire du vin ».

Au bilan, la qualité des écrits permet au lecteur d’aborder la situation, avec ses perspectives d’évolution, dans toute sa complexité. L’espoir semble résider principalement dans l’enjeu économique. Un cas très récent tombe à pic pour illustrer la démarche de l’ouvrage : la fameuse « Traversée d’un vieux Pays ». Ce projet fait la promotion d’un parcours de Nantes vers Saint-Nazaire, Rennes et Saint-Malo pour s’arrêter au Mont Saint Michel, à la frontière de la Normandie. Les maires de Nantes et Rennes utilisent moultes circonvolutions et précautions oratoires pour ne pas dire le mot « Bretagne ». Il convient évidemment de le déplorer. Mais cette promotion touristique est en elle-même un aveu silencieux de ce vers quoi Nantes et Saint Nazaire se tournent naturellement.

L’illégitime qui dure peut, pour certains, avoir des airs de légitimité. Pourtant, malgré la déception du dernier découpage régional parisien, la volonté de réunification est toujours là. Il n’y a pas de réforme à l’horizon administratif. Mais la réclamation de la réunification est définitivement constitutive de l’affirmation identitaire bretonne. Et le pays Nantais n’est pas à sa place dans une région PDL à qui les campagnes onéreuses de propagande ne suffisent pas à conférer une identité ou même une raison d’être. Le « Livre Blanc de l’unité bretonne » est un excellent rapport d’étape d’un combat vital pour l’avenir de la Bretagne.

José

Le Livre blanc de l’unité bretonne
Collectif sous la direction d’Yvon Ollivier
Yoran embanner
384 pages
14 euros
Vient de paraître

 

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