Solitaire Urgo-Le Figaro : Seul contre tous …

0

Lundi 10 septembre 2018, Rien ne va plus dans le golfe de Gascogne. Faisant mentir les routages, Thierry Chabagny (Gedimat) a pris depuis hier soir un ascendant significatif sur le groupe des leaders positionné loin dans son Sud. Plus proche de la route directe mais aussi de la dorsale qui menace, il dame le pion des Charlie Dalin (Skipper Macif 2015), Sébastien Simon (Bretagne CMB Performance), Anthony Marchand ( Groupe Royer-Secours Populaire) et autres Xavier Macaire (Groupe SNEF). Sans connaître précisément la position géographique de Chabagny, mais informés par les classements d’un écart de 20 milles en distance au but à l’avantage de Gedimat, ce petit groupe de leaders au classement général doit commencer à trouver le temps un peu long… A moins de 200 milles du but, le jeu n’a jamais été aussi ouvert sur cette 49ème Solitaire URGO Le Figaro…

© Alexis Courcoux

Le passage du cap Ortegal restera-t-il le tournant de la Solitaire URGO Le Figaro ? C’est en effet dans ces parages hier, après la tombée de la nuit, que Thierry Chabagny a lâché la meute des leaders qui insistait dans l’Est, collant encore à la péninsule ibérique. Parti en sioux ou en franc-tireur, peu importe… le skipper de Gedimat était crédité ce matin d’une avance de plus 20 milles sur ses poursuivants !  Bien inspirée de le suivre, Cécile Laguette (Eclisse) renvoyait plus longtemps dans la matinée en bâbord amûres, tout comme Sophie Faguet (Corben Porsche), Pierre Quiroga (Skipper Espoir CEM-CS) et Calliste Antoine (ImmoNew), premier Bizuth. Chabagny se montrait plus gourmand et continuait seul à creuser son sillon vers le Nord-Est, dans un vent enfin établi permettant de renouer à des vitesse supérieures à 6 noeuds.

La cuillère de Chabagny
En milieu de matinée, le joli coup se confirmait. La trajectoire de Gedimat s’incurvait vers Saint Gilles Croix de Vie en une belle cuillère. Navigant 20° plus proche de la route directe pendant plusieurs heures, le névézien confortait son avance. Méfiance tout de même car avec près de 50 milles d’écart latéral, le moindre changement d’angle de vent peut bouleverser les classements. Trigonométrie à l’appui, une variation de 1° du vent génère un gain ou une perte de près d’un mille entre les positions les plus extrêmes… Emmené désormais par Charlie Dalin, le groupe du Sud n’a donc pas dit son dernier mot. Mais le doute a déjà commencé à s’installer : « Dans mon groupe ça va, je m’en sors bien, mais je ne sais pas du tout où sont les autres avouait à la vacation cet après-midi le Skipper Macif 2015. On est peut-être trop à l’Est, les conditions sont agréables, il fait 25 degrés dans le bateau mais c’est sûr qu’on n’a pas beaucoup de vent … »

Autant dire que Thierry Chabagny a disparu depuis longtemps de l’écran AIS de ses concurrents directs réduits à supputer sur sa position en latitude. Réduits aussi à rester jusqu’au bout dans leur option, la bonne d’ailleurs sur les routages encore ce matin. Positionné le plus au Sud, Eric Péron (Finistère Mer Vent) ne semblait pas plus inquiet que ça au sortir de sa sieste. « La nuit a été un peu compliquée et je reprends mes esprits. Le vent est plutôt plus à droite que prévu donc je ne me plains pas. On est sur une route assez directe, un peu en dessous. Plus on va monter en latitude, plus le vent va faiblir. Donc il faudra trouver les bons moments pour se recaler. Ce sera un subtil mélange entre l’angle et la pression… »

