Pays Basque : Seulement cinq collèges entièrement bilingues

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Mardi 10 juillet 2018, En septembre, le collège Albert Camus de Bayonne enseignera deux nouvelles matières en basque : la physique et les arts plastiques. Avec cette ouverture, les collèges bilingues qui respecteront la parité horaire seront au nombre de cinq. Un chiffre largement insuffisant, selon les associations de parents et d’enseignants.

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Le collège Albert Camus de Bayonne proposera la parité horaire français-euskara à la rentrée prochaine. © Isabelle MIQUELESTORENA

Dans les faits, sur les treize collèges publics bilingues que compte le Pays Basque, seuls quatre établissements atteignent la parité horaire dans l’enseignement en langue basque. A la rentrée, ils seront rejoints par le collège Albert Camus de Bayonne, qui proposera deux nouvelles matières en basque, la physique et les arts plastiques.

Les collèges Marracq de Bayonne, Villa Fal de Biarritz, Irandatz d’Hendaye et Aturri de Saint-Pierre-d’Irube ont ouvert la voie. Ces établissements sont situés sur la côte. Une inégalité territoriale que l’inspecteur académique Pierre Barrière explique, en partie, par le fait que les demandes de mutation de la part des enseignants sont nettement plus fortes pour cette zone, au détriment de l’intérieur du Pays Basque.”Pas facile de trouver ceux qui aient à la fois la compétence d’une discipline particulière, et la maîtrise du basque”.

Pour l’association d’enseignants en langue basque Euskara Geroan, ce chiffre révèle aussi et surtout un manque de volonté de la part de l’Education Nationale, y compris des directeurs d’établissement, sur qui repose en grande partie le maintien de postes bilingues. “Pas assez d’élèves pour former une classe, des postes pas pérennes, trop de matières enseignées en basque… On nous avance des arguments qui sont pour certains valables, mais un peu trop faciles” fustige une membre d’Euskara Geroan, qui souhaite rester anonyme.

Le manque d’enseignants, c’est le constat partagé par l’inspecteur académique, l’Office public de la langue basque et les enseignants. Et la procédure est complexe : pour recruter un enseignant bascophone, il faut “flécher” ou “profiler” le poste. Une méthode qui serait critiquée par certains syndicats, la considérant discriminante au regard des critères habituels de mouvements des enseignants (ancienneté, barème). Pour les candidats, la procédure est longue et ils doivent déjà être en poste dans l’académie. L’association Euskara Geroan suggère que les jeunes professeurs bascophones, qui se voient affecter aux quatre coins de l’Hexagone une fois titularisés, puissent bénéficier d’un dispositif spécifique de “rapprochement”, afin d’être embauchés en priorité sur les postes vacants au Pays Basque.

“Du bricolage”

L’association souligne que, trop souvent, alors même que l’opportunité de recruter une personne bascophone se présente, certains établissements ne la saisissent pas. Un paradoxe qui contribue à affaiblir la situation déjà fragile de la langue basque. “Si le directeur d’établissement n’est pas particulièrement motivé et volontaire, rien n’avance. Le basque n’est pas une priorité en dehors de la filière immersive Seaska” estiment Aitziber Zugarramurdi et Laida Etxemendi, membres d’Euskara Geroan.

“D’une année à l’autre, sans raison valable, certains profs qui assuraient l’enseignement de leur matière en basque, se voient rebasculer vers l’enseignement en français” témoignent-elles. Pour les enseignantes, il n’y a aucune véritable politique de l’enseignement bilingue. Pour s’en sortir, il faut “faire du bricolage”.

A l’Office public de la langue basque, Olivier Miocq reconnaît toutefois un certain engagement de la part de l’Education Nationale. L’accord-cadre signé en 2016 entre le ministère, l’OPLB et l’Université de Bayonne, a ouvert la voie à une offre de formation à la langue basque à destination des enseignants déjà en poste. En 2019, à l’issue des dix mois de formation – au cours desquels leur remplacement sera assuré -, trois nouveaux enseignants de mathématiques et un professeur de physique contribueront à combler le manque de postes en bilingue.

“La situation s’améliore” estime Pierre Barrière, l’inspecteur académique. Euskara Geroan salue également l’initiative, mais tire la sonnette d’alarme : “Il y a eu des avancées depuis 25 ans, mais il faut faire bien plus. Sinon, c’est la mort annoncée de la langue basque”. Tandis que le nombre de nouveaux enseignants bascophones augmente légèrement chaque année, le nombre d’inscriptions en section bilingue ne cesse d’augmenter : pour les collégiens, sur la période 2004-2016, l’Office public de la langue basque a constaté une hausse de 9,6% à 18,4%.

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