Solitaire Urgo-Le Figaro : Les 7 mercenaires

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Mercredi 5 septembre 2018, Alors qu’il reste encore deux Solitaires encore en mer, c’est déjà l’heure des comptes à mi-course. À l’issue de deux étapes particulièrement riches d’un point de vue météorologique, seuls sept solitaires se tiennent en moins d’une heure ! Très sélective, la deuxième manche entre Saint-Brieuc et la ria de Muros Noia remportée dans la nuit par Sébastien Simon (Bretagne CMB Performance) a donc sérieusement mis en ballotage des favoris qui ne peuvent plus qu’espérer briller sur les deux dernières étapes. Car au classement général, un tel écart est  difficile à combler quand tactiquement, chacun sait où se situe le danger…

 

© Alexis Courcoux

Alors que les concurrents refont le match dans les salons du Real Club Nautico de Portosin, où l’on parle surfs, empannages scabreux et autres cocotiers, c’est pourtant avant même l’entée dans le golfe de Gascogne et cette longue cavalcade de 400 milles au portant que s’est en grande partie jouée cette deuxième étape de la 49 ème Solitaire URGO Le Figaro. En fin de matinée du second jour de course, au sortir d’une rude nuit blanche entre cailloux, brises capricieuses et algues traitresses l’entrée en mer d’Iroise proposait deux passages : alors que Gildas Mahé avait fait le break, le skipper de Breizh Cola prenait l’option de passer entre Ouessant et Molène, dans le fameux Fromveur. Logiquement, le courant de marée y est plus fort mais « en fait, le problème du Fromveur, c’est que le courant est plus intense que dans le Four mais c’est très localisé : on met du temps à l’attraper et ça ne dure pas aussi longtemps. Et en plus, en sortant plus Sud, ils ont trouvé plus de pression : les écarts ont grimpé ! »

Tri sélectif
Après quasiment 24 heures de course pour avaler (à la vitesse d’un escargot) la centaine de milles qui sépare la baie de Saint Brieuc des roches de Portsall, le premier tournant de cette manche était pris dans le virage du Conquet ! Car non seulement les partisans du chenal du Four sortaient en pointe devant Saint-Mathieu, mais en sus ils bénéficiaient d’une brise plus soutenue en mer d’Iroise qui leur permettait de glisser vers l’Espagne avec un nœud de plus au compteur… La sanction était sévère car il n’y avait plus d’opportunités de revenir au contact : le déficit d’une dizaine de milles ne pouvait être comblé jusqu’à la ligne d’arrivée, au contraire !
Ainsi d’entrée de golfe (de Gascogne) ou presque, il y avait deux groupes et les tentatives de recoller plus à l’Est pour les partisans du large se soldaient par une nouvelle amende… Ne rester plus qu’à suivre le rythme dans un vent de secteur Nord-Est qui montait crescendo pour friser les trente-cinq nœuds à la mi-parcours. Un autre moment crucial d’ailleurs puisque Sébastien Simon (Bretagne CMB Performance) prenait la poudre d’escampette en empannant très tôt pour viser la pointe ibère sur une route dite « intérieure ». Et le jeune skipper n’était suivi que par Éric Péron (Finistère Mer Vent) sur cette option payante puisque les deux compères arrivaient parfois à grappiller un nœud sur leurs poursuivants.

Les novices en pole
Et dans ce bloc compact de poursuivants qui comptait une quinzaine de solitaires, pointaient deux « bleus » qui affectionnaient particulièrement ces conditions de vent portant musclé avec une mer qui se creusait, voir se « chaotisait » à l’approche des côtes hispaniques. Thomas Cardrin (Team Vendée Formation) et Loïs Berrehar (Bretagne CMB Espoir) n’avaient rien à envier face à ces « vieux briscards » de la brise quand il fallut s’accrocher ferme sur le plateau continental, secoué par une mauvaise houle et un vent turbulent sous l’effet d’une dépression orageuse sise sur la Galice.

Il fallut alors aux deux leaders se recaler pour déborder ce tant redouté cap Finisterre pour finalement pointer à seulement quatre milles devant le groupe des poursuivants. Rien n’était encore acquis puisque la brise s’étiolait en effectuant le dernier virage vers Muros de Noia : en pleine nuit (avec fort peu de lune), avec des éclairs au loin et des grains tout près, pas aisé de trouver la bonne voie pour éviter les dévents des falaises ibères. Plusieurs solitaires durent ainsi effectuer un « pif-paf », une grande sinusoïde pour éviter le piège de calmes de Louro.
L’occasion pour Xavier Macaire (Groupe SNEF) de revenir sur les talons d’Éric Péron (Finistère Mer Vent) et même de le déborder dans les derniers milles. Quant à Sébastien Simon, il avait la marge suffisante pour clore ce match sans coup férir, remportant la mise avec 19’57’’ d’avance sur son dauphin d’étape mais surtout prenant la pole position au classement général. Quant aux deux « novices », ils s’octroyaient respectivement la neuvième (Thomas Cardrin) et la onzième place (Loïs Berrehar) en Espagne, soit au classement général un score dans le top quinze… Ce qui n’était pas arrivé depuis bien longtemps parmi les « bizuths » de La Solitaire URGO Le Figaro.

