Ce que nous dit le Conseil culturel de Bretagne..

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Mardi 12 juin 2018, Comme beaucoup, j’ai été choqué d’apprendre la légitimation de l’appellation identitaire « ligérienne » par le Conseil culturel de Bretagne, soit l’une des rares instances censées défendre les intérêts bretons

Ceux qui, comme moi, reçoivent de plein fouet la propagande « ligérienne » largement diffusée, en lieu et place de leur identité bretonne, ne lui disent pas merci.

Je me suis dit qu’après-tout, il n’était pas illogique, lorsque l’on se trouve au plus près du Pouvoir, de parler comme lui ou de lui donner à entendre ce qu’il veut entendre. Car regardons en arrière. Le Conseil culturel de Bretagne doit son existence au démembrement des instances issues de la charte culturelle bretonne de 1978. A l’époque, en 2009, je n’étais pas favorable à cette évolution, considérant que l’objectif était moins d’être au plus près du Pouvoir, parmi les instances consultatives du Conseil régional, que d’être capable de mettre en place un rapport de force. J’y voyais un piège assez grossier et ce d’autant plus qu’il n’y eut aucune contrepartie négociée.

Avec le recul, quel bilan peut-on en tirer ? Un désastre ! La réforme territoriale de 2014/2015 a entériné la partition de la Bretagne, renoncé à toute véritable délégation de compétence, et consacré le fait métropolitain. Si l’on ajoute à cela que notre langue est toujours en train de mourir, faute de véritable volonté politique, force est de constater qu’il s’agit d’un échec cinglant. Pour dire simplement, c’est l’échec de décennies de militantisme où l’on a cru que le parti socialiste allait présider au renouveau breton. Kevre breizh, qui regroupe les associations bretonnes, apparaît aujourd’hui durablement affaibli et ne semble plus en mesure d’organiser une manifestation.

Le moment est peut-être venu de réfléchir à tout cela afin de faire émerger une nouvelle dynamique sociétale bretonne. Ce ne sont pas les énergies qui manquent par ici.

A quoi bon figurer parmi les instances consultatives du Conseil régional lorsque celui-ci ne met pas le devenir de notre langue et culture au rang de véritable priorité ?  Et c’est encore plus criant lorsque ce même Conseil régional n’est qu’une instance politique dérisoire au sein d’un système France hypercentralisé. Si j’osais, je dirais que le Conseil culturel de Bretagne confère une légitimité bretonne au Conseil régional, qui lui-même confère sa légitimité démocratique au système France.. Mais à quoi bon lorsque nous ne décidons de rien et ne disposons pas des moyens de sauvegarder notre culture ?

Je me suis dit aussi qu’il devait s’agir d’une habile manœuvre visant à caresser l’adversaire dans le sens du poil, ceci dans l’espoir d’obtenir de substantielles ouvertures. Pour ma part, je ne crois plus aux bienfaits de la politique de la culotte baissée, surtout lorsqu’elle est déjà tirée au plus bas vu la quasi-absence de soutien à nos langues par le Conseil régional des PDL et le conseil départemental de Loire atlantique. Il ne s’agit pas d’une situation « contrastée » comme vous l’évoquez, Messieurs, mais d’un refus manifeste de prendre en charge le devenir de notre culture par la collectivité locale régionale chargée par la loi de la défendre. Il faut savoir dire les mots. -voir l’article sur la situation de la langue bretonne en loire-atlantique- dans le livre blanc de l’unité bretonne-

Je me suis encore dit que les membres du Conseil culturel de Bretagne n’avaient pas lu le « livre blanc de l’unité bretonne ». Mais c’est normal, il vient juste de sortir. Et il n’y a pas d’obligation. S’ils l’avaient lu, ils auraient découvert des documents passionnants sur l’art de faire intérioriser aux enfants une nouvelle identité « ligérienne » construite de toutes pièces par les pouvoirs publics, en lieu et place de leur identité bretonne et donc au péril des droits humains.

Pour dire simplement : Les pouvoirs publics se sont conduits avec la Bretagne comme il l’ont fait en Afrique coloniale. Ils ont tiré un grand trait administratif pour séparer et affaiblir le peuple breton et depuis, ils s’efforcent de maintenir cette coupure en s’appuyant sur les caciques du moment.

Voici pourquoi, nous n’avons pas l’intention de vivre sereinement notre « double identité bretonne et ligérienne ».

Alors vous me direz, que faire ?  Il est une autre posture mieux adaptée à mon sens à la situation actuelle et que le Conseil culturel de Bretagne aurait pu suggérer à son Conseil régional : l’indignation !  Un bon coup de pied dans la fourmilière par une déclaration fracassante à l’endroit de la région des PDL qui est une injure à la démocratie comme à la protection de la diversité culturelle.

Yvon OLLIVIER , auteur, juriste

 

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