Le « Plaidoyer pour nos communautés » de Yvon Ollivier

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Le penseur breton Yvon Ollivier vient de faire paraître un nouvel ouvrage aux éditions Yoran embanner. Il y pointe à nouveau du doigt l’hermétisme d’une certaine France vis-à-vis de la diversité, tant intérieure et historique que d‘origine extérieure à la Nation. Il observe que « La machine France se fracasse contre le mur du réel et engendre doute, malaise et rancœur à l’encontre de ceux qui dérogent d’une manière quelconque ». C’est un système qui masque son propre repli communautariste par l’affirmation de grandes valeurs et de la laïcité. L’avenir se situerait donc dans la voie de la tolérance. Pour l’auteur, « le temps est venu de ré-enchanter la République par la diversité assumée de nos vieilles communautés humaines ».

Dans un livre dense comme un texte de loi, il se livre bien plus à un réquisitoire long et concentré contre le système qu’à un plaidoyer pour les communautés. C’est « l’unicité du peuple français », trop facilement confondue avec uniformité, qui est à l’origine de « la désunion française et des mécanismes de repli identitaire ». Au contraire des opinions communément admises, « le pacte social, ou le sentiment d’être ensemble, se trouve moins menacé par la différence affirmée et visible que par le refus d’y consentir lorsque celle-ci n’est pas illégitime ». Les conséquences sont à craindre : « Pour avoir oublié le sens de la République, la France connaîtra tôt ou tard la grande fusion populaire et l’unanimisme liberticide dont nos cultures et langues minoritaires ne se remettront pas ».

Pour « échapper à la haine et au marasme économique dans un univers mondialisé », il conclut qu’il faut définir une « nouvelle frontière de l’identité française » reconnaissant « une part acceptable d’altérité ». L’acceptation d’autrui est « la condition de l’intégration des gens d’origine étrangère et de la non-désintégration des ressortissants de nos vieux peuples de l’hexagone tiraillés par les forces centrifuges ».

Bretons et musulmans de France, communautés aux intérêts communs ?

« Plaidoyer pour nos communautés » n’est pas le plus accessible des écrits d’Yvon Ollivier. Mais il mérite particulièrement d’être lu. Il est très difficile de ne pas y réagir et de ne pas lui répondre, ne serait-ce que dans le présent article. En effet, il fait explicitement le lien entre deux intérêts « communautaires », celui des colonisés de l’intérieur et celui des colonisés de l’extérieur. Dans la pratique, il l’illustre par, d’une part, les vieilles identités « régionales » et par, d’autre part, la « communauté musulmane » de France issue de l’immigration passée et à venir.

Au lecteur de se faire sa propre opinion sur cette analyse. On se contentera ici de donner quelques exemples d’interrogations. Faisons-nous partie d’une communauté parce que l’on nous taxe de communautarisme ? En France cette accusation est devenue un outil de confort jouant sur la peur pour masquer le manque d’argument. Quelle est la réalité de ces communautés et de leurs difficultés ? Certes, gauche et droite française ont une sorte de « problème musulman » et l’on observe que n’est pas reproduite la démarche d’émancipation qui a eu lieu, dans une très grande mesure, vis à vis du catholicisme. Ainsi les politiques français de tous bords enferment une « communauté » dans une identité religieuse alors qu’ils pourraient simplement rappeler aux gens issus de l’immigration qu’ils sont tout à fait libres de choisir de ne plus être musulman. Cela ferait la différence avec les pays où l’islam est religion d’état. Pourtant, pour un « artiste » dénommé Medine pointant du doigt les défauts du système pour brandir le Coran au rythme du rap, combien de musulmans font calmement construire des mosquées et se promènent tranquillement dans la rue avec un voile visible à présent un peu partout sans problème ? Enfin, y-a-t ’il communauté d’intérêts entre ceux qui sont taxés de communautarisme ? Nous sommes déjà dans une société française où quasiment plus aucun homme politique ne parle ni de la Charte des Langues Régionales, ni du vote des immigrés. Même si cela n’aurait rien n’a voir vu de l’intérieur, la perception extérieure d’une volonté bretonne de profiter d’un phénomène qui serait considéré comme « invasif » pourrait rappeler une histoire malheureuse et pas si ancienne.

L’analyse d’Yvon Olliver mériterait d’être nourrie par une bonne polémique. C’est un des intérêts de son dernier livre. Par rapport à la plupart des penseurs bretons, il a également cette qualité de vouloir sortir du sempiternel « la Bretagne mériterait » et du « il faudrait » pour réfléchir sans contrainte, et sans les notables locaux inféodés au pouvoir central, à « comment et pourquoi » les membres de la communauté de ceux qui veulent un meilleur avenir pour la Bretagne, dont nous faisons partie, pourraient atteindre leur objectif. Visionnaire ou téméraire, en fonction des points de vue, le « Plaidoyer pour nos communautés » illustre à nouveau la revigoration et le rajeunissement que son auteur apporte à la pensée bretonne.

José

Plaidoyer pour nos communautés
Yvon Ollivier
Editions Yorann embanner
Paru le 16 mai 2018
240 pages
10 euros

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