En Corse, habitants et touristes victimes de la pollution de l’air des navires

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Mercredi 25 juillet 2018, 37 fois plus de pollution à Bastia quand des ferries partent ou arrivent au port. Jusqu’à 100 fois plus de particules ultra-fines sur un ferry Bastia-Livourne. Cette année encore, France Nature Environnement accompagnée des experts de l’association Allemande NABU a poursuivi son enquête sur la pollution de l’air causée par les navires. Destination Bastia et Ajaccio pour recueillir des résultats édifiants rappelant l’urgence de mettre en place des solutions. Récapitulatif de France Nature Environnement.

 60 000 personnes meurent chaque année de la pollution de l’air du transport maritime en Europe : tel est le  bilan d’une étude de l’université de Rostock et le centre de recherche sur l’environnement allemand Helmholzzentrum Munich publiée en 2015.

2015, c’est également l’année de la première enquête de France Nature Environnement et l’ONG allemande NABU sur cette pollution des navires grâce à des mesures dans le port de Marseille. Depuis cette année, nos mesures détaillent le phénomène et permettent tant de lancer l’alerte que de faire entendre les solutions qui permettraient de réduire ces nuisances.

Après Marseille, nos équipes ont mis le cap cette année sur l’île de beauté. Dans les ports corses, c’est un ballet incessant de ferries et navires de croisières arrivant de Côte d’azur, d’Italie ou d’Espagne. Ils arrivent très proches des zones habitables et, du fait de l’utilisation d’un carburant non raffiné et très soufré, ce va et vient s’avère très polluant. Pour mesurer cette pollution, France Nature Environnement et les experts de NABU se sont penchés sur trois polluants fortement nocifs pour la santé humaine et l’environnement : les particules ultrafines, le soufre et le black carbone. Avant d’effectuer les mesures, nos associations ont étudié les conditions particulières du terrain.

 

En Corse, l’exploration du terrain
A Bastia et Ajaccio, la présence de la montagne et les vents changeants fournissent des conditions météorologiques particulières. Afin d’évaluer la dispersion de la pollution, les équipes de France Nature Environnement et NABU ont donc réalisé des mesures à plusieurs endroits et même en hauteurs assez éloignées du port. Nous nous sommes également intéressés à l’emplacement des stations de mesures de QualitAir Corse : ces stations sont l’outil principal d’information des citoyens (mais également des autorités locales, nationales et européennes) de la qualité de l’air en Corse. Leur position est primordiale afin de s’assurer que les citoyens et les autorités aient les bonnes informations. Dans toutes ces démarches, nous étions accompagnés par l’association corse U Levante, membre du mouvement France Nature Environnement mais également par les associations Aria Linda et le Garde. Objectif : échanger sur nos mesures et résultats.

Bastia : sur le ferry, une pollution jusqu’à 100 fois plus élevée qu’en ville.
Au coeur de la ville de Bastia, lorsque les vents sur la place St Nicolas ne nous soumettaient pas au trafic routier ni aux navires, nous avons obtenu de très bonnes mesures de la qualité de l’air nous servant de seuil témoin permettant par la suite d’évaluer l’influence de la pollution des navires. Ce seuil ? Environ 2 000 particules ultrafines par centimètre cube, soit environ la taille d’un sucre.

Lors des départs ou arrivées de ferries, les mesures ont révélé 75 000 particules ultrafines par centimètre cube soit 37,5 fois plus de pollution.

Ainsi, quand trois ferries se sont succédés entre 7h10 et 7h50, les taux de particules ultrafines par cm3ont bondit de façon flagrante comme en témoigne nos mesures ci dessous.

C’est à bord du ferry entre Livourne et Bastia que nos instruments ont révélé les taux les plus inquiétants. Quand le ferry a pris de la vitesse, nous avons ainsi pu observer un pic à 230 000 particules ultrafines par centimètre cube : 100 fois plus qu’en ville sans l’influence des bateaux.

 

 

 

 

 

 

Ajaccio : même à 2 km du port, les pollutions s’avèrent 10 fois plus élevés au passage des navires
Après Bastia, les équipes de France Nature Environnement et de NABU ont mis le cap sur Ajaccio. Là encore, nous avons exploré la ville en effectuant des mesures sur le port de plaisance Charles Ornano, près de la gare, près de la mairie, sur la place du Général De Gaulle et sur le port Tino Rossi.

Depuis tous les points de mesures, les mesures ont mis en lumière la pollution des ferries et des navires de croisières, avec un moindre impact près de la place du Général De Gaulle. Inévitablement, les impacts se sont révélés plus importants au niveau des ports de plaisance avec notamment un pic d’environ 70 000 particules ultrafines qui s’est maintenu pendant presque 5 minutes lors du départ d’un ferry.

 

La géographie et la météorologie (vents) font des villes Corses et de leurs habitants des victimes de la pollution atmosphérique des navires. Nous avons mesuré une pollution 10 fois plus élevée lors du départ ou de l’arrivée de navires jusqu’à 2 kilomètres du port.

Que faire contre cette pollution ?
Pour France Nature Environnement, il est urgent d’agir contre cette pollution de l’air afin de préserver la santé de ses premières victimes : les travailleurs de ces navires et les riverains des ports. Comment ? En mettant en place quelques mesures :

– en premier lieu, aboutir à la classification de la mer Méditerranée en zone ECA (zone des contrôles des émissions). Cette zone interdira l’utilisation du fuel lourd particulièrement polluant actuellement utilisé

– développer les carburants alternatifs au fuel lourd tel que le diesel marin qui est moins soufré ou le gaz naturel liquéfié, aussi appelé GNL

– installer des systèmes d’alimentation électrique à quai afin d’éviter que les navires ne brûlent du carburant lorsqu’ils sont stationnés dans le port

– mettre en place les meilleures technologies existantes au niveau des cheminées et des machines afin de réduire les émissions d’oxydes de soufre, de particules de toute taille et le black carbone

– instaurer un bonus/malus dans les tarifs des droits portuaires afin que les navires les plus polluants soient incités financièrement à réduire leurs pollutions

– développer les contrôles et mesures de la pollution de l’air : s’il existe des zones censées être contrôlées, les navires les plus polluants sont pour le moment très rarement sanctionnés.

Le premier procès aura lieu devant le Tribunal correctionnel de Marseille en octobre 2018, contre le capitaine du navire de croisière Azura et le groupe Carnival, propriétaire du navire. Ils sont poursuivis par la justice pour leurs émissions de soufre au-delà des normes. Partie civile dans ce procès, France Nature Environnement salue ce premier procès et sera présente à l’audience en octobre 2018 pour que la justice envoie un signal fort aux armateurs en matière de lutte contre les pollutions de l’air.

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