Victime d’ETA et maire d’EH Bildu : un geste inédit et fort à Errenteria

0

Vendredi 21 septembre 2018, C’était dimanche à Errenteria : Miguel Cedillo, fils d’un policier victime d’un attentat de ETA en 1982 dans cette même ville, rencontrait le maire Julen Mendoza (EH Bildu). Les deux ont planté un olivier. Contre la haine.

En partenariat avec le média Mediabask et avec leur accord nous partageons leur information

Miguel Cedillo, fils d’un policier avec Julen Mendoza, le maire d’Errenteria. © Maialen Andres / FOKU

Miguel Cedillo a 39 ans, il est le fils d’Antonio Cedillo policier mort en 1982 lors d’un attentat revendiqué par ETA. Miguel a trois ans à cette époque, et dès le lendemain de la mort de son père, sa mère et la famille repartent à Séville, leur ville natale. On cachera la vérité au petit Miguel : son père est mort lors “d’un affrontement avec des voleurs” lui dira-t-on. Angoisses, mal-être feront partie du quotidien du petit garçon. A 32 ans, Miguel Cedillo découvre la vérité dans le livre “Vidas rotas” : le nom de son père y apparaît comme une victime de l’ETA. “L’enfance gâchée, la haine, la rancœur l’envie de trouver des coupables, tout remontait”. Et peu à peu l’envie de construire, de ne pas rester figé par la haine et de la transmettre à ses enfants. “L’envie d’affronter ce passé. Et cela passait par un retour aux sources”. A Errenteria dont il n’avait pas foulé le sol depuis 36 ans. Il y a deux mois, il appelle le maire de cette ville Julen Mendoza (EH Bildu), très impliqué dans un travail sur les victimes du conflit. Miguel Cedillo veut retourner sur cette terre, panser les plaies. Le maire Julen Mendoza répond immédiatement et prend l’avion jusqu’à Séville. Les deux hommes s’entretiennent durant plus de quatre heures dans un salon de l’aéroport. Un dialogue s’instaure, dialogue qui sera le prélude à la journée de dimanche. “Durant ces deux derniers mois, j’ai essayé de comprendre, et je me suis toujours senti compris. Comprises aussi mes limitations, et ça je l’en remercie chaleureusement car c’est quelque chose qui manque parfois” a souligné Julen Mendoza durant cette cérémonie où un olivier d’Andalousie a été planté face à un chêne sur les hauts de Errenteria où son père fut assassiné.

Représentation politique

A cet acte assistait Josu Erkoreka (PNV) au nom du gouvernement basque, Maddalen Iriarte et Pello Urizar (EH Bildu), Rafaela Romero et Jesus Egiguren (PSE), Juantxo Iturria y Pili Zabala (Elkarrekin Podemos) et Juan Carlos Cano (PP). Sara Buesa, Maixabel Lasa et Gorka Landaburu, toutes victimes d’ETA, étaient également présents. Selon Miguel Cedillo, le ministre de l’intérieur Fernando Grande Marlaska avait été invité mais aucun représentant du gouvernement espagnol n’était présent.

Ecrire une nouvelle page

Miguel Cedillo a déclaré parler en son nom et vouloir que le nom de son père soit reconnu comme victime. “Et que son nom soit lié indissolublement à la paix et au vivre ensemble” a t-il ajouté.

Par ailleurs, Miguel Cedillo estime qu’après le 20 octobre 2011 et la disparition d’ETA, il est temps d’avancer vers la résolution: “nous devons faire en sorte que les choses changent vraiment, en croyant en nous et en réalisant des actes comme celui d’aujourd’hui. Cette blessure doit se fermer par la reconnaissance de ce qui fut, avec réparation et dignité. Il ne s’agit pas de simplement tourner la page, mais d’en écrire une nouvelle. Reconstruire le vivre ensemble et faire fructifier la paix.” La cérémonie a été marquée par l’interprétation de Txoria Txori et de la Salve Rociera en présence également du maire d’Olivares Isidoro Ramos.

Rompre les certitudes

Errenteria est une des villes qui fut très touchée par le conflit. Depuis déjà cinq ans, son maire Julen Mendoza a réussi à faire le consensus entre des victimes des deux camps, à les faire se renconter, se parler. Dimanche il a rappelé l’importance de cet acte pour la mémoire d’Antonio Cedillo. Un pas de plus dans ce chemin ouvert à Errenteria, vers la construction du vivre ensemble et la reconnaissance de toutes les victimes d’atteintes aux droits de l’homme comme conséquence de la violence aux motivations politiques. “Je veux imaginer qu’une journée comme aujourd’hui rompt certaines certitudes, aide la famille à se libérér de sa douleur en partant de lectures et visions différentes du passé.”

BÉATRICE MOLLE HARAN

Bonjour, laissez ici votre commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.