Tel est en effet à ce jour le schéma général et force est de constater que les concurrents de l’Est sont à quelques encablures près dans le timing du routage CEP qu’ils détenaient avant le départ. Tous attendent la rotation à droite qui pourraient les remettre dans le match mais qui tarde à venir. « Ce qui est beaucoup plus surprenant, c’est de voir que tout au long de la journée, les concurrents du gros paquet à l’Est naviguent à la vitesse des modèles qu’on relance. En revanche, Gedimat lui, avance plus vite que les prévisions. Il devrait être à 5 noeuds, il est à plus de 6,5 noeuds ! » explique Yann Château, assistant météo pour la direction de course. Et d’ajouter « Pour la première fois ce soir, les nouveaux routages commencent d’ailleurs à donner Gedimat légèrement gagnant à Saint-Gilles Croix-de-Vie… »

Silence radio
Qu’en pense ce soir le skipper du bateau rouge ? On aimerait bien le savoir mais c’était silence radio sur le téléphone Iridium de Thierry cet après-midi. Lassé de briguer les places d’honneur et les succès d’estime, le concarnois qui participe à sa 17ème Solitaire Urgo Le Figaro a-t-il décidé de faire sauter la banque ? Au moins croit-il en sa chance, lui qui ne doit plus avoir aucun bateau à l’AIS ce soir. Chacun se souvient de la trajectoire de Nicolas Troussel qui lui avait ouvert les portes de la gloire en 2006 à l’arrivée de… Saint-Gilles Croix de vie. Mais ne nous emballons pas. Il reste près de 200 milles à courir d’ici le port Vendéen, deux nuits à rester lucide pour se recaler au mieux sur la route directe dans des vents qui seront demain plus tordus qu’aujourd’hui.
Tant que les routes entre Gedimat et la meute des leaders au général restent en parallèle, l’incertitude régne. Si le skipper arrive à se recaler sans trébucher dans l’escalier et se place entre ses concurrents et la ligne d’arrivée, l’heure des comptes aura sonné. D’ici-là, que sera-t-il advenu des positions intermédiaire du quatuor Laguette/Faguet/Quiroga/Antoine ? Réponse peut-être à l’aube demain ou plus vraisemblablement à l’ouverture du village de la Solitaire sur le port de Saint-Gilles Croix de vie à midi.

Classement à 14 h 50
1- Thierry Chabagny (Gedimat) à 198 milles de l’arrivée
2- Cécile Laguette (Eclisse) à 10,5 milles
3- Pierre Quiroga (Skipper Espoir CEM) à 13,4 milles
4- Calliste Antoine (ImmoNew) à 17, 9 milles
5- Sophie Faguet (Corben Porsche) à 19,7 milles
6- Charlie Dalin (Skipper Macif 2015) à 20,6 miles
7- Frédéric Duthil (Technique Voile) à 20,8 milles
8- Thomas Dolan (Smurfit Kappa) à 21 milles
9- Anthony Marchand (Groupe Royer- Secours Populaire) à 21,2 milles
10- Erwan Tabarly (Armor Lux) à 21,3 milles.

Ils ont dit :
Charlie Dalin (Skipper Macif 2015) : « Dans mon groupe ça va, je m’en sors bien, mais je ne sais pas du tout où sont les autres avouait à la vacation cet après-midi le Skipper Macif 2015. On est peut-être trop à l’Est, les conditions sont agréables, il fait 25 degrés dans le bateau mais c’est sûr qu’on n’a pas beaucoup de vent … »

Pierre Quiroga (Skipper Espoir CEM-CS) : « Les conditions sont agréables et j’ai réussi à retrouver les copains à l’AIS. Tout mon jeu de poker menteur consiste à ne pas trop tomber dans la molle mais à faire aussi le moins de route possible. Je réactualise régulièrement les routages du départ et je trouve que ça colle assez bien. C’est aussi ce qui me donne confiance dans ma trace sous la route directe. Après on est loin de savoir comment tout ça va se terminer. Le vent va mollir et j’espère que la mer de face qui me gêne un peu va se calmer ».