A mi-course, premier bilan
Il reste encore deux belles étapes avant de proclamer les résultats définitifs. Mais d’ors et déjà, certains concurrents prétendants au titre en débarquant au Havre voient leurs chances de briguer le podium sérieusement entammées. Revenir aux avant-postes quand on cumule plus d’une heure de retard au classement cumulé sur deux manches est un challenge quasiment impossible lorsqu’on analyse les quarante-huit précédentes éditions de La Solitaire URGO Le Figaro. Ce qui met à mal un certain nombre de figures de proue habituelles sur le circuit à l’image d’Alexis Loison (Custo Pol, 17ème à 1h 50’ 10’’), d’Erwan Tabarly (Armor Lux, 18ème à 2h 08’ 11’’), de Vincent Biarnes (Baie de Saint-Brieuc, 23ème à 4h 51’ 33’), de Frédéric Duthil (Technique Voile, 26ème à 13h 18’ 01’’) ou encore de Gildas Mahé (Breizh Cola, 13h 42’ 34’’).

Podium de la deuxième étape  :
1- Sébastien Simon (Bretagne CMB Performance) ; 2 j, 14 h, 5’, 55 s
2- Xavier Macaire (Groupe SNEF) : à 19’57 s du premier
3- Eric Péron (Finistère Mer Vent) : à 20’06 s du premier

Classement général après deux manches courues :
1- Sébastien Simon (Bretagne CMB Performance) : 6 j, 0h, 4’, 48 s
2- Xavier Macaire (Groupe SNEF) : à 26’, 31 s du premier
3- Anthony Marchand (Groupe Royer- Secours Populaire)  à 30’, 51 s du premier
4- Thierry Chabagny (Gedimat) à 34’ 23 s du premier
5- Charlie Dalin (Skipper Macif 2015) à 36 ‘ 9 s du premier
6- Eric Péron (Finistère Mer Vent) à 48’ 9 s du premier
7- Alan Roberts (Seacat Services) à 49’ 13 s du premier
8- Benjamin Dutreux (Sateco team Vendée formation) à 1 h 0’ 28 s du premier
9- Corentin Douguet (NF Habitat) à 1 h 2’ 0 s du premier
10- Thomas Cardrin (Team Vendée Formation) à 1 h 2 ‘ 35 s du premier. Leader au classeent général des Bizuths Bénéteau.
Gildas Mahé – Breizh Cola
« La sanction est sévère ! J’ai navigué tout le début de course sans trop cogiter en suivant les conseils de notre routeur du départ mais j’ai oublié de remettre tout ça en question en arrivant à la pointe Bretagne… Après coup, ce n’était pas très intelligent de ma part : j’ai eu le temps d’y réfléchir et de refaire le match pendant la traversée du golfe de Gascogne. En fait, le problème du Fromveur, c’est que le courant de marée y est plus fort mais c’est très localisé : on met du temps à l’attraper et ça ne dure pas aussi longtemps que dans le Four. Et en plus, en sortant plus Sud, ils ont trouvé plus de pression : les écarts ont grimpé ! J’ai essayé ensuite de me recaler vers eux dans la nuit, mais c’était une nouvelle boulette parce que j’ai pris une bascule de vent à l’envers. Le problème, c’est que je n’avais pas d’enjeu au classement général suite à mon abandon dans la première étape : je n’avais rien à perdre si ce n’est accrocher une victoire d’étape. Et j’emmène des camarades avec moi qui sont maintenant bien décrochés au général… Et pas des mauvais, ce qui te conforte dans ton option malheureuse. Mais au final, la sanction est lourde même si c’était une fort belle étape ! »

Tanguy Le Turquais (Everial)
« Oui, cette étape a été  difficile. Je ne sais pas trop ce qu’il s’est passé, je n’ai pas encore d’explications. Je n’ai vraiment pas été bon, je me suis loupé. Toute la Manche, ça n’a pas fonctionné, je n’avançais pas, j’avais des algues, ma stratégie n’était pas claire, j’ai alors décidé de suivre les routages que nous avions et je pense que le Fromveur, ce n’était pas une bonne solution, mais ça, on ne s’en est aperçu qu’après-coup. C’est le sport, parfois, on est bon, parfois, on n’est pas bon. Là, je n’ai pas été bon, mais j’ai appris plein de choses, c’est le principal. L’idée n’est pas d’être un champion aujourd’hui mais de devenir un champion, je vais tirer les conclusions de tout ça en espérant revenir plus fort.»

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