Damien Cloarec (SafeRail) : « Tout va bien, c’est beau temps belle mer au milieu du golfe de Gascogne. Je me suis bien reposé la nuit dernière, le pilote bosse super bien. Au moins j’aurais progressé en réglage de ce côté là pendant cette Solitaire ! J’ai plein de bateaux autour de moi, c’et sympa. Erwan (Tabarly), Gildas (Mahé), et Ronan (Treussart) derrière. Les fichiers avant le départ donnaient un peu plus de vent dans l’Est. Si ça mollit trop, il faudra remettre une couche vers là bas … »

Eric Péron (Finistère Mer Vent) : « Je me réveilles, tu me sors de ma sieste. La nuit a été un peu compliquée et je reprends mes esprits. On du vent d’Est un peu plus fort et plus à droite que les prévis. Ca fait plutôt mon bonheur car je suis très décalé. J’ai entendu les positions à la vacation ce matin et j’imagine que la flotte est très éparpillée. A priori, la molle est plus haute que prévu et on est sur une route assez directe. Plus on va monter en latitude, plus le vent va faibir. Donc il faudra trouver les bons moments pour se recaler. Ce sera en subtil mélange entre l’angle et la pression…
En tous cas, il fait très beau et à part le clapot merdique, c’est très sympa de naviguer dans ces conditions. j’essaie de me reposer car dès ce soir, ça risque de devenir plus instable »

Romain Baggio  (Maison Meneau-Les Marins de la Lune) : « On a eu une nuit super compliquée avec une bonne pétole pendant le passage du Cap Finisterre et là c’est en train de re-décoller avec un petit front a priori. Il y a eu deux options qui se sont dessinées avec Thierry Chabagny qui est parti plutôt à l’ouest et nous qui sommes restés plutôt centrés dans le Golfe de Gascogne donc on va voir ce que ça va donner. C’était pas évident, j’ai joué plutôt la sécurité en suivant le groupe le plus gros a priori parce que c’était pas très clair dans ma tête à ce moment-là. On est hyper influencés par les groupes et par les meilleurs évidemment, c’est un ensemble de paramètres auxquels on réfléchit un peu en amont et après en fonction des décisions que prennent les autres, on va adapter notre stratégie pour ne pas partir à l’opposé d’un groupe.»

Thomas Cardrin (Team Vendée Formation) : « Ça va, on a un peu de vent, le vent tourne un peu donc on est quasiment sur la route. C’est la première fois depuis le début donc c’est plutôt sympa. On a vu beaucoup de poissons et d’animaux cette nuit, des bancs de poissons-lune, des globicéphales, enfin pas mal de vie donc c’était sympa ! Là je suis dans un paquet, je suis un peu le dernier du paquet mais ça ne fait rien, je pense que c’est le bon paquet donc il faut persévérer. C’était un peu un slalom à un moment, entre les poissons-lune, d’ailleurs j’en ai tapé un avec mon safran, j’espère que je ne l’ai pas trop blessé. Du coup j’ai du jeu dans mon safran tribord mais voilà, c’est pour ça que je faisais attention aux poissons ! J’espère qu’on aura un peu d’air, que ça va rester un peu comme ça, ça pourrait être pas mal. Sinon ça risque de trainer si l’anticyclone nous barre la route. Je ne sais pas ce que ça donne en termes de classement, je ne sais pas où sont rendus les copains qui sont dans l’Ouest mais moi cette position me va bien, maintenant faut faire aller vite. »

Xavier Macaire   (Groupe SNEF) :  «  On se lance sur la traversée du Golfe donc c’est un très long bord, j’ai un Waypoint à plus de 200 milles nautiques donc ça fait un sacré bord. Et puis là on a un peu de vent pour l’instant donc on ne se plaint pas, ça avance. Actuellement il y a 12-13 à 14 nœuds de vent d’Est donc c’est pas mal, ça avance pour l’instant. Un peu déçu forcément mais après le petit groupe avec lequel je suis, on est partis dans une option pour aller chercher la bascule à droite donc par la force des choses, on n’était pas du tout en route directe vers le but donc c’est sûr que les bateaux qui ont choisi de faire un bord rapprochant étaient gagnants au classement de ce matin. Maintenant je pense qu’on a bien fait d’aller dans cette option quand même et j’attends le classement de cet après-midi pour voir ce qui va se passer justement, si ce seront toujours les bateaux de l’Ouest qui seront en tête ou si ça va se resserrer avec notre paquet. En tous cas je pense qu’on est dans la bonne option pour la traversée du Golfe par l’Est.»

 

Bonjour, laissez ici votre commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.